III. — VISCÉRALGIES
Les névralgies des viscères exigenl une attention d’autant plus grande qu’elles sont moins connues. Elles ont pour siège habituel les organes digestifs et urinaires, plus rarement les organes respiratoires et circulatoires, et se révèlent par des douleurs vives, des coliques intenses qui décomposent les traits du visage, effrayent les malades et les personnes qui les entourent.
Gastralgie. — Cette affection présente de nombreuses variétés de siège, d’intensité, de mode et de durée; la douleur ressentie à l’épigastre au-dessous et en arrière de l’appendice xiphoïde s’irradie aux parties latérales, s’étend le long de l’œsophage, et remonte en arrière vers la colonne vertébrale ; elle est obtuse, poignante, déchirante, constrictive, tellement vive parfois qu’elle est accompagnée de défaillances, de refroidissement des extrémités, de petitesse et intermittence du pouls; dans quelques cas enfin, elle est suivie d’anorexie, de boulimie, de nausées et de vomissements.
Entéralgie. — L’entéralgie ou névralgie de l’intestin a pour point douloureux la région ombilicale, et de là elle s’étend et irradie vers l’hypogastre, les flancs, l’épigastre, etc.; elle est ordinairement suivie d’un flux intestinal, quelquefois de vomissements, et se distingue nettement de la colique de plomb qui est accompagnée d’une constipation opiniâtre. Elle serait plus facilement confondue avec les coliques néphrétiques ou hépatiques;
TUAITÉ DK I/IIERPÉTISME.
mais elle n’a ni le siège ni le Irajet de la douleur néphrétique, et n’est pas suivie d’ictère comme la colique calculeuse du foie.
Cette affection s’est présentée plusieurs fois à mon observation. Un de mes malades, atteint d’une attaque entéralgique en ma présence, souffrait tellement et présentait une décomposition des traits si complète, que je le crus un moment perdu ; mais le flux arriva et la douleur cessa. La comtesse M***, âgée de soixante ans, me fit appeler à la campagne dans le courant de l’automne 1880, pour des souffrances excessives qui se produisaient sous forme de crises douloureuses, ayant leur siège dans la région ombilicale, puis dans tout le ventre. Pendant ces crises, la malade devenait pâle, et souvent elle était prise devomissementsoumêmede diarrhée. Frappé de l’intermittence de ces douleurs, je conseillai l’emploi du sulfate de quinine, et les crises ne reparurent pas . Rentrée à Paris, cette dame ne tarda pas à être reprise de douleurs entéralgiques extrêmement vives, intermittentes et revenant d’une façon irrégulière. Ces douleurs commençaient par un malaise bientôt suivi d’élancements, puis de coliques violentes; les traits se décomposaient, la face pâlissait, puis survenaient des vomissements alimentaires bilieux ou aqueux ; la crise durait ainsi pendant plusieurs heures, après quoi il restait un simple malaise général et une douleur sourde dans le ventre. La morphine en potion et en injection parvenait à calmer partiellement ces douleurs, mais non à éviter leur retour. Ayant remarqué que ce retour avait lieu toutes les cinq semaines environ, vers le soir, je me décidai à administrer de nouveau le sulfate de quinine, qui non seulement arrêta l’attaque doulou-
NOSOGRAPHIE
relise à son début, mais prévint le retour de nouveaux accidents. Tout d’abord, sous l’influence de ce médicament, les crises se rapprochèrent; enfin elles cessèrent totalement, et depuis lors, ma malade s’est bien portée. Une autre personne qui avait des coliques non moins violentes fut encore guérie, cette fois en deux jours, par l’emploi de la quinine.
Cystalgie. — Cette névralgie, qui a pour siège principal le col de la vessie, est un accident relativement commun; elle survient tantôt dans le jeune âge et indépendamment de tout autre désordre, tantôt dans un âge plus avancé où elle coexiste d’ordinaire avec des hémorrhoïdes ; le plus souvent elle est provoquée par le froid. Les malades éprouvent des sensations pénibles, plus ou moins aiguës et insupportables, pendant la miction; ils ont de faux besoins, des envies fréquentes d’uriner, et sont pris de spasmes douloureux qui arrêtent instantanément le jet de l’urine, comme s’il existait un calcul dans la vessie. Ces désordres, le plus souvent paroxystiques, peuvent durer un certain temps, s’apaiser et reparaître avec plus ou moins d’intensité. L’absence de toute lésion locale, la limpidité des urines, certains troubles nerveux concomitants, tels que migraines, névralgies, etc., sont autant de circonstances favorables au diagnostic de celte affection qui se rencontre encore dans la goutte et coexiste fréquemment avec de la gravelle urique. L’anus peut être simultanément ou isolément atteint ; il est le siège d’un sentiment de cuisson et d’agacement insupportable.
IIystéralgie. — La névralgie utérine ou hystéralgie se
TliAITÉ DE L’UERPÉTISME.
manifeste par des douleurs spontanées, tellement violentes parfois qu’elles rappellent les douleurs de l’enfantemenl. Ces douleurs, qui ont pour foyer un ou plusieurs points du col ou du corps utérin, s’irradient au vagin, à la vulve, à la vessie, au rectum, aux membres inférieurs, aux parois de la cavité abdominale et pelvienne. Elles sont fréquemment accompagnées de tuméfaction de l’utérusquiest douloureux au toucher, de leucorrhée, d’aménorrhée, et plus souvent peut-être de métrorrhagie. Ajoutons qu’elles se manifestent sous forme de crises intermittentes survenant brusquement et disparaissant de même, en sorte que le siège de la souffrance est le seul élément qui permette de les distinguer des crises entéralgiques. J’ajouterai que j’ai vu plusieurs fois diagnostiquer dans ces conditions des corps fibreux de l’utérus.
11 y a des raisons de croire que sous l’influence de riierpétisme il se produit aussi des crises douloureuses du foie et des reins, et d'admettre l’existence d’une hépatalgie et d’une népbralgie se rattachant à cette disposition morbide; mais je n’ai pu jusqu’ici obtenir des renseignements suffisants pour pouvoir être affirmatif sur ces points.