partie aulidc ou slrarinc
Huile d'olive 72 28
.» d'amandes douces 76 2*
» de colza 54 ,\Q
Les graisses animales contiennent aussi de l'oléine, de la stéarine et, en outre, de la margarine. Dans ces derniers temps, on est parvenu à en extraire la stéarine, en mêlant la graisse avec de l'huile de térébenthine, et en la pressant dans des caisses doublées de feutre, dont le fond et les côtés sont percés de petits trous. T «i stéarine, qui reste seule dans les caisses, est mise ensuite dans des chaudières, où on la fait bouillir avec de l'eau pendant assez longtemps, pour lui enlever l'odeur tic térébenthine qu'elle a contractée. Puis on la purifie en la faisant fondre avec du charbon animal, nouvellement calciné. Ainsi obtenue, la stéarine est brillante, blanche, demi-transparente, mais extrêmement cassante. On lui donne de la ténacité en la fondant avec un cinquième de son poids de cire, puis on la motde en bougies. J'indique ce procède pour les lithographes qui voudraient se procurer de la stéarine pour faire quelques essais: ils n'auraient qu'à s'adresser aux établissemens où on prépare ce produit.
Bmie de lin. Celte huile, qu'on trouve en grande abondance dans le commerce, s'extrait des graines de lin {iinum usilatissirnum), qui en fournit environ 22 pour cent de son poids. A cet effet, on les torréfie pour détruire le mucilage qu'elles contiennent en abondance à leur superficie, on les broyé, on chauffe avec un peu d'eau, et on soumet à la presse. Cependant la meilleure est celle qu'on se procure par l'expression à froid ; elle est d'un jaune clair, tandis que celle obtenue à chaud est d'un jaune brunâtre, et devient facilement rance. L'huile de lin a une odeur forte, et une saveur désagréable. Sa propriété éminemment siccative la rend propre à la peinture; elle entre dans la composition des vernis gras, de l'encre des imprimeurs, etc. Sa qualité siccative s'augmente beaucoup en la faisant bouillir avec un huitième environ de son poids de lithar-
ge, à laquelle on ajoute aussi quelquefois un peu de plâtre, pour absorber l'humidité de l'huile. Lorsque celle-ci a acquis une couleur rougeâtre, on la retire du feu, et on la laisse clarifier par le repos. En cet état, elle est employée par les peintres. 11 ne faut pas prendre trop de litharge pour celte opération. L'huile peut se charger jusqu'à un quart de son poids de cet oxide métallique ; mais alors elle acquiert, par le seul effet du refroidissement, la couleur et'la consistance du caoutchouc (gomme élastique). C'est cette combinaison qu'on étend en guise de vernis, sur les étoffes qu'on veut rendre imperméables à l'eau.
J'indiquerai plus loin avec détail la manière de traiter l'huile de lin, pour la faire entrer dans l'encre litbographique.
Huile de noix. Siccative, inodore, d'une saveur douce, agréable, d'une couleur blanche tirant sur le vert. Elle s'obtient j>ar expression des fruits du noyer. Celle qu'on ap|X'lle huile de noix vierge , est le produit de l'expression des noix a froid. A cet effet , on monde celles-ci de leurs coques ligneuses , et même quelquefois de leurs pellicules membraneuses, on les écrase sous la meule, et on les presse dans des sacs de toile forte. Cette huile, dépurée par le repos, se consomme pour l'usage de la table et de la pharmacie. Celle qui est destinée à la peinture, à l'éclairage, etc., s'obtient avec moins de précautions et à chaud. Les peintres préfèrent celte huile à toute autre, à cause de sa vertu siccative; surtout lorsque, après avoir été exposée sur l'eau , dans des vases larges et plats, au contact de l'air, elle est devenue rance, et qu'elle a acquis toute la blancheur et la limpidité dont elle est susceptible.
Huile de noisettes. Remplace quelquefois l'huile de noix dans la peinture, elle jouit à peu près des mêmes propriétés.
Hiu/e de Chenevis. Se retire du chanvre par un procédé analogue à celui en usage pour extraire l'huile de lin. Siccative, employée en peinture; ne se trouve qu'en petite quantité dans le commerce.
Essence de térébenthine. De toutes les huiles essentielles, celle de térébenthine est la seule dont on fasse un usage courant en lithographie. On la retire des térébenthines (i), par la distillation. Les plus estimées sont celles qui proviennent des térébenthines du mélèze et du sapin; celle qu'on retire du pin est regardée comme de qualité inférieure. Cette essence est d'autant plus fluide, et plus légère, qu'elle est le produit de distillations réitérées. Elle est presque incolore,
(i) Je parlerai de ces corps à I article résines.
d'une odeur forte et désagréable, d'une saveur acre et brûlante. Cette huile jaunit et s'épaissit à l'air; elle peut se convertir alors en une matière analogue aux
résines.
L'essence de térébenthine, à cause de ses propriétés et de son prix modéré, est souvent employée dans les arts. Le lithographe en fait continuellement usage, surtout parce qu'elle a la propriété de dissoudre les matières grasses. J'indiquerai plus tard les cas où il s'en sert.
Essence fie lavande. Jaune, plus légère que l'eau; se retire des fleurs de lavande. Elle n'est guère employée jusqu'ici qu'en médecine et dans la parfumerie : je ferai voir plus tard de quelle utilité elle peut être au lithographe.
Qre.
La cire est une substance grasse et ductile, fournie par les abeilles, formant des rayons composés de cellules dans lesquelles cet insecte dépose ses œufs et amasse ses provisions de miel, destiné à sa nourriture pendant l'hiver. Pour séparer ces deux substances, on coupe les gâteaux en tranches, et on les fait égoutter sur des claies au soleil, ou dans un lieu chaud. Après que le miel a été sé|>aré de la cire par cette première opération, on enferme le résidu dans des sacs de toile claire, et on soumet à la presse, pour obtenir une certaine quantité de miel qui ne s'était pas écoulé; puis on retire le marc des sacs et on le liquéfie, en l'exposant à l'action de la chaleur, dans des vases de cuivre qui contiennent un peu d'eau. On le laisse en fusion pendant quelque temps, pour faire déposer les impuretés qu'il peut contenir. Puis on retire du feu; la cire se fige, et on en sépare, au moyen d'un couteau, la partie inférieure, qu'on appelle le pied, où se trouve fixée une partie des matières étrangères. Plus tard, on réunit les pieds de plusieurs opérations, qu'on traite de nouveau par le même procédé, |>our en extraire la cire qui s'y trouve encore.
Ainsi obtenue, la cire est quelquefois blanche, mais le plus souvent colorée en jaune plus ou moins foncé. Dans ce dernier cas, on la blanchit pour les besoins du commerce, en l'exposant à l'air, sous forme de lanières ou de rubans, et en l'arrosant de temps en temps. C'e st ainsi qu'on se procure la cire vierge. On a proposé l'emploi du chlore pour blanchir la cire; mais il parait que ce corps altère ce produit
La cire est formée de deux matières distinctes, qu'on peut séparer au moyen de l'alcool. La première, solublc dans l'alcool, capable de former un savon avec la potasse, a reçu le nom de ce'rine. D'après MM. Voissenot et Boudet, elle cou-
stitiie les '/,„ de la cire, et le» y„ selon John. Toutefois, la cérine entière n'est pas saponifiable (i); le reste de la cire est formé de myricinr. Celle-ci est soluble dans l'essence de térébenthine; elle se volatilise par la chaleur.
La cire pure est sèche et cassante; sa cassure est grenue; elle n'adhère point aux dents, quand on la mâche. Sa saveur ne doit pas rappeler celle du suif; car ce serait une preuve qu'elle a été allongée avec ce corps gras. Malheureusement la cire du commerce est souvent falsifiée par l'addition de résines, de galipot, de suif; mais ces substances lui donnent une consistance onctueuse et une odeur désagréable, qu'on reconnaît facilement avec un peu d'habitude. \a cassure de la cire perd en même temps son grenu. Depuis quelque temps, on a eu recours à un autrc'moyen, qui consiste à incorporer à la cire, de la fécule de pomme de terre. La fraude est alors moins saillante au premier abord, mais on peut la constater facilement en traitant la cire à chaud par l'essence de térébenthine. Ce liquide dissout la cire et les matières grasses qu'elle pourrait contenir, tandis qu'elle laisse la fécule intacte. On remarque aussi que la cire fraudée, par la résine répand une odeur désagréable et une fumée plus épaisse, lorsqu'on la brûle sur des charbons ardents.
Suif.
Les graisses se trouvent dans un grand nombre de tissus animaux , surtout aux environs des reins. Leur consistance varie suivant la nature des individus qui les fournissent, et suivant la partie du corps d'où on les extrait. Celles des animaux ruminans, auxquelles on a donné le nom particulier de suif, sont plus ou moins blanches, solides, insipides, peu odorantes, insolubles dans IVau, plus légères que ce liquide, peu solubles dans l'alcool. Elles ont de l'analogie avec les huiles fixes par leur composition, étant formées d'oléine et de stéarine. C'est la stéarine qui domine dans les graisses, et qui cause leur solidité. 100 parties de suif de mouton sont formées de 30 d'oléine et de 70 de stéarine.
Les graisses ne sont jamais isolées dans les animaux; elles sont toujours enveloppées de tissu cellulaire, de sang, de membranes, etc. Pour les purifier, on les coupe d'abord par morceaux de la grosseur d'une noisette, et on les pétrit dans l'eau froide, pour en séparer le sang. Puis on chauffe à feu modéré dans une chaudière, en y ajoutant quelquefois un peu d'eau. La graisse devient liquide, et, au moyen d'une écumoire, on enlève les matières étrangères, qui sont
(t) La partie non saponifiable a reçu le nom de céraine.
restées à l'état solide. Cela fait, on passe à travers un tamis, et la graisse coule clans une terrine où elle se solidifie. M. d'Arcet a proposé de remplacer ce procédé par le suivant, qui paraît préférable sous le double rapport de la quantité et de la qualité du suif qu'on obtient. On met dans la chaudière: Graisse 1500 parties.
Eau 750 »
Acide sulfurique 24 »
On fait bouillir ce mélange jusqu'à ce que le suif soit bien épuré. On retire du feu; on laisse refroidir; le suif se fige, surnage le liquide, et on l'enlève. L'acide sulfurique dissout les matières membraneuses, et les sépare du suif, qu'on retire ainsi en entier. En outre ce procédé présente moins de danger pour le feu , ne donne pas une odeur aussi désagréable, et fournit un suif plus blanc.
s a voir.
Lorsqu'on fait bouillir de l'builc ou de la graisse avec de la soude ou de la potasse, dans- des circonstances favorables, la stéarine et l'oléine contenues dans ces corps gras, passent à l'état d'acides oléique. et stt'atique; ce sont ceux que j'ai déjà désignés sous le nom à' acides gras. Le savon résulte de la combinaison de ces acides avec la soude ou la potasse employée, et comme c'est le plus souvent de soude qu'on se sert, le savon est un véritable sel de soude. 11 faut remarquer en outre que c'est un sel double, parce qu'il entre deux acides dans sa composition; de sorte que le savon est de Xoléate et du stéarate de soude. Enfin , j'ajouterai que c'est un sel avec excès de base, car il contient plus de soude qu'il n'en faut pour saturer ses deux acides; aussi sa dissolution peut-elle ramener au bleu le papier de tournesol préalablement rougi par un acide.
En général on appelle savon la combinaison des acides gras avec un oxide quelconque. Prenons des fragmens de pierre lithographique, et faisons-les dissoudre dans de l'acide hydrochlorique , nous obtiendrons de X hydrochlorate de chaux en dissolution. Filtrons cette liqueur, pour la rendre plus claire. D'une autre part, faisons dissoudre du savon ordinaire; puis mêlons les deux liqueurs, voici ce qui en résultera.
Savon
oléate de soude I * «de oléique (a).
! soude (b).
stéarate de soude i *cidc stéarique (a).
! soude (b).
Hydrochlorate de chaux j hydrochloriqne (b).
* \ chaux (a).
(a) Oléale et stéarate de chaux, (h) Ilydrochlorate de soude.
Le savon se sépre d'abord en oléate et en stéarate de soude, puis en acide oléiqueet en soude, en acide stéarique et en soude. L'hydrochlorate de chaux se décompose aussi en acide hydrochlorique et en chaux. Alors, l'acide hydrochloriqne (b), se combinant avec la soude (b), donne de l'hydrochlorate de soude (sel ordinaire) fb), solnble, qui reste en dissolution dans la liqueur. En même temps les acides oléique (a) et stéarique (a), se combinent avec la chaux (a); ce qui donne de l'oléate et du stéarate de chaux (a); matière insoluble, qui se précipite en grumeaux blancs. C'est un véritable saxtm calcaire.
11 se passe une action tout-à-fait analogue lorsqu'on veut dissoudre du savon dans des eaux séléniteuses, c'est-à-dire chargées de sels de chaux, qui sont le plus communément du carbonate et du sulfate. D'après ce que je viens dédire, le tableau suivant suffira, je pense, pour faire comprendre au lecteur l'action chimique qui a lieu dans cette circonstance.
acide oléique (c).
soude (a).
oléate de soude
Savon
. , acide stéarique (cj.
stéarate de soude , .
soude (b).
Carbonate de chaux
Sulfate de chaux ,
acide carbonique (a), chaux (c).
acide sulfurique (b).
chaux (c).
(a) Carbonate de soude, solublc. .
(b) Sidfate de soude, solnble.
(c) Oléate et stéarate de chaux, insolubles, savon calcaire.
Le lecteur doit à présent concevoir facilement pourquoi les eaux séléniteuses ne sont propres à dissoudre le savon, que lorsque tous les sels de chaux qu'elles contenaient, ont été précipités à l'état de savon calcaire.
Tous les savons, quelque soit d'ailleurs l'oxide qui entre dans leur composition , sont décomposablcs par les acides sulfurique, nitrique, hydrochlorique, etc. Faisons dissoudre du savon ordinaire dans l'eau; puis ajoutons à la dissolution assez d'acide hydrochlorique pour saturer complètement la soude du savon;
c'est-à-dire jusqu'à ce que le mélange rougisse le papier bleu de tournesol. Cela fait, mettons sur le feu, et faisons bouillir pendant environ un quart-d'heure. Le savon sera décomposé.
. . , . | acide oléique.
oleate de soude { , » v soude (a).
Savon
I stéarate de soude
acide stéarique.
soude (a).
Acide hydroi hlorique (a), (a) Hydrochlorate de soude.
L'acide hydrochlorique (a) se combine avec la soude (a), et forme de l'hydrochloratc de soude (a), pendant que les acides oléique et stéarique deviennent libres. On relire du feu; ces deux acides se figent par le refroidissement, et surnagent la liqueur, à cause de leur légèreté. On les sépare facilement. On les fait bouillir encore une fois avec de l'eau pure, afin d'enlever quelque reste d'acide hydrochlorique ou dhydrochlorate de soude qu'ils pourraient contenir encore, et on les sépare du liquide comme la première fois. On peut ainsi s'en procurer à volonté des quantités plus ou moins considérables.
Si, au lieu de savon ordinaire, on avait pris du savon calcaire, le résultat aurait été le même, quant aux acides; seulement on aurait obtenu en même temps, de riijdi ochloratc de chaux. 11 faut remarquer aussi que le savon calcaire étant insoluble, c'est dans le mélange d'eau et de ce savon, qu'on ajoute une quantité convenable d'acide hydrochlorique.
I rs acides oléique et stéarique sont insolubles dans l'eau; mais ils se dissolvent très-bien dans l'alcool et dans l'essence de térébenthine. Mis en contact avec un carbonate, ils le décomposent pour se combiner avec l'oxidc, pendant que l'acide carbonique se dégage; il en résulte un savon, dont les propriétés dépendent de la nature de l'oxide.
Le savon dont on fait le plus habituellement usage, et que le lithographe fait entrer dans la composition de ses crayons, est à base de soude. Ceux à base de potasse sont toujours mous, et il convient d'en éviter l'emploi dans toutes les compositions qui doivent donner un corps solide, comme les crayons lithographiques, par exemple.
Afin que les alcalis puissent se combiner avec les corps gras, pour former des savons, il faul qu'ils soient caustiques, et j'ai déjà dit qu'on les amène à cet état, eu les faisant bouillir dans l'eau, avec une quantité convenable dechaux. Quant
aux matières grasses, toutes ne sont pas également saponifiantes. L'huile d'olive est celle qui jouit de cette propriété au plus haut degré; aussi l'ein ployé- t-on de préférence dans tous les pays où on peut s'en procurer avec abondance. Ailleurs, on se sert ordinairement de graisses animales.
Lorsqu'on s'est procuré la lessive caustique , c'est-à-dire la dissolution de soude préalablement bouillie avec la chaux , on la porte sur le feu à l'ébullition, et on y ajoute l'huile. On soutient l'action de la chaleur, et bientôt l'huile perd sa transparence, se dénature, passe à l'état d'acides oléique et stéarique, et se combine avec l'alcali. Alors on ajoute une nouvelle portion de soude caustique, et on continue a en verser peu à peu, jusqu'à ce que l'huile en soit complètement saturée. On obtient ainsi un savon d'un bleu foncé, tirant sur le noir; couleur qui est due à des matières étrangères, d'origine métallique, qui se trouvaient dans la soude. Ce savon , qui contient 16 pour 100 d'eau , peut être converti en savon blanc et en savon marbré.
Pour se procurer du savon blanc, on dissout cette masse dans une lessive faible, en ménageant la chaleur, et on laisse déposer toutes les matières étrangères, qui se réunissent au fond de la chaudière. On puise la pâte du savon, qui est devenu parfaitement blanc, on la coule; elle se prend en masse par le refroidissement, et on la coupe en tables. Le savon blanc se compose de
Soude 4,(î
Acides gras 50,2
Eau 45,2
C'est celui qu'on doit employer de préférence pour faire les crayons et l'encre lithographique , à cause de sa pureté.
Les savons à base de soude et de potasse sont très-solubles dans l'eau et dans l'alcool. Le savon calcaire au contraire, est insoluble dans chacun de ces liquides.
L'huile, telle qu'on l'achète dans le commerce, n'est pas immédiatement saponifiable; il faut, pour lui faire acquérir cette propriété, la laisser exposée à l'air pendant un temps assez long, qui atteint ordinairement plusieurs mois. Dans ces derniers temps, on a livré des savons dont l'huile a été rendue beaucoup plus tôt saponifia hic par l'action du chlore. Malheureusement ces savons ne paraissent pas entièrement débarrassés du chlore qui a servi à cet usage, et peut être, à cause de cette circonstance, leur emploi pourrait-il présenter quelque inconvé-
nient au lithographe. Pour reconnaître la présence de ce corps, on fera dissoudre un petit morceau de savon à essayer dans de l'eau pure, et on y ajoutera assez d'acide nitrique pur, pour que le mélange mugisse le papier de tournesol. On fera bouillir pendant un quart-d'heure, on laissera refroidir et on filtrera. Quelques gouttes de nitrate d'argent versées dans la liqueur filtrée, donneront un précipité blanc, quand le savon contiendra du chlore. Il sera bon de s'assurer d'avance, que. ni l'eau, ni l'acide nitrique qu'on emploie, ne précipitent pas le nitrate d'argent; car autrement ce serait là une cause d'erreur dans l'essai.
Jicsinrs.
11 existe un grand nombre d'espèces de résines. Ce sont des matières solides, cassantes, inodores, insipides quand elles sont pures, demi-transparentes, d'une couleur tirant sur le jaune. Soumises à l'action de la chaleur, elles commencent par se fondre, et finissent par se décomposer, si on pousse assez la température: elles sont inflammables par l'approche d'un corps en ignition, et répandent alors beaucoup de fumée. L'eau ne peut pas les dissoudre; mais elles se dissolvent bien dans l'alcool, dans l'éther et dans les huiles volatiles; plusieurs même se dissolvent dans les huiles grasses. Les résines peuvent se combiner avec les alcalis, et donnent alors des composés qui ont la plus grande analogie avec les sels.
Les résines ont la plus grande analogie avec les huiles volatiles dont elles présentent la composition chimique, et rappellent plusieurs propriétés. Peut-être même ne sont-ce que des huiles volatiles épaissies par l'absorption d'une certaine quantité d'oxigène, comme cela a lieu pour quelques essences; notamment celle de térébenthine. Les résines appartiennent toutes au régne végétal; elles découlent de certaines plantes, soit spontanément par des fissures naturelles, soit par des incisions artificielles. Elles sont d'abord liquides et visqueuses; peu à peu, elles s'épaississent à l'air. Quelques résines sont fortement odorantes; elles doivent cette propriété à une quantité plus ou moins grande d une huile volatile avec laquelle elles sont unies. Quelquefois même cette huile peut être assez prédominante, pour que la résine reste à l'état fluide, d'une consistance de miel; telles sont plusieurs espèces de térébenthine, qui contiennent beaucoup de cette essence qui porte le même nom.
Je donnerai ici quelques détails sur chacune des résines dont ou fait usage en lithographie.
Mastic.
C'est d'une espèce de pistachier fort commun dans tout l'Orient; mais qui se
cultive principalement daus Hic de Scio, qu'on retire le mastic. Pour cela, vers la fin de Juillet, on fait quelques légères incisions au tronc et aux principales branches de cet arbuste, et il en découle un suc qui s'épaissit peu à peu, et reste attaché à l'arbre en larme» plus ou moins grosses. Quelquefois cependant, lorsque le suc est abondant, il tombe jusqu'à terre et s'y dessècbe; aussi, souvent entoure-t-on le pied de l'arbre de toiles grossières, afin que la résine qui en découle ne soit pas salie par le sol et les impuretés qui peuvent se trouver à sa surface.
Le mastic en larmes est d'un jaune pâle, couvert d'une poussière blanchâtre, occasionnée parle frottement des larmes entre elles; il est d'une odeur suave, d'une saveur aromatique; fragile, à cassure vitreuse. 11 se ramollit sous la dent. Les femmes de l'Orient ont l'habitude d'en mâcher de temps en temps. On prétend qu'il blanchit les dents, fortifie les gencives et rend l'haleine douce et agréable.
Le mastic est soluble dans l'alcool, l'éther et l'essence de térébenthine. Il entre dans la composition de quelques vernis très-brillans.
Gomme-laque.
Cette résine se récolle sur plusieurs arbres de l'Inde orientale, par suite de la piqûre d'un insecte du genre des cochenilles. La femelle de cet insecte, se fixe à l'extrémité des jeunes branches, et s'ensevelit dans le suc qui en découle; elle y pond ses œufs qui se développent, et quelques mois plus tard se métamorphosent en vingt ou trente larves, qu'on voit d'abord nager dans le liquide; mais qui, lorsque celui-ci est concrète, percent le dos de leur mère et s'échappent en laissant leur dépouille dans la cellule qui les renfermait. Les naturalistes ne sont pas d'accord sur l'origine de la gomme-laque. Ia?s uns pensent qu'elle est j>roduite par l'insecte lui-même; tandis que d'autres admettent que ce sont les arbres où sont fixés ces petits animaux, qui fournissent ce suc résineux, et que la sécrétion est seulement déterminée par la piqûre de l'insecte.
La laque se rencontre dans le commerce sous trois états différons :
1" 1m laque en biitons , ainsi nommée parce qu'elle est encore adhérente aux branches de la plante, où elle forme une croûte plus ou moins épaisse, d'un rouge-brun foncé, transparente sur les bords, d'une cassure brillante, d'une saveur astringente, répandant une odeur forte et agréable pendant la combustion. C'est la résine dans son état naturel.
2" ht laque en gmins. C'est celle qui a été détachée des arbres, et brisée en fragmens très-petits. Pure, elle est foncée en couleur; mais on en trouve parfois
dans le commerce, qui est décolorée, parce qu'elle a déjà servi aux teinturiers dans les Indes, qui en ont extrait la substance appelée lac-lake.
3° La laque en feuilles, ou en écailles, qu'on nomme aussi laque plate ou en plaques , s' 'obtient en faisant foudre les deux antres sortes, après les avoir fait bouillir dans de l'eau pure ou alcalisée. On les passe alors à travers une toile, et on les coule sur des surface s unies. Dans l'Inde, on se contente quelquefois de mettre la laque en grains dans un sac de coton qui sert de filtre, et qu'on place audessus d'un feu de charbon. Par la torsion, on force la laque à sortir du sac, et on la fait couler sur une surface plane. La laque ressemble alors à une matière vitreuse qui varie de couleur suivant que, par une ébullition préalable, elle a été plus ou moins privée du principe colorant. Aussi la distingue-t-on en blonde, en rouge et en brune. La blonde est très-fondante au feu et ne laisse pas de résidu après la combustion. La rouge, un peu plus épaisse que la première, fond bien aussi, et brûle sans résidu. La troisième fond plus difficilement que les deux autres, et laisse un résidu après la combustion. Sa couleur est due à un trop grand coup de feu qu'il a fallu lui donner, parce qu'elle n'était pas assez fondante.
Mise dans de l'alcool du commerce, la gomme-laque se ramollit et peut se dissoudre. La laque se dissout très-bien encore dans l'acide acétique; de même que dans la soude ou la potasse caustique; et elle forme alors une liqueur d'un rouge foncé, qui se dessèche à l'air en une masse transparente et brillante , d'un rouge-brun. Cette masse se dissout bien dans l'eau et dans l'alcool; sa saveur est amère et balsamique. Le dissolution de gomme-laque dans l'alcool est employée comme vernis.
Colophane.
C'est la résine que laissent les différentes espèces de térébenthines, après qu'elles ont été débarrassées de leurs parties volatiles. On en prépare de très-grandes quantités à Mirecourt (Vosges). On fait fondre dans une chaudière de fer un mélange de deux parties de résine provenant du résidu de la distillation «le la térébenthine ( le bray sec) avec une partie de poix blanche. On fait bouillir ce mélange à petit feu, en le remuant de tems à autre, pour qu'il ne s'attache pas aux parois de la chaudière. Lorsque les parties volatiles ont disparu, il reste une matière friable, claire, qu'on coule dans de petits cylindres en papier, préparés d'avance.
La colophane est soluble dans l'alcool, l'éther, les huiles grasses et volatiles.
Combinée avec les huiles grasses ou le suif, elle donne une masse molle, gluante, qui rappelle la térébenthine, lorsque le suif y entre pour une forte proportion. Elle se combine facilement avec les bases salifîables , pour former des coui|>osés analogues aux sels. Parmi ces corps, ceux qui contiennent de la )>otasse ou de la soude, sont solubles dans l'eau.
TérébenUiine.
On a désigné en général sous le nom de térébenthines toutes les substances résineuses qui contiennent une quantité d'huile fixe ou volatile suffisante pour leur donner une consistance demi-fluide. Ces térébenthines proviennent de différentes espèces d'arbres; mais principalement du pin, du sapin et du mélèze. Plusieurs d'entre elles sont employées par les pharmaciens et les parfumeurs; je ne parlerai ici que de celles qui intéressent le lithographe.
Térébenthine de Bordeaux, appelée aussi térébenthine commune ou térébenthine de pin, parce qu'elle est la plus répandue dans le commerce, et qu'elle découle de plusieurs espèces de pin, qui croissent abondamment dans les landes de Gascogne. Lorsque l'arbre a atteint 30 à 40 ans, et qu'il a de 3 à \ pieds de circonférence, on lait à sa partie inférieure une entaille d'environ trois pouces de largeur, sur un pouce de hauteur. De huit jours en huit jours, depuis le mois de Février, jusqu'au mois d'Octobre, on fait une nouvelle entaille au-dessus de la première, de sorte que, après cpiatre ans, l'entaille se trouve avoir 8 à 9 pieds de hauteur. Alors on en fait autant sur les autres faces île l'arbre, alin de donner aux anciennes plaies le temps de se cicatriser, pour pouvoir y pratiquer plus tard de nouvelles incisions. La térébenthine qui découle de ces ouvertures est reçue dans un trou fait au pied de l'arbre, ou dans des auges de bois. Pour la purifier, on la chauffe dans une grande chaudière; et, quand elle a acquis une certaine fluidité, on la filtre au travers d'un lit de paille, ou dans des caisses de bois, percées de petits trous. Souvent même, lorsque la chaleur de l'été est assez forte, cette opération se fait au soleil, et la térébenthine qu'on obtient alors est plus estimée que celle qui a été purifiée au feu : elle est vendue sous le nom de térébenthine fine,
La térébenthine de Bordeaux est ordinairement blanchâtre, trouble, consistante. Elle se sépare par le repos, en deux parties; l'une claire et transparente, l'autre d'apparence mielleuse. Son odeur est forte, et bien connue; sa saveur est a mère.
Térébenthine de Strasbourg, produite par le sapin , arbre qui croît abondam-
ment dans les Vosges, le Jura et les contrées septentrionales de l'Europe. Cette térébenthine peut s'extraire de la même manière que celle de Bordeaux. Souvent, pour la recueillir, les paysans grimpent sur les arbres, ouvrent les espèces de capsules que la térébenthine forme au printems et en automne, et en remplissent de petites tonnes qui |x>rtent dans le commerce le nom de goudes. Cette liqueur se purifie au moyen d'entonnoirs en écorccdc sapin, dont le fond est tapissé de feuilles du même arbre, pour former un filtre. térébenthine de Strasbourg est assez fluide, transparente, quelquefois un peu laiteuse; d'une odeur forte.
Térébenthine Je Venise, ou térébenthine du mélèze. Cette térébenthine doit son nom au grand commerce qu'en faisait autrefois la ville de Venise. Elle se retire du mélèze, qui croît dans les Alpes de la France et de la Suisse, ainsi que dans le nord de l'Europe. On la recueille par le même procédé que celle de Bordeaux; on la purifie en la passant à travers des tamis de cuir.
Os différentes espèces de térébenthines entrent dans la composition de quelques vernis.
Asphalte ou bitume.
Substance noire, solide, pesante, ayant l'aspect de la houille. Anciennement on la tirait du lac Asphaltide, ou Mer-Morte, d'où sont venus ses noms d'Asphalte et de Bitume de Judée. On en recueille à présent des quantités considérables en France, en Suisse et dans d'autres contrées de l'Europe, où il en existe des raines plus ou moins riches. L'asphalte entre en fusion à la température de l'eau bouillante; il s'enflamme facilement et brûle en répandant une fumée épaisse : il laisse alors peu de cendres. 11 est soluble dans plusieurs huiles grasses et volatiles; mais ne se dissout pas dans les alcalis même caustiques. Fondu dans l'huile, il forme un vernis qui imite celui de la Chine, et qu'on applique sur les plateaux, les cabarets, les tabatières, les petits ouvrages de fer. 11 est inattaquable par les acides, et forme la principale base du vernis des graveurs sur cuivre.
Caoutchouc.
Le caoutchouc, qu'on appelle aussi gomme élastique, résine élastique, est un corps solide, inodore, insipide, mou, flexible, extrêmement élastique. Il entre en fusion à 120 degrés du thermomètre, et prend alors la consistance du goudron, qu'il conserve après son refroidissement. Il est inaltérable à l'air, insoluble dans l'eau et dans l'alcool. Son meilleur dissolvant est l'éther, qui ne ledis-
sont néanmoins qu'autant qu'il ne contient plus d'alcool. On favorise sa dissolution, en le ramolissant dans l'eau bouillante. Après l'évaporation do la dissolution éthérée, le caoutchouc reste avec ses propriétés primitives, et, de même que le caoutchouc frais, il conserve pendant longtemps de la tendanee à adhérer aux corps avec lesquels on le met en contact. L'essence de térébenthine le dissout aussi, ainsi que les huiles de lavande et de sassafras. Il ne |>erd rien alors de ses propriétés. Introduit dans l'huile de pétrole rectifiée, il se gonfle jusqu'à occuper 30 fois son volume primitif. Par l'ébullition , il s'y dissout en partie, tandis qu'une autre partie y est totalement insoluble. Après l'évaporation de l'huile de pétrole, le caoutchouc reste peu altéré, et conserve longtemps la propriété d'adhérer, parce qu'il abandonne difficilement les dernières portions de pétrole. La meilleure manière de le dessécher, est de l'exposer à un courant de vapeur d'eau.
Lorsqu'on coupe une bande de gomme élastique, et qu'on la tient pendant longtemps dans l'eau bouillante, elle se gonfle, et ses bonis se ramollissent de telle sorte qu'en les rapprochant et les tenant pressés l'un contre l'autre, ils finissent par adhérer ensemble avec beaucoup de force. On a profité de cette propriété, pour faire des tubes de caoutchouc.
I,e caoutchouc se trouve contenu en quantité assez considérable dans différons arbres de l'Amérique méridionale et des Indes orientales. Lorsqu'on incise l'écorce de ces arbres, il en sort un suc laiteux, qui se durcit à l'air, et forme la gomme élastique. Ceux qui recueillent cette matière préparent d'abord un moule en terre, sur lequel ils font couler une couche de ce suc, qu'ils font ensuite sécher en l'exijosant à la fumée; cela fait, ils appliquent une seconde couche, puis une troisième, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à l'épaisseur voulue. Alors, ils brisent le moule et en font sortir les débris par une ouverture qu'ils ont eu soin de ménager. Dans cette préparation, le caoutchouc se noircit à la fumée; car dans son état de pureté, i( est d'un jaune pâle. Depuis quelques années, on expédie en EurojH? des bouteilles pleines de ce suc, et bien bouchées. Appliqué sur un corps solide en couches minces, il se solidifie assez vite, et se transforme en un caoutchouc semblable, à la couleur près, à celui du commerce.
Pierre-ponce.
Substance poreuse, assez légère pour surnager l'eau, spongieuse. de nature vitreuse,d'une texture fibreuse, rude au toucher, se cassant facilement; assez dure
l»our rayer le verre et les métaux. Le plus souvent d'un blanc grisâtre ; quelquefois bleuâtre, verdâtre, rougeàtre, brunâtre, etc. Inattaquable par les acides. Employée, à cause de sa dureté, à polir le bois, l'ivoire, le marbre, les pierres lithographiques, les métaux, etc.
Ces pierres, qui sont d'origine volcanique, se rencontrent dans plusieurs pays : en Italie; aux environs d'Andernach, sur les bords du Rhin; en Auvergne, à Ténériffe; en Islande, etc. C'est principalement dans les iles de Lipari et de Vulcano, qu'on les trouve en abondance, et qu'on recucUle la plus grande partie de celles qu'on livre au commerce.
Sable.
On donne le nom de sable à des substances minérales en poudre plus ou moins fine, qu'on trouve quelquefois étendues en couches à la surface de la terre; qui, d'autres fois gisent à une certaine profondeur dans le sol, où qui forment le lit des rivières, des fleuves, de la mer, qui les charrient continuellement, et les déposent sur leurs bonis. Ces grains sont extrêmement durs, ce qui permet de les employer dans le polissage des pierres. Les acides les plus forts sont sans action sur eux. On se procure aussi des sables très-propres au polissage, en pulvérisant des grés.
Éponges.
L'éponge est-elle un animal, ou un végétal? Les naturalistes ne paraissent pas d'accord sur cette question , et il serait superflu de rappeler ici les principales raisons apportées de j>art et d'autre, pour soutenir chacune de ces deux opinions. On parait cependant s'accorder à la regarder comme produite par de jMftits animaux presque imperceptibles, qui vivent dans le mer. L'éj>onge est un tissu fibreux, plus ou moins dense, plus ou moins flexible, entièrement rempli de tubes capillaires, susceptibles de recevoir l'eau dans leurs interstices, et de se distendre considérablement. Les é[)onges se trouvent au fond de la mer, attachées â des rochers. C'est surtout dans les parages des îles de l'Archipel grec, qu'on les rencontre en plus grande abondance.
Lorsqu'on les retire du fond des eaux, les éponges contiennent des quantités plus ou moins grandes de sable et de petits coquillages. Ces corps étrangers et durs présenteraient de graves inconvéniens dans la plupart des usages où on emploie l'éponge. Heureusement, il est facile de s'en débarrasser. Kn battant fortement l'éponge, le sable en sort; puis il suffit delà plonger pendant-vingt quatre
heures dans de l'acide hydrochlorique marquant 3 degrés à l'aréomètre, pour faire disparaître les coquillages. Ceux-ci ne sont que du carbonate de chaux qui se dissout dans l'acide. Au sortir de ce bain, il faut laver l'éponge à grande eau.
Après avoir décrit les différentes drogues employées en Lithographie; aptes avoir fait connaître leurs propriétés les plus essentielles, et avant de m'occnper de toute autre question ultérieure, je crois important de donner au lecteur une idée delà théorie chimique d'un art jusqu'ici inexpliqué. 11 en a été de la Lithographie, comme d'une foule d'autres inventions: la pratique y a devancé la science; et quoique les produits de l'impression sur pierre soient à présent trèsrépandus; quoique la beauté de leur exécution annonce incontestablement une grande perfection et de rapides progrès dans une industrie encore nouvelle, il ne me paraît pas qu'on ait jusqu'à présent indiqué d'une manière satisfaisante le rùle qu'y jouent les pierres et les différens agens dont on fait usage. Il est temps cependant «pie la science vienne apporter aux lithographes le bienfait de ses lumières, dont la plupart des autres arts reconnaissent déjà hautement l'heureuse influence. On ne peut nier en effet que, si la pratique a fait faire d'incontestables progrès aux arts, ce n'est qu'à force de temps et d'essais; parce que la routine est sans prévision certaine, et ne peut marcher qu'à tâtons. Li science au contraire lit dans l'avenir; elle indique les expériences à faire; elle en donne à l'avance les résultats probables, et ainsi elle conduit directement aux essais à tenter pour atteindre un but déterminé; en même temps qu'elle montre les circonstances les plus favorables à leur réussite. Qui ne sait que c'est à l'heureuse application des sciences aux arts , que nous devons le développement prodigieux qu'a pris l'industrie depuis environ un demi-siècle? S'il est vrai, comme on l'a dit depuis longtemps, que toute science vient d'un art, il n'est pas moins certain que tout art se perfectionne parla science. La. Lithographie ne doit pas rester en dehors de ce mouvement ascendant, et il est temps qu'elle tente quelques efforts pour y entrer.
Toutefois, le lecteur aurait tort de croire qu'on n'a jamais essavé jusqu'ici de donner une théorie de l'art lithographique. Depuis longtemps on a dit que cette nouvelle manière d'imprimer est le résidtat de l'opposition de l'eau et des graisses. A coup sûr, on ne pouvait pas trouver d'explication plus simple. Il était facile de comprendre en effet qu'une trace faite sur une pierre avec un corps
gras, devait attirer l'encre d'impression qui est grasse elle-même; pendant que celle-ci était repoussée par le reste de la pierre, qu'on avait soin d'humecter continuellement avec de l'eau. Malheureusement, cette explication si élémentaire, est bien loin d'être suffisante. Et en effet, pourquoi faut-il nécessairement que la pierre dont on fait usage soit du carbonate de chaux? Pourquoi ne peuton pas se servir de grès, de pierres à aiguiser ( pierres siliceuses), de gypse (sulfate de chaux), etc.? On a dit que le corps gras pénètre dans les Dores de la pierre lithographique; mais parmi les autres pierres que je viens de citer, on peut en trouver d'aussi poreuses que celles dont on se sert, et cependant les graisses ne s'y fixent pas. La composition chimique de la pierre lithographique entre donc pour quelque chose dans la réaction des substances qu'on emploie; et c'est à quoi on paraît n'avoir pas fait attention jusqu'ici.
On semble regarder l'action de la pierre comme purement mécanique; ce qui n'est pas admissible, puis qu'elle doit présenter nécessairement une certaine composition chimique, pour pouvoir être employée avec succès, lorsque les acides gras, qui entrent dans l'encre ou le crayon lithographique à l'état de savon, ont été séparés de la soude par l'acide qu'on passe sur les pierres, ils deviennent insolubles dans l'eau, et pénètrent, dit-on, dans les pores, où ils se maintiennent. Mais si le phénomène est en effet aussi peu compliqué, comment se fait-il que des dessins si délicats qu'ils se réduisent parfois à un trait délié, ou à un simple point, ne soient point enlevés par des lavages réitérés à l'essence de térébenthine, ou à l'alcool, qui dissolvent si facilement les acides gras? Dira-t-on que ces liquides ne peuvent pas atteindre ces acides, dans les pores où ils ont pénétré? Je ne pense pas que personne voulût soutenir cette opinion étrange. D'ailleurs, je ferai voir tout à l'heure par des expériences directes, que les matières grasses, provenant de l'encre ou du crayon, n'existent plus sur le pierre à l'état acide.
11 ne me parait pas non plus qu'on ait expliqué l'action de la gomme d'une manière satisfaisante, lorsqu'on s'est contenté de dire qu'elle se logeait dans les pores de la pierre. Si cela était, cette gomme ne finirait-elle pas par disparaître complètement, par suite des nombreux lavages auxquels la pierre est soumise? Cependant il n'en est point ainsi; car après plus de mille tirages, on peut encore obtenir de bonnes épreuves; tandis que, quand il n'y a pas de gomme, la pierre commence à se noircir, après avoir rendu dix à douze exemplaires.
Je vais hasarder de donner à mon tour une théorie nouvelle, beaucoup moins simple, je l'avoue, que celle dont on s'est contenté jusqu'ici; mais qui me semble
expliquer complètement l'art de la Lithographie. Pour faire apprécier au lecteur la valeur de mes explications, j'ai besoin de faire connaître d'abord un certain nombre de faits capitaux , sur lesquels sera basé tout ce que j'aurai à dire.
Premier fait. Un tracé fait avec un corps gras, par exemple avec du savon ordinaire, sur une pierre de carbonate de chaux, y pénètre sans s'y fixer; de manière qu'en lavant la pierre avec de l'essence de térébenthine ou de l'alcool, on enlève toute la matière. Pour s'en assurer on traite alors la pierre comme pour un tirage ordinaire, et elle ne fournit aucune épreuve.
Detuième fait. Mais si, après avoir dessiné sur pierre avec du crayon ou de l'encre lithographique qui contiennent du savon , on acidulé légèrement , le dessin adhère à la pierre avec une telle force, que des lavages réitérés à l'essence ou à l'alcool ne l'enlèvent pas; de sorte que la pierre est bien préparée pour le tirage.
Voici comment a été faite l'expérience qui a établi incontestablement ces deux faits. Sur une pierre grainée bien propre, on a fait une teinte égale au crayon lithographique; puis on a passé de l'acide hydrochlorique étendu d'eau , seulement sur la moitié de ce ton, en évitant la présence de la gomme. Plusieurs jours après seulement, afin de donner au crayon non acidulé le temps de pénétrer dans les porcs, la pierre a été soigneusement lavée à l'essence et séchée; ce qui avait pour but d'enlever toutes les parties grasses non combinées avec la pierre. Cela fait, on a gommé la surface de la pierre, afin qu'elle refusât l'encre d'impression partout où le crayon ne serait pas fixé; on y a passé le rouleau d'imprimeur: la partie acidulée a seule reparu; l'autre ne présentait aucune différence avec le reste de la pierre. Ainsi l'essence avait enlevé le savon non décomposé, quoique le crayon eût dû pénétrer dans les pores de la pierre aussi bien que peuvent le faire les acides gras qui proviennent de la réaction des acides hydrochlorique ou nitrique sur le savon. Pourquoi donc l'essence n'avait-elle pas aussi enlevé, dans l'autre partie du dessin, ces acides gras, qu'elle a ordinairement tant de facilité à dissoudre? Ne faut-il pas que, dans ce dernier cas, il y ait eu de la part de la pierre, quelque chose de plus qu'une simple action mécanique?
Troisième fait. Si on prépare des acides gras par le moyen indiqué à l'article savon, et si on s'en sert pour tracer des traits sur la pierre lithographique, celleci n'a pas besoin d'être acidulée, pour que le tirage réussisse bien, lorsque la pierre a été gommée autour des traits, sans passer dessus. Pour s'assurer que les acides gras fournissent immédiatement des Uaces durables, insolubles à l'essence, et attirant l'encre d'impression , il est important de ne pas les recouvrir de
gommes, car je ferai voir tout à l'heure que la gomme précipite le savon comme les acides hydrochlorique ou nitrique.
Quatrième fait. Lorsqu'on a dessiné sur pierre, et avant d'aciduler, on peut éclaircir Ici traits, ou enlever une partie du dessin, en employant convenablement la pointe du cravon : méthode souvent employée par les artistes, et que je décrirai en son lieu. Dans ce cas, une partie de la matière grasse déjà déposée sur la pierre, même depuis assez longtemps, s'en détache, et se fixe au crayon. Mais «lès que la pierre a été acidulée, le crayon n'enlève plus rien.
Cinquième fait. Lorsqu'on a dessiné sur pierre avec du crayon ou de L'encre lithographique, on peut, au lieu d'aciduler, passer sur la pierre une dissolution neutre d'hydrochlorate de chaux, et l'effet produit est le même que si on avait employé de l'acide. (Pour obtenir cet hydrochlorate de chaux, on met îles fragmens de pierre lithographique dans de l'acide hydrochlorique étendu d'eau, et on les V laisse ronger jusqu'à ce que la liqueur ne rougisse plus le tournesol. Il est bon de ne mettre que peu de pierres à la fois, à cause du grand dégagement de gaz acide carbonique, qui a lieu. Quand la liqueur est neutre, c'est-à-dire quand elle n'a plus d'action sur le tournesol, on la filtre à travers un papier non collé , avant de l'employer.)
Si.iième fait. On réussit également en passant simplement de la gomme sur le dessin; car ce corps a aussi la propriété de décomposer le savon, et d'en isoler les ;u u|, . »ras. Un peut s'en assurer d rectement, en versant un»- dissolution de gomme dans une dissolution de savon. La gomme se combine avec la soude, et reste à l'état liquide, tandis que les acides gras deviennent libres.
Septième fait. Quoique les acides gras, provenant du savon, soient très-solubles dans l'essence de térébenthine, on peut laver longtemps la pierre à l'essence; ce qui n'enlève pas le dessin, et n'empêche pas le tirage. On remarque seulement alors < pie les traits disparaissent à l'œil, parce que l'essence emporte la partie grasse colorée et non saponifiée, qui se trouve en excès à la surface de la pierre. En passant le rouleau d'impression, l'encre est attirée, et le dessin reparait.
Huitième fait. Préparez du savon de chaux, en mêlant une dissolution de savon ordinaire avec une dissolution d'hydrochlorate de chaux, comme il a été dit à l'article savon. Après avoir bien lavé et séché ce produit, mettez-le en contact avec de l'essence de térébenthine. Filtrez; évaporez l'essence ainsi obtenue dans un vase en verre, jusqu'à ce qu'il ne se dégage plus de vapeur; versez sur le résidu de l'acide hydrochlorique étendu d'eau distillée; filtrez de nouveau; ver-
sez dans la liqueur obtenue quelques gouttes d'ammoniaque liquide, et ensuite quelques gouttes d'une dissolution d'oxalate d'ammoniaque, vous n'obtiendrez aucun précipité; ce qui prouve qu'il n'y avait point de chaux dans la liqueur, et que, par conséquent, le savon de chaux n'est pas soluble dans l'essence de térébenthine (i).
Neuvième fait. Si on recueille l'essence qui a servi à laver les pierres dessinées, pendant le tirage, et si on la traite comme celle qu'on a fait digérer sur le savon calcaire, dans le fait précédent, on s'assure qu'elle ne contient point de chaux en dissolution.
Dixième fait. Si on prend du savon calcaire, préparé directement, comme il a été dit précédemment, et qu'on le laisse quelques instants en contact avec de l'acide nitrique ou de l'acide hydrochloriquc étendus d'eau, de manière à marquer huit à dix degrés à l'aréomètre, le savon est décomposé; il se forme du nitrate ou de l'hydrochlorate de chaux, soluble dans la liqueur même, qui devient très-claire. Les acides gras, rendus libres, surnagent cette liqueur.
Onzième fait. Si on lave une pierre dessinée avec les mêmes acides, le travail est enlevé.
Douzième fait. Mettez du savon calcaire en contact pendant quelques heures avec de la soude ou de la potasse caustiques, marquant vingt à vingt-quatre de- .grés à l'aréomètre, ce savon sera décomposé. Les acides gras se combineront avec l'alcali pour former un savon soluhle, et la chaux se précipitera au fond du vase.
Treizième fait. Mettez une pierre dessinée en contact pendant quelques heures avec les mêmes alcalis, le travail disparaîtra.
Quatorzième fait. En versant sur du savon calcaire un mélange d'acide h\drochlorique faihie (deux à trois degrés), et d'essence de térébenthine, on remarque que l'acide décompose d'abord le savon. Il se forme de l'hydrochlorate de chaux, qui se dissout dans l'excès d'acide hydrochlorique étendu, et des acides gras, qui se dissolvent dans l'essence; de sorte que le tout devient liquide.
Quinzième fait. En mettant pendant quelque temps le même mélange en con-
(i) Nous avions déjà vu précédemment que ces! au moyen de l'ammoniaque et de l'oxalate d'ammoniaque, qu'on reconnaît la présence de la chaux dans un liquide. Si l'essence avait dissout même une faible partie de savon calcaire, elle l'aurait abandonné en s'évaporant : l'acide bydrocbloriqur versé sur le résidu , aurait dissout la chaux , et on aurait obtenu un précipité blanc, en versant dans la liqueur filtrée, les deux liquides indiqués.
tact avec une pierre lithographique, on enlève le dessin. On peut épaissir ce mélange avec un peu de terre de pipe réduite en poudre très-fine ; ce qui l'empêche de couler. Puis , on en applique avec une plume ou un pinceau sur la partie d'un dessin, qu'on veut enlever. On laisse sécher; ou lave à l'eau, et la partie recouverte du dessin a disparu.
Seizième fait. Le repolissage de la pierre ne suffit pas toujours pour enlever les traces graisseuses fortes qui y ont séjourné pendant longtemps; et ce n'est quelquefois qu'après avoir enlevé l'épaisseur de près d'une ligne de la surface dessinée, qu'on réussit à détruire complètement ces traces invétérées.
Dix-septième fait. Faites dissoudre du savon ordinaire dans de l'eau distillée; puis faites passer pendant plusieurs jours, dans cette dissolution claire, un courant de gaz acide carhonique , qui devra d'abord traverser un flacon plein d'eau, afin d'y déposer les vapeurs d'acide hydrochlorique qu'il pourrait entraîner avec lui. Vous verrez le savon se décomposer. La soude qu'il contient se combinera avec une partie de l'acide carbonique; ce qui donnera du carbonate de soude qui restera en dissolution. Une autre partie de l'acide carbonique se combinera avec les acides gras, et formera une masse d'un blanc mat, insoluble dans les alcalis, et qui aura perdu les propriétés les plus essentielles des corps gras.
Dix-huitième fait. Un savon calcaire abandonné à l'air pendant longtemps, y attire de l'acide carbonique; de sorte que sa surface change de nature, et ne présente plus les propriétés les plus importantes des matières grasses.
Dix-neuvième fait. Si on abandonne à l'air pendant longtemps une pierre dessinée, sans recouvrir sa surface d'une couche d'encre de conservation (i), le dessin se sècbc , et la pierre ne rend plus rien à l'impression.
Vingtième fait. Si on attaque une pierre dessinée par un acide un peu fort, sa surface est rongée, et le dessin n'attire plus d'encre d'impression. Cependant, l'œil peut apercevoir encore toutes les traces du crayon en blanc mat , qu'une lessive caustique, même très-forte n'enlève pas, et qui n'ont plus d'affinité pour les corps gras.
Vingt-unième fait. Si on remplace la pierre lithographique par de la silice , du sulfate de chaux, ou toute autre pierre que du carbonate de chaux, le dessin se trouve arraché par le rouleau d'impression , sans qu'il soit possible de le rétablir ; quoique la pierre ait été traitée d'abord tout à fait à l'ordinaire. Si on
flj Je donnerai plus tard la composition de cette encre, qui a pour objet d'intercepter la niration entre l'air et la pierre.
étend une légère couche d'eau non gommée sur une pierre de ce genre , on aura beau y passer un rouleau chargé de l'encre grasse, dont on fait habituellement usage; tant qu'elle sera mouillée, il sera impossible d'y faire tenir cette encre. Si on laisse sécher la pierre, et qu'alors on la noircisse avec le rouleau, le noir s'enlèvera dès qu'on la mouillera , et qu'on y passera de nouveau le rouleau. On sait qu'en pareil cas, il en est tout autrement de la pierre lithographique, qui ne refuse le noir qu'après avoir été gommée.
Vingt-deuxième fait. En passant de l'acide sulfurique étendu d'eau sur du carbonate de chaux , il se forme à la surface une couche de sulfate de chaux. Dès ce moment, le noir ne se fixe plus sur la pierre , jusqu'à ce que cette couche, d'ailleurs très-friable, de sulfate de chaux, ait été enlevée. Si on lavait à grande eau, après avoir passé de l'acide sulfurique sur la pierre, le sulfate de chaux formé serait entièrement enlevé, et le fait indiqué n'aurait pas lieu.
Vingt-troisième fait. On a étendu une couche d'encre lithographique sur une pierre ordinaire à imprimer: on l'a abandonnée à elle-même pendant vingtquatre heures; après qnoi, on a lavé à l'essence de térébenthine. I>a surface de la pierre a été ensuite soigneusement raclée, et on a procédé à l'analyse de la poussière ainsi obtenue. D'abord on a fait bouillir cette poussière dans de l'eau distillée, qui s'est chargée d'une faible quantité de savon ; ce qui indique que les lavages à l'essence n'avaient pas été assez prolongés, pour tout enlever. La poudre ainsi lavée, a été traitée par l'alcool bouillant, qui lui a encore enlevé un reste de matière savoneuse. Ni l'eau ni l'alcool ne contenaient de trace de chaux. Enfin , après séparation de l'alcool par la filtrat ion , et après de nombreux lavages à l'eau pure, la poudre a été mise en contact avec de l'acide hydrochlorique distillé, étendu d'eau aussi distillée. L'acide carbonique s'est dégagé; il s'est formé de l'hydrochlorate de chaux soluble, et la liqueur ne contenait aucune trace des acides gras qui se trouvent dans le savon.
Vingt-quatrième fait. Une autre pierre a été recouverte d'une couche d'encre lithographique; puis acidulée à l'ordinaire, et lavée à l'essence. Elle a été ensuite raclée, et la poussière a été analysée comme la précédente. L'eau bouillante ne lui a rien enlevé; ce qui indique que les lavages à l'essence avaient été assez prolongés pour faire disparaître toutes les matières grasses non combinées à la pierre. L'alcool bouillant n'a rien enlevé non plus; mais lorsqu'on a traité par l'acide hydrochlorique étendu, il était facile d'apercevoir des acides gras, surnageant la liqueur.
Vingt-cinquième fait. Mêlez une dissolution claire de savon avec une dissolu-
lion de sulfate ou d'hydrochlorate de zinc (i), et vous obtiendrez un précipité blanc, qui sera du savon de zinc. Filtrez et lavez à grande eau, ce savon de zinc fjui reste sur le papier; c'est-à-dire remplissez quatre à cinq fois le filtre d'eau, pour débarrasser le savon de zinc des matières solubles qu'il pourrait retenir. Séchez, mettez un peu de ce savon dans de l'essence de térébenthine, et l'y maintenez quelques instants. Filtrez, mettez la liqueur qui a passé à travers le papier, dans un vase en verre, et évaporez jusqu'à ce que toute l'essence ait disparu. Attaquez le résidu par de l'acide hydrochlorique faible et filtrez de nouveau. Quelques gouttes d'amoniaque, versées dans cette nouvelle liqueur, y font naître un précipité blanc; ce qui indique la présence du zinc. Ainsi le savon de zinc est soluble dans l'essence de térébenthine; tandis que nous avons vu que celui de chaux ne l'est pas.
/ in^t-sùième fuit. Prenez des morceaux de zinc bien propres; tenez-les pendant deux à trois minutes dans de l'eau de savon , et passez les ensuite dans de l'acide hulrochlorique faible. Leur surface deviendra terne. Passez-les dans l'eau, puis agitez-les un moment dans de l'essence de térébenthine, filtrez, traitez cette essence comme il a été dit dans le fait précédent, et vous y reconnaîtrez la présence du zinc.
Vingt- septième fait. Si on met un corps gras en contact avec certains métaux, il s'opère une réaction chimique, d'où résulte un savon métallique ayant pour base le métal soumis à l'expérience.
t'ingt-hititièmc fait. Des traces graisseuses faites sur des planches de zinc, y . adhèrent, et attirent l'encre d'impression. Cependant, si on lave ces traces, à l'essence de térébenthine, elles ne reparaissent plus.
f'tngt-netnième fait. Si on fait une trace sur une pierre lithographique avec de la résine dissoute dans de l'alcool; qu'on acidulé, et qu'on lave à l'essence, cette trace ne tient pas.
Trentième fait. Le trace ne tient pas mieux, lorsque la résine a été dissoute dans un alcali.
Tout cela posé, voici comment je conçois l'action du crayon et de l'encre lithographique sur la pierre.
Ces corps, comme je l'indiquerai par la suite, ont pour base essentielle du savon ordinaire, et des substances grasses. Après les avoir appliqués sur la pierre,
(i On se procure ce* dissolutions en mettant <lu line en contact avec de l'acide sulfurique, ou de l'acide liydrochloriquc étendu* d'eau. Quand tout le métal a été rongé, on filtre.
on acidulé légèrement. L'acide s empare de la soude du savon, et forme ainsi de l'hydrochlorate de soude (i), soluble, <|ui disparaît par le lavage même..
Les acides gras seuls, insolubles dans lVau et dans l'acide faible, restent sur la pierre. Alors ils agissent chimiquement sur le carbonate de ebaux, le décomposent, et forment un véritable savon calcaire. Aussi, avons-nous vu que le dessin jouit de toutes les propriétés de ce savon. 11 est insoluble à l'essence de térebentbiue et à l'alcool (IIe, VIF et XXIVe faits). Il se forme, quand on dessine directement avec des acides gras (IIIe fait); quand on passe sur l'encre ou le crayon , de la gomme, qui décompose le savon comme un acide (VIe fait); ou bien encore, lorsqu'on passe de l'hydrochlorate neutre tle chaux sur le dessin (V fail ), Un dessin ne peut tenir «pie sur du carbonate de chaux (XXIe et XXIIe faits), ou sur un inétal qui peut former un savon avec le crayon OU l'encre lithographique (XXVIIe et XXVIIIe faits). Mais, dans ce dernier cas, à cause de la solubilité du nouveau savon métallique dans l'essence, il faut bien se garder de frotter la planche avec ce liquide; le dessin serait enlevé (XXVIIIe fail). Un acide, marquant huit à dix degrés à l'aréomètre, pouvant décomposer le savon calcaire, enlève aussi le dessin fait sur une pierre (XIe fait). Dans ce cas, une partie de l'acide carbonique qui se dégage, se combine avec les acides gras devenus libres, et forme avec eux une matière d'un blanc mat , lorsqu'on mouille la pierre; mais qui n'attire plus le noir d'impression (XXe fait). Les alcalis assez forts pour décomposer le savon de chaux, enlèvent aussi le dessin (XIIIe fait). Un mélange d'acide faible et d'essence, pouvant décomposer le savon calcaire, et dissoudre les acides gras, détruit aussi le dessin (XIVe et XV faits). Le dessin, comme le savon de chaux, |M?rd la propriété d'attirer les corps gras, lorsque par un long contact avec l'air, il s'est combiné avec une partie de l'acide carbonique de l'atmosphère (XVIIIe et XIXe faits). Les traces faites avec des résines, qui ne sont pas Mponinables (qui ne peuvent pas former de savons, comme font les corps gras), disparaissent lorsqu'on les lave à l'essence de térébenthine ( XXIX et XXXe faits).
De tous les sels de chaux, le carbonate est le plus facilement décomposable. Voilà pourquoi on obtient de bons résultats avec la pierre lithographique ordinaire, tandis que celles d'une composition chimique différente, même lorqu'el les
i Si on se Ncrt d'acide liydrothlorique. Si oo prend de l'acide nitrique, il se forme du nitrate lit soude, également soluble.
ont la chaux pour base, comme le sulfate de chaux, se refusent à ce genre de travail.
11 ne me reste plus à présent, pour compléter la théorie de l'art lithographique, qu'à faire voir quelle est l'action de la gomme dont on se sert pour mettre les parties non dessinées de la pierre, à l'abri de l'encre d'impression dont le rouleau est chargé. Pour cela, je vais suivre la même marche que précédemment; c'est-à-dire faire connaître certains faits sur lesquels je me fonderai.
Premier fait. Lorsqu'on mouille simplement avec de l'eau pure une pierre lithographique, et cm'on y passe ensuite un rouleau chargé d'encre d'impression , elle prend jmui à peu le noir. Si on la laisse sécher, et qu'on la noircisse au rouleau, on aura beau la mouiller ensuite, il ne sera plus possible d'enlever le noir.
Second fait. Si on passe sur la pierre lithographique de l'acide nitrique ou muriatique faibles, et de la gomme, ou même de la gomme seule, on aura beau y appliquer le rouleau d'encrage, il sera toujours impossible d'y faire prendre le noir, tant qu'elle sera humide. Si on la laisse sécher, le noir prendra; mais si on la mouille ensuite , le rouleau arrachera promptement le noir qu'on y avait déposé, et la pierre redeviendra blanche comme auparavant.
Troisième fait. Si au lieu d'un mélange d'acide et de gomme, ou si, au lieu de gomme seule, on employait un acide seul, la pierre prendrait le noir, comme si on l'avait humectée simplement avec de l'eau.
Quatrième fait. Une pierre sur laquelle on a passé de la gomme, prend une teinte jaunâtre, que des lavages cent fois réitérés à l'eau ne lui font pas perdre. Lavée avec un acide ou avec un alcali caustique, elle redevient blanche.
Cinquième fait. Une fois qu'une pierre lithographique a été préparée à la gomme, quoique on l'ait ensuite souvent lavée à l'eau, si on y fait de nouvelles traces au rayon, elles sont enlevées par le rouleau, aussitôt qu'on veut les encrer. Les traces faites à l'encre lithographique dissoute, tiennent un j)eu mieux, parce que l'alcali que contient cette encre (i) détruit d'abord la combinaison de la gomme avec la pierre. Cependant, il ne faudrait pas trop compter sur ces traces, car elles sont aussi souvent enlevées par le rouleau.
Sixième fait. Après avoir hien lavé à l'eau une pierre gommée, on en a raclé la surface, et on s'est procuré ainsi une poussière blanche, qu'on a fait bouillir dans une grande quantité d'eau distillée, a6n d'en enlever autant que possible
(i) Voir plus bas sa composition.
la gomme soluble, qui pouvait y rester adhérente. Puis, on a fait macérer pendant une heure cette poudre dans de l'eau froide, et ou a filtré. L'alcool précipitait de la gomme de celte liqueur. La poudre a alors été dissoute dans de l'acide hydrochlorique étendu d'eau et froid. I-a liqueur étant filtrée, on y a versé de l'alcool à 48 degrés de l'aréomètre de Cartier; et au bout de deux jours, il s'était déposé une quantité notable de gomme. Une pierre neuve qui était traitée comparativement de la même manière, n'a donné aucun précipité par l'alcool (a).
Septième fait. On sait que la gomme est imperméable aux corps gras. Huitième fait. Les substances suivantes produisent sur la pierre lithographique un effet analogue à celui de la gomme arabique.
Décoction de noix de galle • le même.
Gomme adragante idem.
Colle forte idem.
Colle d'empois idem.
Salive idem.
Sucre de lait un peu moins.
Dissolution de graines de lin encore moins.
Gomme d'amidon idem.
Sucre idem.
Blanc d'oeuf très-peu.
Senefelder et tous ceux qui, après lui, ont écrit sur la Lithographie, ont reconnu l'influence de la gomme. La pierre ayant été dessinée et acidulée, comme U a été dit précédemment, puis gommée, on la mouille avec une éponge humectée, qui n'abandonne de l'eau que sur la partie gommée; le dessin la refusant, à cause de sa nature grasse. Lorsqu'en suite on passe sur celte pierre le rouleau chargé d'encre d'impression, celle-ci, qui est grasse, ne prend au contraire que sur le dessin, et se trouve rej>oussée par toutes les parties humides. Toutefois, nous avons vu que si on humectait la pierre sans la gommer, elle prendrait peu à peu le noir. Tous les auteurs qui ont écrit sur ces matières jusqu'ici, ont reconnu ce fait ; mais ils ont dit que la gomme s'infiltrait dans les pores de la pierre; et comme la répulsion du noir parait plus complète, lorsque la pierre a
(a) Cette .mal y se est de M. Henri Schliunbcrgcr , chimiste distingué , de Mulhouse.
été acidulée, ils ont pensé que l'acide ouvrait ses pores, et que la gomme y pénétrait plus facilement. 11 n'y aurait donc qu'une action mécanique de la part de la pierre sur la gomme; ce qui ne me semble pas admissible. L'eau peut pénétrer dans les pores de la pierre au moins tout aussi bien que la gomme. C'est même là une condition de succès; car si Feau n'atteignait pas la gomme, à quoi bon gommer la pierre? Et cependant, une pierre tenue constamment mouillée, et lavée pendant une journée entière, ne perd rien des propriétés qu'elle doit à la présence de la gomme; ce qui indique suffisamment que celle-ci n'a pas disparu. Il faut donc qu'il y ait là plus qu'une simple superposition , et on doit admettre une véritable combinaison chimique entre la gomme et la pierre. Cest d'ailleurs ce qui est mis hors de doute par l'expérience citée dans le VT fait.
J'ai déjà dit à l'article gomme, que ce corps a beaucoup de tendance à se combiner avec différens sels, et notamment ceux de chaux, et qu'il forme alors avec eux un composé insoluble dans l'eau. C'est ce composé qui recouvre la surface de la pierre, et qui, n'ayant point d'affinité pour les corps gras, surtout lorsqu'il est humecté, s'oppose à la fixation de l'encre d'impression. On sait que ces combinaisons de gomme et de sels sont décom|K>sabIes par les acides et les alcalis caustiques; aussi il suffit de mettre ces agens pendant quelque temps en contact avec une pierre gommée, pour ramener celle-ci à son état naturel.
Quant à l'action de l'acide, qu'on emploie avant le gommage ou en même • temps, ce qui revient absolument au même, je pense qu'elle se borne à décaper la pierre, c'est-à-dire à la débarrasser de tous les corps gras ou autres qui s'opposeraient au contact immmédiat de la gomme et de la pierre, et par conséquent à leur combinaison, et à la formation de cette couche insoluble, dont j'ai parlé.
Les combinaisons de gomme et de sels se présentent souvent sous forme de gelée; et on peut s'assurer facilement qu'une gelée, même fort consistante, refuse l'encre grasse, quand on y passe le rouleau d'impression. On peut en faire l'essai avec une couche de gélatine, par exemple. C'est probablement à cet état que la gomme se trouve en couche infiniment mince sur la pierre lithographique. Cette gelée, quoique insoluble, se laisse pénétrer par l'eau, qui la conserve dans cet état, et la maintient dans un degré d'humidité convenable pour repousser le noir.
Si on cesse de l'humecter , elle sèche, et alors on peut dessiner sur sa surface durcie. Mais comme cette couche de gomme est encore imperméable aux corps gras, le crayon ou l'encre dont on s'est servi ne pénètrent pas jusqu'à la pierre,
ne peuvent pas former avec elle de savon calcaire, et en conséquence ne présentent aucune solidité. Aussi, dès qu'on humecte de nouveau la pierre, la gomme reprend son état de gelée , et repousse le dessin qui est enlevé par le rouleau.
Je pourrais entrer ici dans de plus grands détails relativement à la théorie de l'art lilhographique, que je viens de soumettre au jugement du lecteur. Mais ces nouvelles considérations trouveront plus naturellement leur place dans la suite de cet ouvrage; car elles me serviront à expliquer la généralité des faits que présentent le dessin et l'impression sur pierres. Je prie en conséquence qu'avant d'aller plus avant, on se familiarise avec cette théorie, dont je ferai trèssouvent usage par la suite. C'est ce qui m'a engagé à la placer au commencement de ce livré, qui aurait été souvent incompréhensible sans cette précaution.
Je ne me fais aucune illusion sur la difficulté de donner la théorie scientifique d'un art aussi important que le nôtre, et je suis bien loin de regarder celle que je hasarde , comme à l'abri de toute objection. Je désire que quelques-uns de mes nombreux confrères et des savans qui s'occupent de technologie, veuillent me suivre dans la voie que je viens de tracer. Je les prie de répéter mes expériences, de les varier, de les multiplier, afin qu'ils puissent puiser dans leurs travaux des raisons de combattre ou d'appuyer mon avis. Quelles que soient les conséquences auxquelles ils arriveront, j'en recevrai la communication avec reconnaissance , et je me ferai un devoir de les indiquer à mes lecteurs dans un chapitre supplémentaire, à la fin de cet ouvrage. Je tiens moins à mon opinion qu'à Ja vérité et à l'avancement de l'art (i).
(x) Il Cit de mon devoir de dire que j'ai été aidé dans la rédaction de cet ouvrage , et principalement de ce chapitre, par M. le docteur Penot, professeur de chimie à Mulhouse, dont les lumières m'ont constamment été d'un grand secours. Je me plais à lui en témoigner publiquement ici toute