PAPIER
Tout papier n'est pas également propre à l'impression lithographique, et on s'exposerait à de graves mécomptes, si on voulait faire usage indifféremment de tous ceux qu'on trouve dans le commerce. Quelques-uns de ces papiers, par suite de la manière dont ils ont été fabriqués, contiennent des matières qui peuvent causer les plus grands dommages sur une pierre dessinée, et dont il convient par conséquent d'éviter l'emploi. Je montrerai bientôt à quels signes ils sont reconnaissables ; mais je crois utile d'abord de décrire sommairement les diverses méthodes qu'on emploie pour fabriquer le papier. Le lithographe en sera mieux à même d'estimer la qualité de celui qu'on lui propose. Je n'entrerai pas dans de grands détails à ce sujet , me contentant d'insister seulement sur les points qui peuvent avoir quelque influence sur le tirage des épreuves. Ceux qui désireraient une description plus complète pourront consulter avec fruit ÏEncyclopédie méthodique ou le Dictionnaire technologique.
Fabrication du papier.
Le papier qu'on fabrique en Europe, se fait avec des chiffons de toile de chanvre, de lin ou de coton , qu'on trie avec soin, selon leur couleur, leur nature, leur finesse e! leur degré d'usure. Après cette opération , on les divise en fibres assez fines pour que, parleur feutrage, elles puissent former le papier. Il existe deux manières principales de procéder à ce genre d'opération. La première, et la plus ancienne, consiste à ramollir les chiffons par la pourriture. A cet effet, on les humecte, et on les met en tas pendant un temps plus ou moins long , suivant le degré de décomposition qu'on veut leur faire subir. La masse
ne tarde pas à fermenter, et s'échauffe successivement. Il faut alors la surveiller avec attention, pour arrêter l'action au point convenable; car, si elle était poussée trop loin, une grande partie des chiffons, et peut-être la totalité, seraient détruits et mis hors de service. C'est cette méthode, suivie avec intelligence, qui a été usitée de temps immémorial dans nos fabriques de France, et qui a valu à leurs papiers d'impression, tant pour la Typographie, que pour la taille douce et la Lithographie, une préférence méritée sur les productions étrangères.
Tandis que l'Angleterre et la Hollande nous envoyaient leurs beaux papiers collés, que nous ne pouvions pas produire, ces deux pays venaient se fournir chez nous de papiers d'impression, dont ils n'avaient pu atteindre l'excellente qualité. Leur |K*u de succès tenait précisément à ce que les fabricans d'Angleterre et de Hollande ne faisaient pas pourrir leurs chiffons. Ceux-ci conservaient alors une partie du gluten (i) qui entre dans leur composition chimique, et dont la présence les rend plus fermes et plus faciles à encoller. Mais précisément, parce que les chiffons non pourris, ou la pâte verte , suivant l'expression des papetiers, fournit un papier plus ferme et plus dur, il est moins propre à l'impression que celui fait avec la pâle |>ourrie, qui forme un papier souple, spongieux , susceptible de se mouler parfaitement sur les corps dont il doit recevoir l'empreinte.
Le papier le plus propre à l'impression des estampes lithographiques , est donc celui dont la pâte a été pourrie à un degré convenable pour qu'il prenne bien les empreintes, sans cependant ciu'il soit irop friable, et se déchire trop facilement. Néanmoins, le degré de pourriture des chiffons ne parait pas constituer à lui seul la qualité des papiers pour l'impression. Le choix des matières V contribuerait aussi pour beaucoup. I,e coton surtout donne, assure-t-on, un papier doux et soyeux, éminemment aple à recevoir de belles empreintes. Il est vrai que ce papier est un peu moins blanc que celui que fournissent les chiffons de lin.
Pour réduire les chiffons en pâte , on les soumettait autrefois à l'action de piles, sortes de maillets garnis de clous, qui les battaient dans des auges remplies d'eau, jusqu'à ce qu'ils fussent convenablement divisés. Ces maillets sont aujourd'hui généralement remplacés par des cylindres, qui prennent moins de
(:) Le gluten est une substance d*un blanc gri;atre, molle, élastique, qui se rencontre dans plusieurs matières végétale»; comme le lin et le chanvre. Comme il entre facilement en putréfaction, on emploie ce moyen pour en débarrasser ces corps.
s , et peuvent diviser les chiffons pourris et ceux qui ne le sont pas ; tandis que les maillets ne peuvent servir qu'à la trituration des premiers. Cependant, on se sert encore de maillets pour les papiers à dessin et à registres, parce qu'ils laissent les iilamens de la pâte plus longs; ce qui fait qu'ils se feutrent mieux. Ces papiers sont alors plus forts , et ne se cassent pas aussi facilement.
Les cylindres généralement employés aujourd'hui, prennent moins de place, et exigent moins de force. Ce genre d'appareil, qui nous vient de la Hollande, se compose d'un cylindre garni de lames d'acier , qui tourne avec une grande vitesse sur une plaque de métal cannelée, ou formée par un assemblage de plusieurs lames en acier. Ce cylindre est placé sur le côté d'une cuve ovale, remplie d'eau, dans laquelle on met les chiffons. Par son mouvement de rotation, il fait tourner la masse liquide rcnlerméc dans la cuve, de manière à la faire passer successivement entre lui et la plaque cannelée. Ainsi cette masse se trouve lacérée et divisée en fibres très-menues, de manière à ne former, à la fin de l'opération, qu'une espèce de bouillie. On a ordinairement deux sortes de cylindres: celui qu'on appelle ejjilocheur , qui sert à la première tritura (ion des chiffons, et le rafjincur, dans lequel la pâte reçoit son dernier degré de division, et se trouve nettoyée par l'eau qui se renouvelle continuellement, de même que dans le premier.
Avant la découverte de Berthollet, qui consiste à blanchir les toiles au moyen du chlore, en se fondant sur la propriété dont jouit ce gaz, de détruire les couleurs végétales, on ne parvenait à faire du papier blanc, qu'en choisissant des chiffons déjà blanchis par les nombreuses lessives qu'on leur avait fait subir. On les soumettait de nouveau à des lessives caustiques, on les exposait à la rosée et à la lumière, et on s'en servait pour obtenir un papier, qu'alors on appelait blanc, parce qu'on ne connaissait encore rien de mieux; mais dont on était obligé de masquer les défauts, en lui donnant une teinte d'azur plus ou moins fon-. cée. C'est que, quelque blancs que soient les chiffons, ils ne fournissent pas, sans une préparation préalable, un papier d'un blanc assez pur pour arriver à la perfection désirée, et que les applications de la chimie ont permis d'atteindre. Mais depuis la découverte du chlore et de ses propriétés, on a eu l'heureuse idée d'employer ce gaz à la décoloration de la pâte du papier, et on a obtenu des résultats fort remarquables. C'est au sortir du cylindre effilocheur, que la pâte est soumise à l'action du chlore. On la fait ensuite passer au cylindre raffîneur, pour la laver, et en terminer la trituration.
La plupart des lithographes attribuent au blanchiment au chlore la détério-
ration que certains papiers font éprouver aux pierres dessinées. Il leur sera facile de se convaincre, à la lecture de ce chapitre, qu'il ne peut rester dans le papier, une quantité de chlore suffisante pour exercer la moindre action défavorable sur les pierres. En effet, aussitôt blanchie, la pâte est soumise, dans le cylindre raffîneur, à un lavage de plusieurs heures, à grande eau. Puis, cette pâte est portée plus tard dans la cuve à ouvrer, où elle se trouve délayée dans une grande quantité d'eau, qui la débarrasserait bien certainement du peu de chlore qui aurait pu y rester après le premier lavage, et qui l'entraînerait avec elle à travers les intervalles de la forme. D'ailleurs, si la pâte contenait encore du chlore au moment où on la mêle à la colle, ]>our le collage à la cuve, cette opération ne produirait qu'un mauvais effet. Je ferai voir bientôt que c'est dans une autre cause, provenant d'une autre opération qu'on fait subir au papier, que réside la défectuosité de ces papiers pour l'usage de la Lithographie. Cependant, on peut rencontrer quelquefois des papiers qui n'ont pas été assez nettoyés, et qui sentent encore le chlore; mais je ne crois pas pour cela que ce gaz s'y trouve en quantité suffisante pour produire un effet nuisible sur les pierres.
Lorsque la pâte est suffissamment raffinée, on la porte dans une grande cuve, dite cuve à ouvrer, où on la délaye dans une quantité d'eau proportionnelle à l'épaisseur du papier qu'on veut obtenir. C'est de cette cuve que Youvreur la puise sur une forme carrée, de la grandeur de la feuille de papier. Cette forme est une espèce de tamis, formé anciennement par quantité de fils de laiton trèsrapprochés, tendus sur un châssis. Ce sont ces fils qui impriment sur le papier ces nombreuses lignes parallèles , connues sous le nom de vergeures. Depuis qu'on a inventé les toiles métalliques, on les préfère généralement pour la confection des formes. Les fils très-fins et très-serrés qui les composent , étant croisés, n'impriment point de marque sensible sur le papier, et lui donnent de la ressemblance avec les peaux de parchemin très-fines, conues sous le nom de véltn. C'est ce qui a fait donner le nom de papier vélin aux sortes qui sont fabriquées avec des formes en toile métallique. L'ouvreur introduit cette forme à trois ou quatre pouces sous la surface de la pâte délayée, contenue dans la cuve, et la retire en la tenant parfaitement de niveau. L'eau s'écoule à travers les ouvertures que laissent entre eux les fils de laiton , et les fibres qui nageaieut dans le bain restent posées sur ce tamis, où elles sont retenues sur les bords par un petit cadre qu'on applique sur la forme, et qui sert à donner un bord net au papier.
Lorsque la plus grande partie de l'eau a abandonné la forme, celle-ci est renversée sur un morceau de drap de laine, que les papetiers appellent feutre,
sur lequel la pâte s'applique. On la recouvre alors d'un second feutre, sur lequel on pose une seconde feuille, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on ait formé une pile appelée porse. On glisse cette porsc sous une forte presse , avec laquelle on exprime toute l'eau surabondante; ce qui fait adhérer en même temps les filamens de la pâte , de manière à pouvoir ensuite enlever les feuilles de dessus les feutres. On les empile les unes sur les autres, et on forme ce qu'on appelle des portes blanches, qu'on soumet encore à de nouvelles pressions. Cela fait, on étend les feuilles sur des cordes , pour achever le séchage.
En cet état, le papier sans colle, j>our la gravure et l'imprimerie , n'a plus à subir, avant d'être livré au commerce, que quelques pressions, qui redressent les feuilles, et égalisent le grain. 11 n'en est pas de même de celui destiné à l'écriture ou au dessin. En formant à sa surface des traits à l'encre , celle-ci y pénètre promptement, et s'y étend dans tous les sens. Alors, selon l'expression ordinaire, le papier boit. On remédie à cet inconvénient , en lui faisant subir un encollage. La colle seule, quelque concentrée qu'on la prît, ne suffirait pas pour rendre le papier imperméable à l'encre. Pour qu'elle produise cet effet, il faut qu'elle soit combinée avec de l'alun , dans une certaine proportion , afin de la rendre moins soluble. L'expérience a appris en outre qu'on obtient de mauvais résultats, lorsqu'on sèche trop vite. 11 parait qu'on obvie à cet inconvénient dans quelques établissemens , en ajoutant à l'alun un peu de sulfate de zinc (vitriol blanc) qui, étant déliquescent , ne permet pas à l'humidité de s'échapper aussi promptement.
•Pour encoller le papier, on met dans une grande cuve une dissolution de colle forte étendue d'eau , à laquelle on ajoute de l'alun et quelquefois, comme je l'ai dit , un peu de sulfate de zinc. Pour les papiers faits avec de la pâte pourrie, il faut un encollage plus fort que pour ceux faits avec de la pâte verte, parce que cette dérnière conserve une partie du gluten contenu dans le lin et le chanvre; tandis que le pournssage l'a totalement détruit dans la première. On trempe les feuilles de papier dans ce bain de colle, qui doit être tenu constamment tiède, par paquets dont on écarte les feuilles par un tour de main prticulicr aux colleurs. On les pose ensuite les unes sur les autres, jusqu'à ce qu'on en ait réuni une certaine quantité, qu'on porte alors sous la presse; tant pour faire pénétrer la colle également partout, que pour exprimer celle qui serait surabondante. On suspend ensuite les feuilles au séchoir.
Les papiers ainsi collés, ne le sont qu'à la superficie. Dès qu'on gratte la surface, le papier boit, comme s'il n'avait pas été collé. M. Payen explique ce phé-
nomène de la manière suivante (i). « La superficie éprouve la première l'action « desséchante de l'air; puis elle reprend, par les conduits capillaires du papier, « l'humidité intérieure; c'est-à-dire la solution gélatineuse. Celle-ci, amenée à la « superficie, puis évaporée, y dépose la gélatine. Une nouvelle quantité de solu- « tion est attirée de l'intérieur, et porte encore à la surface la gélatine qu'elle « contient. Le même effet a lieu jusqu'à l'entière dessiccation du papier. On con- « eoit que la plus grande partie de la gélatine se trouve ainsi à la surface du <t papier,' et que, rendue moins solublc par la réaction de l'alun, elle s'oppose « à ce que l'encre s'infiltre dans l'intérieur. »
Dans ces derniers temps, on a imaginé des machines fort ingénieuses dans lesquelles les formes avec lesquelles on puise la pâte dans la cuve à ouvrer, sont remplacées par une toile métallique sans fin, sur laquelle la pâte vient se déverser. L'eau filtre à travers la toile, et les filamens de la pâte restent déposés à la surface. La toile avançant par un mouvement continu et régulier, emmène avec elle cette matière qui est couchée sur un ou plusieurs feutres sans fin, comprimée par une série de cylindres presseurs, et passée ensuite sous de gros cylindres polis, chauffés à la vapeur, qui en opèrent en même temps la dessiccation et l'apprêt. On obtient ainsi une feuille de papier sans fin, qui s'enroule sur un cylindre placé à l'extrémité de la machine. On la coupe ensuite en feuilles de divers formats.
Depuis qu'on est parvenu à feutrer et à sécher directement le papier au moyen de ces machines, on a fait de nombreuses tentatives pour l'encoller en même temps; de manière que le papier pût sortir tout fini de la machine. On est parvenu à coller la pâte avant de l'étendre sur la toile métallique, et on a donné à ce procédé le nom de collage à la cuve. A cet effet, on prépare une décoction d'amidon, à laquelle on ajoute du savon de résine ou «le cire, et même quelquefois seulement du savon ordinaire, et ensuite de l'alun. On verse successivement ces drogues, préalablement dissoutes à l'eau bouillante, dans la pâte, au moment où elle se trouve dans le cylindre raffineur. Ces matières se précipitent sur les filamens du chiffon , et y restent adhérentes. Le papier collé par ce procédé, l'est d'outre en outre, et ne boit pas lorsqu'on le gratte, comme le papier à la main.
Si certains papiers altèrent la surface des pierres pendant le tirage, et sont causes qu'elles prennent promptement le noir, je suis persuadé que c'est dans
(i) Dictionnaire technologique. Tom. XV. pag. 240.
l'encollage même, qu'il faut en rechercher la cause. Nous avons vu (chapitre m) que les acides détruisent la couche de gomme insoluble qui se trouve sur les pierres, et repousse le noir. Or l'alun qu'on ajoute à la colle, rougit très-fortement la teinture de tournesol, parce qu'il contient un grand excès d'acide sulfuriqne. Et comme ce sel est meilleur marché que la colle, et qu'il ne jaunit |>oint le papier comme celle-ci, certains fabricansen ajoutent une quantité surabondante, et plus que la colle n'en peut neutraliser (i). Il n'est pas rare de trouver des papiers qui contiennent un tel excès d'alun, qu'on le sent en les plaçant sur la langue. Cet excès se reconnaît d'ailleurs très-facilement en étendant un peu de teinture de tournesol sur le papier. Un excès d'alun rougit cette teinture, et le papier noircit alors la pierre, parce cpie l'acide sulfurique qu'il contient détruit la couche de gomme insoluble, et met la pierre à nu en contact avec le rouleau. Si au contraire le tournesol reste bleu, le papier est bon pour le tirage. Si le défaut provenait de la présence du chlore, comme on semble le croire communément, le tournesol serait décoloré et non rougi.
Jusqu'ici je n'ai trouvé de papier noircissant les pierres, que parmi ceux qui sont collés à la main : je n'ai jamais éprouvé d'inconvénient semblable avec des papiers sans colle, ni avec ceux collés à la cuve. La raison en paraît simple. L'alun n'entre pas dans la préparation du papier sans colle. Quant à celui qui est collé à la cuve, il faut remarquer que la colle, rendue insoluble par le savon et l'alun, se précipite sur les chiffons. Si on avait mis un excès d'alun, il se trouverait en dissolution dans l'eau de la pile, et dans celle qu'on ajoute à la pâte, pour l'étendre suffisamment. Au moment où on fait passer le papier sur la machine, ces eaux s'écoulent à travers la toile métallique; et ce qui en reste est exprimé par les cylindres presseurs. Il n'y a donc plus dans le papier que la colle insoluble, ne contenant plus d'alun libre. Cette colle est répandue également dans toute l'épaisseur du papier, et la dessiccation instantanée, opérée par les cylindres chauffés a la vapeur, ne lui donne par le temps de se fixer sur la surface du papier; tandis que le papier collé à la main, se trouvant trempé dans un bain contenant un excès d'alun, celui-ci est absorbé par sa pâte spongieuse et vient, par la dessiccation, se réunir en entier à la surface, où il peut agir alors avec d'autant plus d'intensité sur les pierres.
Je dois faire remarquer encore une autre différence de qualité que les deux
(i) Un excès de sulfate de line , si on en ajoute à la eotle, présenterait le même inconrénient que l'alun, s'il n'était pas bien neutre.
systèmes d'encollage donnent au papier. Grand nombre de dessinateurs se sont aperçus que, lorsqu'ils effacent à la gomme élastique des traits au crayon sur du papier fait à la mécanique, sa surface devient pelucheuse, et prend mal les teintes de lavis, qu'ils passent sur ces places. De même, en écrivant sur du papier mécanique surtout avec une plume d'acier, le bec de la plume se charge quelquefois d'un duvet qu'il faut essuyer à chaque instant; tandisque les papiers faits à la main, et collés par l'ancien procédé, ne présentent pas cet inconvénient. On a mal à propos attribué ce défaut à un excès de coton qu'on supposait exister dans la pâte de ces papiers, qu'on désigne même assez généralement sous le nom de papiers de coton.
Ces papiers mous et cotonneux proviennent surtout de l'emploi de pâtes pourries ou blanchies à l'excès. Longtemps on a regardé les papiers faits à la mécanique, comme moins bons que les autres : c'est une erreur encore aujourd'hui assez générale. Ce n'est pas la machine, qu'il faut en accuser; mais bien le fabricant, qui veut faire du papier très-blanc avec des chiffons gris, et qui les altère par les opérations du blanchiment. L'encollage doit être aussi pour beaucoup dans ce résultat. Le papier à la main étant trempé dans un bain de colle en dissolution, qui se rassemble à la surface par la dessiccation, réunit bien plus fortement les filamens, dont il est composé, et les fait mieux résister aux frottemens; tandis que la colle précipitée sur les chiffons dans la cuve, se répand également dans l'intérieur et à la surface, où les filamens doivent moins adhérer au corps de la feuille, et se détacher par le frottement.
Encollage des épreuves.
Les lithographes étant parfois obligés d'encoller des épreuves, pour les enluminer, je dois entrer dans quelques détails à ce sujet. Beaucoup de coloreurs de Paris se servent à cet effet d'un mélange de
3 onces (96 grammes) savon blanc,
2 » (64 » )alun,
3 * (96 » ) colle de flandre, 8 litres eau.
On fait d'abord fondre la colle dans l'eau , et on la chauffe jusqu'à ce qu'elle parvienne à l'ébullition. Alors on y ajoute le savon, et quand celui-ci est entièrement dissout, on ajoute l'alun. On passe la liqueur dans un linge, et on la conserve dans des bouteilles bien bouchées.
Cet encollage, qui a l'apparence du lait, est entièrement incolore sur le papier. On peut en passer avec un pinceau seulement sur la partie du dessin cpi'on Ycut colorier, sans qu'on aperçoive la trace où on s'est arrêté. 11 offre d'ailleurs la commodité qu'on peut le conserver pendant assez longtemps, pour s'en servir au moment du besoin. Mais ces avantages sont balancés par un grave inconvénient. Le savon que cet encollage contient, est sujet à se rancir par l'âge sur le papier, et la place encollée forme une tache jaune, qui enlève tout le prix des feuilles ainsi préparées (i).
Nous nous servons dans notre atelier de colorage, d'une colle que je regarde comme bien préférable, et qui est la même que celle qu'on emploie pour le papier à la main. Nous la composons de
2 livres ( 1 kilog. ) colle de flandre, ou belle colle d'os bien blanche, \ onces ( 128 grammes) alun, 12 litres eau.
Nous faisons fondre séparément la colle et l'alun, et nous réunissons alors les deux liqueurs , dont le mélange forme une légère gelée après le refroidissement.
Nous passons cette dissolution encore liquide sur les deux faces des estampes, de manière à les imbiber entièrement. Mais il faut avoir soin de ne pas y répandre plus de colle qu'elles n'en peuvent absorber, afin que celle-ci ne coule pas sur leur surface, lorsqu'on les susjiend pour les sécher. Nous avons vu précédemment que, pour que le papier soit bien encollé, il doit sécher lentement. On aura donc la précaution de susjmidre ces feuilles dans une salle où la dessiccation ne s'opère pas trop promptement. On peut étendre cette colle avec un pinceau; mais nous avons toujours trouvé l'emploi d'une éponge plus convenable.
Formats.
Tous les papiers ne présentent pas la même grandeur dans leurs feuilles ou , comme on est convenu de le dire, tous n'ont pas le même format. Le lecteur pourra en juger par le tableau suivant, où sont consignés tous les formats connus dans le commerce.
(i) Peut-être éviterait-on cet inconvénient en remplaçant le savon ordinaire par du savon de résine, comme on le fait en fabrique, pour l'encollage des beaux papiers, que le temps ne fait pas jaunir : la résine n'étant pas sujette à se rancir, comme l'huile.