POIDS
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12 ordinaire.
7 mince.
14 double.
12 simple.
A la Tellière
Cadran
Petit-Raisin Bilon-P oval ou Petit-Cornet .
Trou O Tmi «i— Il iinf 1 ^ on li#nK
Quelques-uns de ces formats ne sont usités que dans certaines localités. Ceux qu'on adopte le plus généralement sont les suivans :
Grand-Monde,
Grand-Aigle,
Colombier,
Grand-Soleil,
Jésus ,
Petit-Soleil,
Carré,
Coquille,
Ecu,
Couronne,
Tellière,
Pot ou Cloche.
La rame de papier contient généralement 20 mains, de a5 feuilles; soit 500 feuilles. Cependant, les fabriques d'Alsace ont conservé l'usage hollandais, et ne mettent que 24 feuilles à la main; ce qui réduit la rame à 480 feuilles. La rame de papier pliée contient ordinairement deux mains dites cordées. Ce sont celles qu'on a placées au-dessus et au-dessous, et qui reçoivent la marque de la corde qui les lie. Habituellement, on forme ces mains avec des feuilles de second choix, surtout pour les papiers ordinaires. Certains fabricans sont, sous ce rapport, plus scrupuleux que d'autres, et composent leurs rames de 500 bonnes feuilles. Il n'est donc pas indifférent de qui on achète le papier, et il convient de bien examiner les rames, avant de juger de leur prix. Il est bon d'observer aussi que souvent les plis des feuilles cachent des défauts, et que ces plis sont quelquefois difficiles à faire entièrement disparaître, même par le satinagr. Il est donc plus avantageux d'acheter les papiers à plat, lorsqu'on peut les obtenir. Il existe aussi différens usages pour le choix des papiers. A Annonay et environs, par exemple , on trie avec soin les feuilles sans défauts, qu'on vend sous le nom de premier choix ; celles qui ont de petits défauts sont appelées second choix, et quelquefois on fait encore un troisième choix des feuilles plus avariées. A Angoulème au contraire, il est d'usage de vendre les papiers choix réuni, c'est-à-dire de laisser réunies les feuilles de premier et de second choix, et de n'en séparer que celles de troisième choix. Il faut encore, sous ce rapport, savoir quel est l'usage de ceux dont on tire son papier.
Défauts.
Tous les papiers ne sont pas également propres à l'impression lithographique. Ceux sans colle sont généralement les meilleurs; mais encore y a-t-il des différences entre eux. Pour bien recevoir les empreintes, ils doivent être convenablement moelleux, et se mouler parfaitement sur la planche; et nous avons vu que d'autres causes semblent avoir la plus grande influence sur leur qualité pour l'impression. On fera donc bien d'essayer une sorte de papier par un tirage un peu nombreux, avant de l'employer pour des ouvrages délicats et soignés.
Parmi les papiers ordinaires et les papiers collés, il se trouve deux genres d« défectuosités qu'il faut avoir soin d'éviter, autant que les circonstances le permettent. La première est le sable que contiennent beaucoup de papiers. Chaque grain de sable fortement pressé sur la pierre, au moment où il passe sous le ra» teau, y fait un petit trou, et cet accident pouvant se répéter plusieurs milliers de fois, le dessin finit par se détériorer en entier; soit, s'il est à l'encre, parce
que les lignes sont entamées et perdent toute leur pureté; soit, s'il est gravé, parce qu'il s'y forme une multitude de petits points noirs. Quelquefois aussi ces grains de sable se logent dans le cuir de la presse, et y restent fixés; de sorte qu'au bout d'un certain tirage, ce cuir devient si défectueux, qu'il est alors impropre à toute impression délicate.
La seconde défectuosité , mais qui n'appartient qu'aux papiers collés , c'est qu'après avoir tiré un petit nombre d'épreuves, les pierres se couvrent peu à peu d'un voile noir qui finirait par les perdre entièrement, si l'on ne se hâtait d'y porter remède. Je crois avoir suffisamment démontré par ce qui précède, que ce défaut tient à un excès d'alun employé dans l'encollage, et resté dans le papier. Si donc on s'aperçoit que tous les traits du dessin ou de récriture s'élargissent et deviennent impurs, ou qu'une pierre prend du noir aux places où pose la feuille sur laquelle se fait le tirage, tandis qu'elle reste blanche dans les parties que cette feuille n'atteindrait pas, on peut être assuré que ce noir est dû à un excès d'alun , et il faut à l'instant arrêter le tirage, laver à l'essence, gommer et encrer de nouveau. Si on prend cette précaution a temps, le mal est facilement réparé; si non, il faudra avoir recours aux moyens indiqués dans le chapitre qui traite de l'impression.
Dans sa séance générale du 28 Décembre 1831, la Société d'encouragement décerna à M. Joumar, une médaille de la valeur de 200 francs, pour un moyen chimique d'obvier à cet inconvénient. Ce moyen consiste à passer le papier dans un léger lait de chaux, et à le laisser sécher avant de s'en servir. Ce qui précède nous indique immédiatement l'action de la chaux dans ce cas. Il est évident qu'elle a pour but de saturer l'acide sulfurique de l'excès d'alun, pour former du sulfate de chaux. Mais cette opération a l'inconvénient de laisser sur le papier une poussière blanche; ce qui nécessite de brosser ou de frotter chaque feuille, si mieux on n'aime les rincer dans l'eau pure, au sortir du lait de chaux. Tout cela demande du temps, et le passage en lait de chaux est déjà fort long par luimême, parce qu'il faut tremper feuille par feuille. Dans la plupart des cas, ce procédé exigerait plus de temps que ne pourrait le comporter le résultat à obtenir, et il ne me paraît applicable qu'à des papiers d'un prix élevé, qui seraient déjà coupés, et impropres à tout autre usage qu'à celui auquel on les avait d'abord destinés.
Quelques personnes ont pensé qu'il serait plus convenable de dissoudre un peu de soude dans l'eau dont on se sert pour humecter les papiers; cet alcali devant saturer l'acide sulfurique, comme le lait de chaux, dans le procédé de M.
Joumar. Certainement, si on parvenait à mettre dans l'eau, juste la quantité de soude nécessaire, on réussirait; maison a ici deux écueils à éviter. Si on ne met pas assez de cet alcali, il reste encore de l'acide sulfurique sur le papier. Si on en met trop, cet excès n'est pas moins nuisible que l'acide lui-même, d'après ce qui a été dit au cita pitre m. Ce qu'il y a de mieux, c'est d'éviter ces sortes de papiers, ou, si des raisons particulières obligent à en faire usage, de les imprimer â sec. On en sera quitte pour donner une pression plus forte ; et l'alun n'étant pas dissous par le trempage du papier, sera sans action sur les pierres.
Humectation.
Afin de mieux prendre les empreintes, le papier doit être légèrement bumide. 11 s'applique plus parfaitement alors sur la surface de la pierre; mais il ne doit être que simplement ramolli par l'eau, sans être mouillé à sa surface; car alors, loin de favoriser le tirage des épreuves, cet excès d'bumidité l'empêcberait d'adbérer suffisamment au dessin, et on n'obtiendrait que des impressions dépouillées.
Pour humecter le papier, on doit avoir un assortiment d'une ou plusieurs paires de plateaux de chaque format. Ces plateaux doivent être garnis de traverses emboîtées, afin de ne pas se voiler par l'humidité à laquelle ils sont constamment exposés. Il est même plus sûr, pour les en garantir, de les faire d'abord peindre à l'huile. On y pose de 6 à 18 feuilles de papier, plus ou moins, suivant l'épaisseur (i). On prend ensuite une feuille qu'on plonge dans une auge, ou baquet rempli d'eau et assez large pour qu'on puisse y passer aisément les plus grands formats. Puis on met cette feuille mouillée sur ces feuilles sèches. On recouvre cette même feuille d'autres feuilles sèches; sur celles-ci on en place une seconde mouillée, puis encore des feuilles sèches, et ainsi de suite, en alternant toujours de la même manière. Quelques imprimeurs suivent une autre méthode, qui consiste à tremper à la fois un paquet de 8 à 15 feuilles, en les passant en entier dans l'eau; mais de manière que la première et la dernière feuille soient seules mouillées extérieurement. 11 faut pour cela faire usage d'un tour de main qui consiste à serrer le paquet, d'une part entre l'index et le doigt du milieu, et de l'autre entre le petit doigt et le pouce, et en écartant ces deux points, autant
(i) 1 4 à 1 8 feuilles de papier mince , tel que papier à lettre» ; 8 » de papier de force moyenne, toit carré ;
que la grandeur de la main le permet ( Planche ni. F/g. 1 ). Ceux qui n'auraient pas l'habitude de ce four de main, feront bien de serrer les feuilles de papier entre doux petites règle* Planche, m. F/g. 1 ). On passe d'abord la partie A dans l'eau, en soutenant l'autre extrémité B de la main gauche. Après avoir retiré les feuilles, on les laisse égoutter un peu, et on les pose sur le plateau dont j'ai déjà parlé. On prend ensuite la moitié supérieure du paquet, et on la retourne de manière à mettre au milieu la fouille mouillée qui était au-dessus. Parce moyen, m on opère sur des paquets fie 16 feuilles par exemple, il s'en trouvera une mouillée d'une côté toutes les 8 feuilles; tandis que par la première méthode, il y en aurait une mouillée des deux côtés toutes les 16 feuilles. Le dernier moyen est donc préférable, en ce que l'humidité est répandue plus également, et qu'il ne faut pas autant de temps, pour qu'elle pénètre toute la partie.
Lorsque tout le papier est ainsi trempé, on le recouvre d'une seconde planche, et on l'abandonne une heure ou deux à lui-même. Puis, on le met sous presse, ou on le charge d'un poids, qu'on lui fait supporter au moins une demijournée, afin qu'il se pénètre d'eau, partout également. Comme le papier s'étend par l'humidité, il faut donner aux feuilles les plus mouillées le temps de faire leur effet, avant de les presser. Sans cette précaution, on s'exposerait à ce qu'elles eussent des plis. Souvent même, après que le papier a reposé un temps suffisant, les feuilles se trouvent ondulées ou godtles. Ces plis présentent un grave inconvénient, lorsqu'on imprime de grandes feuilles; en ce qu'ils occasionnent des bavochures. Il faut donc tâcher qu'au moment du tirage, les feuilles soient bien plates. C'est ce qu'on obtient en remaniant les feuilles, c'est-à-dire en posant un second plateau à côté de la pile humide, en y plaçant le papier par 4 ou 5 feuilles, en retournant alternativement une partie, afin que les ondulations ne se corresj>ondent plus, et en soumettant de nouveau à la presse. Ces plis proviennent souvent de ce que les bords des feuilles séchant plus vite, se raccourcissent avant l'intérieur. C'est ce qu'on évite en humectant les bords de temps à autre, ou en les enveloppant de papier, lorsque le paquet doit rester humecté pendant quelques jours, surtout en été.
Comme le papier sans colle s'amollit beaucoup par l'humidité, on courrait risque de déchirer les feuilles, en les passant dans l'eau. 11 vaut beaucoup mieux les humecter à l'éponge. A cet effet, après avoir placé six à huit feuilles sur le plateau, on y passe légèrement une éponge bien propre, en ayant soin de ne pas revenir sur les places déjà mouillées; car alors on pourrait enlever par le frottement de légers fragmens de papiers, se roulant sur eux-mêmes, qui se déta-
chent au moment du tirage , et laissent des taches blanches sur les épreuves.
Afin que le papier devienne bien égal, il est nécessaire qu'il repose quelque temps après avoir été mouillé. Cependant il faut éviter, surtout pendant les fortes chaleurs de l'été, de le laisser trop longtemps humide; car dans ce cas, la colle fermente, et tombe en pourriture, le papier devient fongeant en quelques places, où se sont formées des piqûres, ou petites taches rondes, de différente! couleurs, qui ne sont qu'une moisissure causée par cette fermentation. Lorsque ces taches sont peu avancées, il suffit quelquefois, pour les enlever, de les frotter avec une éponge imbibée d'eau propre; mais les points ainsi ramenés au blanc, ont entièrement perdu leur colle. Si le papier était tellement piqué, que les taches résistassent à ce simple lavage, il n'y a d'autre moyen pour les détruire que l'emploi du chlore. On préparera une dissolution de chlorure de chaux, comme il a été dit à l'article chlore, à propos du blanchiment des estampes vieilles ou tachées; on posera une feuille du papier à nettoyer sur une planche , on la mouillera en entier avec cette dissolution de chlorure; on la recouvrira d'une seconde feuille, qu'on mouillera également, et ainsi de suite. Après avoir laissé agir le chlore jusqu'à ce qu'on s'aperçoive que les taches ont complètement disparu, on rincera chaque feuille, Tune après l'autre, dans de l'eau claire. Cette opération est fort longue et ne peut s'appliquer qu'à des papiers d'une grande valeur. Je n'ai pas besoin d'ajouter que, par ce blanchiment, le papier perd sa colle.
Lorsqu'on est très-pressé pour un tirage, on peut mouiller de deux feuilles l'une avec une éponge, dont on a exprimé l'excès d'eau, et mettre le papier en presse. En opérant ainsi, il peut être prêt au bout d'un quart d'heure.
Pour les cartes, on les superpose par paquets de deux ou trois, et on y applique chaque fois une éponge mouillée. On enveloppe ensuite le tout d'un papier, qu'on charge d'un faible poids. On peut aussi les tremper dans l'eau, en ayant soin de les écarter, pour que le liquide pénètre partout.
Papier de Chine.
Les Chinois, qui nous ont devancé dans la découverte d'un grand nombre d'arts, paraissent connaître la fabrication du papier, de temps immémorial. Les matières premières qu'ils emploient à cet usage varient dans chacune des provinces de ce vaste empire. Quelques-unes se servent de chiffons de linge, comme en Europe; d'autres préfèrent le jeune bambou, le mûrier à papier ( monts papirifera ), l'espèce de peau qu'on trouve dans les cocons de vers-à-soie, un
arbre inconuu à nos botanistes, qu'on nomme en Chine chu ou ko-chu, l'ouate, et surtout l'arbre à coton.
En refendant ces végétaux, on les réduit en iilamens, qu'on tait macérer dans l'eau, et qu'on bat ensuite jusqu'à ce qu'ils soient réduits en une espèce de filasse, et plus tard en pâte. On les dépose dans des cuves, où deux hommes les puisent avec une forme à peu près semblable à celle qu'emploient les fabricans européens, pour faire le papier vergé; avec cette seule différence que les fils de laiton y sont remplacés par des baguettes fort minces de bambou. Vis-àvis de ces deux hommes se trouve un mur dont la face est très-lisse. 11 est creux intérieurement, afin qu'on puisse y faire du feu, pour le chauffer. A mesure qu'une feuille est puisée et égouttée, les ouvriers l'appliquent contre ce mur, et l'y étendent au moyen d'une brosse. La feuille sèche à l'instant, et tombe à terre, pour faire place à une autre. C'est pour ce motif, que le papier de Chine a deux faces bien différentes. Celle qui a été appliquée contre le mur, est très-lisse, tandis que l'autre porte les marques de la brosse. Il parait que ce mode de séchage n'est pas indifférent à la bonne qualité de ce papier pour l'impression. Ne recevant par là aucune pression, il reste spongieux, et ee moule plus parfaitement sur les planches, pendant le tirage.
Le papier de Chine n'est pas aussi bien fabriqué que le beau papier d'Europe. 11 est moins blanc, moins pur; mais extrêmement doux et soyeux. La finesse, la ténacité et la souplesse de ses filamens sont sans doute la cause pour laquelle il reçoit mieux toute espèce d'impression , que le papier de chiffons d'Europe.
C'est par erreur que, dans des ouvrages publiés sur la Lithographie, on a dit que le papier de Chine se fabriquait en Europe. Il est certain que jusqu'ici on s'est borné à quelques essais, et qu'on n'en livre point au commerce. Tout celui qu'on consomme vient de la Chine, ou au moins des Indes-Orientales.
En 1820, la Société d'encouragement a proposé un prix de 3000 francs, pour la fabrication en France du papier de Chine, qu'on croyait alors être fait avec l'écorce du mûrier à papier. D'après des essais entrepris par M. Delapierre , fabricant de papier, à V r. h champ (Vosges), il parait que le papier de Chine le plus propre à l'impression des estampes, est fabriqué avec du bambou. L'écorce du mûrier, qu'il a essayée, a produit un papier soyeux et comparable, pour l'aspect, au plus beau papier de Chine. Toutefois, on l'a trouvé un peu dur et, sous ce rapport, inférieur au papier de roseaux. Ces deux matières mêlées dans une juste proportion , ont produit un papier plus résistant, plus facile à fabriquer, et par-
faitement convenable à l'impression. M. Delapierre s'est assuré que te papier fait avec Varundo phragmites, ou roseau des marais, réunit toutes les qualités du papier de Chine. En conséquence, la Société d'encouragement a décerné à cet habile industriel le prix de 3000 francs, porté dans son programme. Depuis, la même Société avait proposé un nouveau prix de 2000 francs « pour celui qui au mois de Juillet 1834, aurait mis dans le commerce la plus grande quantité de papier égal à celui de la Chine. » Dans sa séance générale de Décembre 1836, cette Société décerna une médaille d'or à la fabrique d'Écharcon, pour la fabrication en grand du papier de Chine. Cette fabrique a rempli les conditions du programme, en livrant des feuilles du format et de l'épaisseur du papier Jésus. Son papier de Chine a été trouvé de très-bonne qualité par plusieurs imprimeurs en taille-douce et en lithographie. Mais, à cause de l'épaisseur trop forte de ce papier, elle n'a pu le faire adopter par le commerce. La Société d'encouragement a, en conséquence, remis le prix au concours, en modifiant son programme, et demandant du papier conforme à celui de Chine, tant pour le format, que pour l'épaisseur.
Le papier de Chine est le meilleur de tous pour le tirage des ouvrages soignés. Les matières dont il est composé, et peut-être aussi la manière dont il est fabriqué, lui donnent la propriété de recevoir les empreintes avec une netteté et une finesse remarquables. Si on compare une épreuve sur papier ordinaire avec une autre épreuve de la même planche, tirée sur papier de Chine, l'une immédiatement après l'autre, on y trouvera une différence sensible. La dernière sera plus fine, plus pure, plus vaporeuse dans ses teintes légères, plus transparente, et en même temps plus brillante et plus vigoureuse dans ses parties foncées.
L'usage qu'on faisait autrefois du papier de Chine , se réduisait à quelques gravures de prix. Ce papier ne se trouvait alors dans le commerce qu'en petite quantité, et se vendait jusqu'à trois francs la feuille. C'est en 1820, qu'il m'en tomba quelques feuilles entre les mains. J'en fis l'essai , et les connaisseurs furent frappés de la beauté des épreuves tirées sur ce papier. Peu de temps après, MM. Taylor et de CaUleux commencèrent leur bel ouvrage des Voyages pittoresques dans fancimne France. Ayant reconnu la supériorité des épreuves sur papier de Chine, ils se décidèrent à l'employer pour toutes les vues qui décorent ce bel et important ouvrage; et ce fut, si je ne me trompe, la première publication dont l'édition entière ait été tirée sur papier de Chine. D'autres éditeurs suivirent cet exemple, et bientôt ce papier, devenu d'un usage général, forma un article assez important de commerce avec le céleste Empire. Les bâtimens qui
font le commerce des Indes-Orientales en apportent à présent des quantités considérables; ce qui a fait beaucoup diminuer son prix, qui n'est plus que de 35 à 50 centimes la feuille , suivant la qualité et la quantité qu'on en achète à la
fois.
Ces feuilles ont quatre pieds de long, sur deux de large ( 1 mètre, 30 c. , sur 65 centimètres). Elles se trouvent pliées d'une manière particulière, par paquets de 96 feuilles , et sur leurs marges , sont imprimés des caractères chinois en encre rouge. Il se trouve ordinairement quinze de ces paquets dans une caisse.
Comme ce papier est très-mince, et qu'on exige que sa couleur de nankin-grisâtre-clair soit rehaussée par une marge blanche, on l'applique sur une feuille de papier blanc, sans colle. C'est par le tirage même, que se fait le plus souvent cette application, du moins pour les épreuves de petites dimensions. Voici le procédé à suivre en ce cas, et que tous les lithographes ont adopté après nous. On pose sur une grande table une dixaine de feuilles de papier de Chine, en ayant soin de mettre au-dessus le côté qui porte les empreintes de la brosse. On y étend de la colle d'empois, qu'on a d'abord passée dans un tamis de crin, ou dans un linge, pour la rendre bien fine. On fera bien de se servir, pour cette opération, d'une éponge fine, ayant un côté plat. Je la trouve préférable au pinceau large, dit queue de morue , dont se servent quelques lithographes; parce qu'elle laisse moins de colle sur la feuille, et qu'elle l'étend plus également. Cette opération doit être faite avec soin et adresse, de manière à bien étendre la colle, et à en laisser le moins possible sur le papier; car le tirage ne se fait pas bien sur des feuilles couvertes d'une couche de colle trop épaisse, surtout si elle y a été étendue d'une manière inégale. Toutes les lignes qu'elle forme se voient sur l'épreuve. Il faut aussi bien se garder de mettre de la colle sur le côté lisse, qui doit recevoir le dessin, car les parties tachées d'empois se collent sur la pierre, et la feuille se déchire, lorsqu'on veut l'enlever. Tout cela fait, on étend le papier sur dès cordes, ou mieux encore sur des lattes arrondies pour le sécher, et on le conserve ensuite à plat, dans un grand portefeuille, qu'on tient dans un lieu sec, afin d'empêcher la colle de se piquer.
Lorsqu'on veut se servir de ce papier, on en pose une ou plusieurs feuilles, suivant le nombre d'épreuves à tirer, sur une grande planche à couper, de bois de hêtre, poirier, ou autre à fil doux; on l'ébarbe de deux côtés, puis on y trace la grandeur des feuillets dont on a besoin, en ayant soin de faire la division de manière à avoir le moins de perte possible. A cet effet , on pose quelques morceaux de plomb, ou autres corps lourds sur les feuilles, pour les empêcher
de se déranger, et au moyen d'une règle en fer, et d'un couteau bien tranchant (voir le chapitre des outil»), on les coupe aux points marqués. Si la division de la feuille doit être régulière, il sera plus simple de la plier en autant de parties que de feuillets à faire, de poser dessus une planchette ou un carton de la grandeur convenable, et de couper tout autour. On peut aussi les rogner dans la presse, avec le rabot du relieur.
Le papier de Chine contient beaucoup d'impuretés. Lorsque les feuilles sont coupées, il faut les éplucher avec soin, en enlevant, au moyen d'un grattoir ou couteau fin et pointu ( voir les outils ), toutes les saletés qui s'y trouvent. Cependant, aGn de ne pas perdre trop de temps, la personne chargée de ce travail doit avoir devant elle une épreuve de la planche à laquelle la feuille est destinée. Elle nettoyera avec soin les parties où tombent des teintes claires et délicates, tandis qu'elle se contentera d'enlever les impuretés les plus grossières qui correspondent aux parties les plus chargées de dessin. 11 peut arriver qu'en votdant enlever certains corps, on fasse un trou dans le papier. \a feuille n'est pas perdue pour cela. 11 suffit, pour réparer le dommage, que l'imprimeur, après avoir posé la feuille sur la planche, place à l'envers, sur le trou , un petit morceau du même papier, dont il déchire d'abord les bords, afin qu'ils ne fassent pas une saillie nette, qu'on pourrait apercevoir. Il met par-dessus le papier blanc, et après le tirage de l'épreuve, il n'y aura plus aucune défectuosité, surtout si l'ouvrier a eu soin de faire correspondre le trou a une partie chargée de dessin.
Quelques heures avant de commencer le tirage, on place les feuillets de papier de Chine entre des feuilles de papier humide, afin qu'il y devienne convenablement mou, et que la colle devienne capable de s'attacher au papier blanc, pendant l'impression. Celle-ci se fait en posant d'abord la feuille de papier de Chine sur la planche, en plaçant les angles sur des repères faits à la dissolution de carmin. On recouvre ensuite d'une feuille de papier blanc humide, et ces deux feuilles se collent ensemble par la pression.
Papier à calquer.
Le papier à calquer, qu'on trouve dans le commerce sous le nom de papier végétal, est fabriqué avec de la filasse de chanvre ou de lin, et travaillé seulement en vert, c'est-à-dire sans subir aucune pourriture, car il doit sa transparence au gluten contenu dans ses filamens, et que la pourriture détruirait, comme on l'a vu précédemment. Ce papier ne reçoit aucun encollage : son gluten lui en tient lieu, et il se trouve naturellement collé, en sortant du séchoir.
11 importe à une bonne fabrication, que la niasse soit entièrement exempte de chenevottes , qui occasionneraient des points blancs , nuisibles à la transparence.
On voit par cet exposé, que ce papier n'est point builé, comme beaucoup de personnes le supposent, et qu'il peut être employé sans aucun danger pour le décalque sur pierres.