QUALITÉS QUE LES PIERRES DOIVEHT PRÉSEHTER, POUR ETRE PROPRES A LA
Pour qu'une pierre fournisse dos résultats satisfaisans, il faut qu'elle ait les qualités suivantes :
1° Etre du carltcnate de chaux. Nous avons vu à la fin du troisième chapitre, que les pierres qui ne présentent pas cette composition chimique, ne peuvent servir.
2" Elles doivent être d'un grain fin, et dune pdle compacte, ni trop duré s, ni trop tendres. Celles qui sont trop tendres, ne soutiennent que de faibles tirages. Les points graisseux s'en détachent, et le dessin se dépouille. On les reconnaît ordinairement à une couleur jaune-blanchâtre, et à la facullé qu'elles ont d'absorber promptement l'eau. Les pierres trop dures se noircissent au contraire au tirage des planches au crayon, et les parties colorées s'empâtent. Il faut donc rechercher celles d'une dureté moyenne, pour bien réussir. Celles de Solenhofen, qui ont une couleur grise, sont les meilleures; mais pour des dessins au crayon , cette couleur grise doit être claire; pour les travaux gravés au contraire, on peut prendre celles d'un gris foncé. Parmi celles d'un jaune-grisâtre , il s'en trouve aussi de bonnes; mais il faut beaucoup d'habitude pour les distinguer.
3° Elles doivent e'tre sans défauts. Souvent, dans les meilleures pierres grises, il se trouve des points blancs, formés par une substance crayeuse, plus tendre que le reste de la pierre. Il en résulte qu'ils prennent un grain plus gros, ce qui occasionne des inégalités dans des teintes unies, fort délicates. Il faut donc éviter autant que possible d'employer ces pierres, pour des dessins importans, ou du moins avoir la précaution de faire tomber ces points blancs à des places où ils ne pourront pas mure.
Un autre défaut, pire encore, qui peut se rencontrer dans les pierres, ce sont des cristallisations qui, ordinairement ne reçoivent pas le noir; c'est-à-dire que si on a dessiné sur ces parties, le rouleau enlève le travail. Ce qui provient de ce que ces cristallisations étant composées de silice, les acides gras ne peuvent pas former de savon avec elle ; ce qu'ils ne font qu'avec le carbonate de chaux. ( Voir la théorie de l'art lithographique, à la fin du chapitre m. )
Les pierres ont aussi quelquefois des veines. Celles d'une couleur foncée, et qui ressemblent à une fente, n'offrent aucun danger. Je n'ai jamais eu d'exemple (prune pierre se soit cassée dans la direction de ces filets. Mais elles présen-
tcnt un autre inconvénient très-grave, qui en fera rejeter l'emploi par tout lithographe prudent : c'est qu'il arrive quelquefois qu'elles attirent l'encre d'impression , et donnent lieu à des lignes noires sur les épreuves. D'autres veines sont blanchâtres et peu profondes : elles n'occasionnent pas plus la rupture de la pierre que les précédentes; mais comme leur matière est plus tendre et forme ordinairement une profondeur, elles fournissent au tirage des lignes blanches.
Les veines les plus dangereuses sont celles qui représentent des herborisations des cleux côtés, et qui sont le résultat d'infiltrations métalliques, qui indiquent une fente. On ne les aperçoit qu'à la partie des pierres qui n'a pas été polie; c'est-à-dire à l'envers. Lorsque la couche sur laquelle se trouve cette herborisation, a été enlevée par le polissage, la fissure est si petite, qu'on ne la voit plus. Ces fissures occasionnent ordinairement la rupture des pierres. Il faut donc se méfier de toutes celles qui offrent de ces traces, et les vérifier avant de les employer; car il n'est pas toujours sûr qu'une pierre ainsi marquée, soit fêlée. Comme dans la carrière, les pierres sont superposées, l'infiltration qui se fait dans une par une fissure, produit des herborisations sur les deux qui se touchent. 11 suffit, pour s'assurer si la pierre est fendue, d'en faire sauter un petit éclat à l'endroit où la marque aboutit au bord. Si la pierre est saine, l'éclat reslera entier * dans le cas contraire, il se divisera en deux, suivant la trace.
4" Elles doivent e'tre parfaitement dressées. Il est clair que si une pierre est convexe ou concave, non seulement on ne peut y ajuster un râteau qui puisse exercer partout une pression égale; mais elle offrira en outre beaucoup de danger pour la casse, surtout si son envers n'est pas bien plan. Alors, elle porte à faux dans la presse, et peut se briser, quelle que soit son épaisseur. Il ne faut pas se fier toujours au dressage que les pierres ont subi dans la carrière. On fera bien de les vérifier avec une règle de fer bien droite, et de corriger, en polissant, les défauts qu'on aura découverts. 11 importe que les deux faces soient bien parallèles; car si une pierre est plus épaisse à un bout qu'à l'autre, il est iin|K)Ssible que la pression soit égale partout.
Quelque difficile qu'on soit, on reçoit toujours des pierres de différentes qualités, et comme d'ailleurs pour beaucoup de travaux, on peut en employer de second choix, qui sont à meilleur marché, le lithographe prudent fera bien de les classer de la manière suivante :
Les plus dures, celles qui sont d'un gris noirâtre, pour la gravure:
Les grises et celles qui sont d'un gris jaunâtre, sans défauts, pour les des-
sins au crayon soignés. Celles qui ont des défauts servent pour des dessins de second ordre.
Les pierres jaunes, mais cependant pas trop tendres; celles qui présentent des veines ou des marbrures, pour les dessins à l'encre. Les plus tendres, pour les autographies et les reports.
Polissage des pierres.
Quoique l'une des faces, et même toutes les deux, si on le demande, soient dressées à la carrière même, on ne peut pas cependant employer ces pierres telles qu'elles arrivent, j>our y tracer immédiatement des dessins. Avant tout, comme je l'ai dit plus haut, il convient de vérifier au moyen d'une bonne règle en fer, si elles sont parfaitement planes. A cet effet, ayant placé la pierre entre l'œil et la lumière, on y applique la règle en différens sens. S'il y a des inégalités, la lumière passe entre la pierre et la règle, et on l'aperçoit facilement. Dans ce cas, la première chose à faire, c'est de dresser la pierre. On a pour cela deux moyens. Le premier consiste à placer l'une sur l'autre deux pierres concaves, ou deux pierres convexes, en tournant l'une vers l'autre, les deux faces qui présentent le même défaut. On met du sablon et de l'.eau entre deux, et on les frotte l'une sur l'autre, en faisant décrire à la supérieure de petits cercles nombreux et successifs, jusqu'à ce qu'elles soient droites toutes les deux. Le second moyen consiste dans la manière même dont on dispose les pierres pour le dressage. 11 est constant que si on pose l'une sur l'autre deux pierres parfaitement planes et d'égale grandeur, et qu'on les frotte ainsi pour les polir pendant quelque temps, l'inférieure devient convexe, et la supérieure concave. La raison en est toute simple. Par le mouvement qu'on imprime à la pierre supérieure; elle défiasse tour à tour de tous les cotés les bords de l'inférieure. Dans cette position, tout le poids de la partie A B (Planche iv, Fig. 3), qui surplombe, se porte alors sur A. Celle-ci exerce donc une pression plus forte sur le bord de la pierre inférieure, que l'autre extrémité C, qui se trouve allégée de tout le poids de la partie qui surplombe, et lui fait équilibre. Le frottement au milieu de la pierre inférieure est alors moindre que sur les bords, tandis que le contraire arrive pour la pierre supérieure. Lors donc qu'on voudra dresser une pierre convexe et une concave, il suffira de placer la seconde en bas, et d'appliquer l'autre dessus. En frottant ainsi pendant quelque temps, il y aura un moment où toutes les deux seront droites; ce qu'on reconnaîtra en vérifiant de teins à autre à la règle. Si on a des pierres planes à polir, il faut toujours poser en dessous une pierre plus grande
que celle qu'on met dessus, afin qu'en frottant, celle-ci ne dépasse que trèspeu les bords de l'autre.
Pour dresser les pierres qui ne sont pas droites, ou user celles sur lesquelles se trouve un ancien dessin, on emploie d'abord du sablon très-rude, qu'on renouvelle souvent, pour que l'opération se fasse plus vite. Mais pour adoucir les pierres, on fera bien de prendre du sable plus (in , et de continuer à frotter jusqu'à ce qu'il soit tout à fait écrasé. La surface des pierres devient alors presque aussi lisse que si elle avait été poncée. C'est déjà une' bonne avance; soit qu'on veuille plus tard poncer la pierre, soit qu'on veuille la grainer.
Une fois les pierres dressées, on les examine, et suivant leur qualité, on les range dans les différentes classes, afin d'achever leur polissage en conséquence.
Pierres grairiees.
Les pierres destinées au dessin au crayon, doivent avoir un grain ; c'est-à-dire que leur surface, au lieu d'être lisse, doit être assez rude pour râper pour ainsi dire le crayon. 11 n'est pas indifférent au succès d'une planche de quelle forme et de quelles dimensions sont les petites aspérités qui forment ce grain. L'expérience apprend en effet que si elles sont trop grosses, le dessin devient mou et prend un gros grain; tandis que si elles sont trop fines, le crayon glisse sur la surface, en formant des lignes noires qu'on dirait faites à l'encre. Le grain doit toujours être aigu et mordant. Alors le crayon prend plus facilement et les dessins viennent mieux au tirage, que si le grain est rond. Cette observation est importante, et j'ai vu plus d'une fois des planches ne présenter au tirage que des tons mous, ternes et sans effet, parce qu'elles avaient été dessinées sur des pierres dont le grain n'était pas assez mordant. On peut, avec de l'habitude, reconnaître la nature du grain, en mettant le doigt perpendiculairement à la planche, et en le dirigeant de côté ( Planche iv, fig. 4). Dans ce mouvement, la pierre doit produire sur l'ongle un effet analogue à celui qui aurait lieu sur une lime fine et neuve.
Le grain d'une pierre doit être égal sur toute sa surface, et sans défaut. Pour s'assurer de cette condition, et juger en même temps de la grosseur du grain, on place la pierre au soleil (Planche iv, Fig. 5), en y faisant tomber très-obliquement les rayons de cet astre, de manière qu'ils en lèchent pour ainsi dire la surface. Dans cette position , l'une des faces des petites aspérités est vivement éclairée ; tandis que l'autre est dans l'ombre. Cette dis|>osition permet de distinguer à simple vue la nature du grain , et ses moindres défauts.
Je n'ai pas besoin de dire que le grain d'une pierre doit être plus ou moins fin, suivant le dessin qu'on se propose d'y faire, et même suivant les habitudes des artistes. Mais je ne puis terminer ces observations sans combattre une erreur très-répandue parmi beaucoup de lithographes, peu hahiles à traiter les dessins au crayon. Souvent entre leurs mains les parties les plus foncées de la planche s'empâtent, et ils en attribuent la cause à un grain trop fin. Dès lors, partant de ce faux principe, ils donnent à leurs pierres un grain tellement gros, que leurs épreuves ne présentent plus qu'une masse de gros points, qui ne permettent ni finesse, ni précision, ni effet. Il est constant, d'après l'expérience de tous les imprimeurs, que non-seulement on peut très-bien tirer des dessins faits sur des grains très-fins, pourvu qu'ils soient mordants; mais que même ils viennent mieux alors, et fournissent plus de bonnes épreuves que ceux faits sur des pierres à gros grains.
On a proposé aussi de donner à une même pierre différens grains, suivant la nature du dessin qu'on veut y tracer. Par exemple, on mettrait en gros grain les parties qui doivent recevoir le premier plan d'un paysage, en grain moyen celles qui porteront le second plan et en grain fin, ce qui est destiné au ciel et aux lointains. Outre qu'un pareil grainage exigerait de la part de l'ouvrier une adresse qu'on ne peut guère lui supposer, je suis persuadé qu'il gênerait le dessinateur plus qu'il ne lui serait utile. Si celui-ci a acquis une adresse convenable dans le maniement du crayon lithographique, il saura assez varier ses travaux sur une pierre d'un grain égal, pour produire tout l'effet désiré.
lorsqu'on veut donner le grain à une pierre, on la pose sur la table à polir, après l'avoir bien dressée. On la saupoudre de sahlon, qu'on a fait |>asser par un tamis, et on ajoute un peu d'eau. On pose par dessus une petite pierre de (» à 8 pouces, qu'on y frotte en décrivant continuellement de petits cercles qui se croisent en tous sens. L'opération doit être faite légèrement, hien également sur toute la pierre, et sans appuyer. On doit surtout faire hien attention qu'il y ait toujours entre les deux pierres une quantité de sable suffisante, pour qu'elles ne se touchent pas. A cet effet, il est nécessaire d'ajouter du sahlon à plusieurs reprises, pendant la durée de l'opération. Si les surfaces des pierres venaient à se toucher, faute d'une couche intermédiaire de sahle assez épaisse, elles useraient mutuellement les pointes des petites aspérités dont elles se chargent par le grainage; et celles-ci, au lieu de rester aiguës, s'arrondiraient. lorsqu'on croit avoir frotté assez longtemps le sablon sur la pierre, on la lave à grande eau, en ayant soin d'enlever jusqu'à la dernière trace du limon formé pendant
le grainagc. On doit bien veiller à cette partie de l'opération, car s'il reste un peu de ce limon, il s'interpose entre le crayon et la pierre, et tout le travail fait sur cette partie, disparait au tirage. La pierre étant bien lavée, ou la sèche, et on la porte au soleil, ou à un jour très-vif, pour en vérifier le grain, ainsi que je l'ai indiqué plus haut.
Pour débarrasser entièrement les pierres d'un reste de limon qui aurait pu échapper au lavage, quelques lithographes les frottent à sec avec une brosse un peu rude et très-propre. Cette brosse ne doit jamais servir qu'à cet usage, et on doit avoir bien soin qu'elle ne touche aucun corps gras ou mucilagineux.
On doit avoir, à l'usage des polisseurs de pierres, du sablon de diverses grosseurs, qu'ils emploieront suivant le degré de finesse à pr duire. Chaque pays en offrant des espèces différentes, c'est aux lithographes à choisir dans leurs localités ceux qui conviennent le mieux à leurs opérations. Ces sablons doivent être d'une nature égale; c'est-à-dire qu'il ne doit pas s'y rencontrer des grains plus durs les uns que les autres; parce que les plus mordans produiraient des raies, qu'il faut éviter. En général, c'est le sablon quartzeux de quelques rivières, qui est le plus convenable pour dresser les pierres, parce qu'il est mordant et qu'il résiste plus longtemps au frottement. Pour donner le grain plus fin, on préférera le sablon d'un jaune-rougeâtre, qu'emploient les fondeurs pour faire leurs moules. Des grès plus ou moins fins, qu'on écrase, donnent des qualités intermédiaires.
Les tamis dont on se sert pour passer le sable doivent être bien choisis, si on veut obtenir un bon grainage. On préférera ceux dont les ouvertures présentent le plus d'égalité, afin qu'ils ne laissent pas passer des grains de grosseurs trop différentes. J'ai reconnu que les toiles métalliques, qui sont d'une régularité parfaite, forment les meilleurs tamis. Ceux en crins sont très-inégaux. On doit en avoir de différentes finesses, suivant le sablon auquel ils sont destinés. Chaque tamis doit être employé constamment au même sablon, et placé dans une case à part; autant que possible, au-dessus des caisses qui contiennent les différentes sortes de sable, afin de ne jamais les confondre. On conçoit que si on employait un tamis tantôt pour le sable quartzeux, et tantôt pour le sable fin à grainer, on courrait le risque de voir parfois des grains de ces deux qualités se mêler; ce qui occasionnerait immanquablement des raies sur les pierres.
Lorsque le polissage d'une pierre est achevé, on arrondit ses bords au moyen d'une rape ou grosse lime. On y passe ensuite la pierre ponce, pour les adoucir. C'est une précaution nécessaire, |>our éviter au tirage des salissures que
causent les angles vifs, en prenant le noir du rouleau Cet,. n a
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Lorsqu une pierre es, grainée et que, après un cJT reconnue bonne, on fera bien de L^X '™ Z^"^ * » *• notera la nature du grain. K scra bon J^i^-h^T T" °" m.ere on de sccotde qualité, afin d'éviter „n noll examen Pre" chotstr à tout instant celles dont on a besoin. ' ' de P°uvoir
Haussa séance du 3 Décembre 1* c~ i,
M. Jobard, de Brûles ^tT^T^T* *
] •1P'">r;;' "" F*c-iou„eme„, nnportau, au drisage des Z£
« au sable une ma.iere muclaginense, qui le retietf, i„défi ^, aJ°",a"1
Vote, la descr,p,i0n de ce procédé, extrait du bulletin de 1 file é.I H' vgemen t. ue la société d encou-
" M' Jobard a)a»t observé que la plus grande difficulté «.>«. - P-, il . imaginé, X^^^Z
« que l'empois. Cet ingénieux expédient, employé sous les yeux de votre com- « mission, l'a convaincue que ce moyen si simple abrège considérablement le « dressage des pierres , et les perfectionne. »
C'est dans le même but, que Senefelder avait proposé de mêler du savon au sable.
Je crois ces deux moyens aussi dangereux l'un que l'autre. Nous savons que rien n'agit plus efficacement sur les pierres que le savon ; et 11 moindre trace qui en resterait, attirerait l'encre d'impression et gâterait la planche. Quant aux mucilages, j'ai donné dans la théorie de Part lithographique, un tableau qui indique leur action sur les pierres, et dans lequel l'empois figure en première ligne. 11 serait donc à craindre qu'il ne formât sur la pierre cette matière mucilagineuse insoluble, dont j'ai parlé, que le lavage n'enlèverait pas, et qui empêcherait le crayon de se fixer. On pourrait du reste reconnaître la présence de l'empois sur la pierre au moyen d'une solution d'hydriodate de potasse, qui donne avec cette substance, une couleur bleue. Si on veut mêler au sable un corps glutineux, il vaudra mieux prendre du sirop de mélassse, puisque le sucre est un des corps qui s'unissent le moins avec la pierre, et qu'il s'oppose beaucoup moins que l'empois à la fixation des corps gras.
Polissage, à la pierre ponce.
Les pierres destinées au dessin à la plume, à la gravure et aux contre-épreuves, ont besoin d'avoir une surface lisse. On emploie la pierre ponce à leur polissage; mais la nature de cette substance n'est pas indifférente, et on doit apporter beaucoup de soin dans son choix. On en trouve de raboteuses, lourdes, d'une couleur mate, qui, contenant des parties très-dures, formeraient des raies dans la pierre, et doivent être rejetées. On choisira de préférence les morceaux légers, présentant un tissu filamenteux, qui a le brillant du satin. On en dresse un côté sur l'envers d'une pierre, et on s'en sert ensuite pour frotter la piearws lithographique, jusqu'à ce que la surface en soit devenue parfaitement urne. On lave ensuite les pierres et on en émousse les angles, comme je l'ai recommandé dans le paragraphe précédent.
Pour les ouvrages à la plume, il est inutile de repolir les pierres qui ont déjà servi, avec les mêmes précautions que celles qu'on destine au crayon. Il suffit de les poncer jusqu'à ce que le dessin ait disparu; et quanti même on y verrait encore quelque trace blanchâtre d'un dessin précédent, elle n'attire pas toujours l'encre d'impression. Cette différence tient à ce que ces pierres sont aci-
dulées plus fortement, et qu'il y a alors combinaison entre la partie grasse qui reste, et l'acide carbonique qui se dégage de la pierre. Nous avons vu {théorie de Part) (pie ces traces ont alors perdu les propriétés les plus essentielles des corps gras, et que, pour cette raison, elles n'attirent plus l'encre d'impression. Aussi , il arrive tous les jours qu'on imprime des pierres sur lesquelles on continue à voir pendant le tirage, outre le nouveau dessin qui parait en noir, un et parfois deux dessins précédens, qui se montrent avec leur teinte blanchâtre, sans rien fournir au tirage. 11 n'en est plus de même des autographies ou des reports. Comme on n'acidule pas ces pierres, ou qu'on ne les acidulé que trèsfaiblement, d'anciens dessins reparaissent au tirage, s'ils n'ont pas été parfaitement enlevés. Les pierres qu'on destine à ces usages, doivent donc avoir été usées au sablon quartzeux, et polies seulement après à la pierre jx>nce.
Ce ne sont pas les pierres qu'on a polies au point de les rendre reluisantes, qui sont les meilleures pour les travaux à la plume, et encore moins pour les rej>orls. 11 faut, pour obtenir des lignes très-fines, que les pierres soient mates, et conservent encore une sorte de grain excessivement fin, formé par le limon de la pierre ponce. Si cependant quelqu'un voulait, dans un but quelconque, polir une pierre lithographique, de manière à lui donner le luisant du marbre, voici comment il faudrait agir. On prend de l'émeri très-fin, qu'on met dans de l'eau. On remue ce mélange; on le laisse reposer un instant, pour que les parties les plus grossières aient le temps de se précipiter au fond, et on verse alors la partie qui reste en suspension dans l'eau, dans un antre vase. On laisse déposer, et on décante l'eau, lorsqu'elle est devenue claire. On prend en même temps du rouge d'Angleterre, auquel on fait subir le même lavage. On prépare deux tampons formés par une longue bande de toile de lin, roulée sur elle-même, et arrêtée par une ficelle. Alors, on met de l'émeri et de l'eau sur l'un des tampons, et on en frotte la pierre fortement, jusqu'à ce qu'elle ait acquis un commencement de luisant. Puis on la lave, et on la frotte avec le second tampon, trempé dans du rouge d'Angleterre humecté, jusqu'à ce que le poli soit entièrement achevé.
Machine ii dresser les pierres, de MM. François jeune et ISenoist , à Ttvyes.
F,n 1826 la Société d'encouragement de Paris proposa un prix de 400 francs pour la meilleure machine à dresser les pierres ; ce prix fut décerné dans la séance du 3 Décembre 1828, à MM. François jeune et lîenoist à Troyes, pour la machine dont voici la description extraite du bulletin de cette Société.
« A (pl. v.), bâtis en bois de la machine; B, manivelle; C, C, C, trois chemin* « en fer placés de manière à présenter en dessus un champ parfaitement dressé; « ils se mettent de niveau dans un même plan, ou tout au moins dans des plans « parallèles, au moyen de petites vis V, V, V; 1), plateau circulaire en fonte de « fer bien dressé sur ses deux faces; E, arbre vertical auquel est invariablement « fixé le plaleau D; F, écrou à poignées ou à manches, vissé sur l'extrémité « supérieure de l'arbre E; G, rondelle servant de pivot supérieur à l'arbre E, « et ayant la faculté de glisser sur un bon ajustement cylindrique ; elle fait en- « viron 2 lignes de course rectiligne sur l'arbre et ne peut jamais tourner qu'art vec lui, étant maintenue par un prisonnier;!!, H, poulies fixées sur l'arbre K., « et communiquant le mouvement par une corde aux poulies horizontales I, I, « montées sur l'arbre vertical E; les diamètres des poulies correspondantes H et « I étant égaux, on peut varier la vitesse relative du plateau D, en changeant « la corde de gorge, sans que cette dernière éprouve plus ou moins de tension; « il suffit de faire courir d'une extrémité à l'autre de leur coulisse, les tendeurs « T, T; L, grande poulie recevant le mouvement d une petite poulie placée sur « l'arbre K et derrière les deux poulies II, H, et portant à l'extrémité de son « axe un petit tambour S; N, N, N, trois roues en fonte de fer, parfaitement « tournées, roulant sur les trois chemins de fer C, C, C, et supportant ellescf mêmes sur leurs essieux les extrémités d'un T solide en bois O; P, plancher « épais, porté sur le T et destiné à recevoir la pierre lithographique; Q, Q, Q, a trois broches fixées vers les trois extrémités du T , et passant assez librement au « travers de trois trous percés dans le plancher P; R, R,R, trois vis à tètes ova- « les dont les extrémités s'appuyent sur le T, et dont les écrous sont solidement « fixés au plancher P; au moyen de ces vis on élève ou on abaisse le plancher, a qui néanmoins ne peut faire aucun mouvement horizontal sur le T, à cause « des broches Q qui s'y opposent ; S, petit tambour sur lequel une torde est en- « roulée; une extrémité de celte corde, qui doit être tendue, est fixée sur la « queue du T, et l'autre extrémité de cette corde au crochet X, placé à la tête « de ce T; Lî , rebord placé autour du plancher P, et contre lequel on appuyé « les coins en bois qui doivent servir à arrêter la pierre sur le milieu du plan- « cher.
Manœuvre de cette machine.
« On amène sur le devant de la machine le chariot composé du T, O, et du « plancher P; on place dessus la pierre que l'on veut dresser, et on la cale au
« moyen de quatre coins qui vont s'appuyer contre le rebord U. Les vis R ser- « vent ensuite a élever ou à abaisser le plancher P autant qu'il convient, pour « que la face à dresser vienne s'appuyer contre la face inférieure du plateau D. « On répand sur la pierre du sable fin ou de la pierre ponce pilée et de l'eau , « et, au moven de la manivelle, on imprime le mouvement à la machine.
« Cette manœuvre produit les résultats suivants : la poulie II, fixée sur l'arbre « à manivelle, transmet le mouvement à la poulie I et conséquemment au pla- « teau 1); pendant ce temps, la poulie placée derrière celle H, donne un mou- « veinent horizontal rectiligne au chariot et à la pierre, au moyen de la poulie « L, du tambour S fixé sur son axe, et de la corde qui, enroulée sur le tambour, « est attachée par chacun de ses bouts aux extrémités du T. Le chariot étant « arrêté à temps à la fin de sa course par une encoche, on le fait rétrograder « en tournant la manivelle en sens contraire et on continue ainsi à droite et à « gauche jusqu'à ce que la pierre soit dressée ou polie; ce qui a lieu très-prompte teiuent.
« En vissant et en dévissant l'écrou à poignée F, on élève ou on abaisse le « plateau D, et l'on diminue ou l'on augmente ainsi à volonté la puissance de « frottement de ce plateau sur la pierre.
« Dans une nouvelle machine exécutée par les auteurs, les poulies TI et I ont « été remplacées par des engrenages, ce qui facilite beaucoup la manœuvre. »
Cette machine paraît fort ingénieuse, et il semble d'abord qu'elle doit parfaitement atteindre son but. Cependant l'exj)érience en a décidé autrement. Aussi n'est-elle plus employée aujourd'hui par aucun lithographe, et se trouve-t-elle complètement abandonnée. Je ne m'en suis jamais servi moi-même; mais j'ai recueilli auprès de personnes qui en ont fait usage, des renseignemens qui m'en ont fait connaître tous les défauts. Le plateau de fonte s'usait si promptement, qu'il fallait lu remplacer à chaque instant. Dn eut alors l'idée de disposer ce plateau de manière à pouvoir y fixer une pierre, afin que la machine, agissant comme dans le polissage à la main, dressât deux p;erres à la fois. Mais il paraît que, malgré la régularité qu'on devait supposer à son mouvement, la pierre inférieure devenait convexe, et la suj)érieure concave. Quelque étrange que cela puisse paraître, ou m'a affirmé la chose comme un fait constant. Ce qui sans doute aura beaucoup contribué aussi à faire abandonner cette machine, c'est qu'après y avoir dressé les pierres, il faut encore les grainer et les finir à la pierre ponce; de sorte qu'elle ne faisait que la moitié de l'ouvrage. Il faut remarquer en outre que, même dans cette partie de l'ouvrage qu'elle fai-
sait, elle ne présentait point d'économie, puisqu'il fallait y employer un homme pour dresser deux pierres, comme si on eût fait cette opération à la main , et que le travad ne se faisait pas plus vite.