‹ Traite de lithographieChapitre 14 sur 63 · PIERRES FACTICES · texte numérisé non relu

PIERRES FACTICES

Carton-pierre de Senefelder.

Le 22 Février 1819, Senefelder prit en France un brevet d'invention pour ses planches papyrographiques. \& procédé employé pour les obtenir s'y trouve ainsi décrit :

« On prend un bon papier vélin ou autre, ou bien de la toile qu'on trempe « dans l'huile de lin, et sur lesquels on applique ensuite, avec un pinceau, la « composition suivante.

a Craie blanche 10 parties.

« Plâtre 2 »

a Chaux 1 »

« Terre grasse 11/2»

« Argile 1 »

« Oxidc métallique 1 »

« Huile * t* vSh*^ ^ »

« On réduit ces substances en poudre très-Cne, et on les mêle avec l'huile. « On les transporte peu à peu sur le papier, qu'on fait sécher ensuite au grand « air pendant trous à quatre mois; ce qui rend la composition insoluble dans « l'eau. »

Plus tard, Senefelder prit un certificat d'addition, offrant quinze recettes différentes, pour faire ces cartons. Ce luxe de recettes a évidemment pour but de dérouter celui qui voudrait imiter le procédé, d'après la description contenue dans le brevet. Il ést fort probable que l'inventeur n'en employait qu'une, qu'il a voulu laisser à deviner parmi toutes les autres. Du reste, j'attache fort peu d'importance à savoir laquelle on doit préférer, car le carton-pierre de Senefelder, qui se compose essentiellement de craie, de chaux, de blanc de plomb, d'huile et d'essence de térébenthine, n'a jamais rendu les services qu'on en attendait.

Ayant reconnu plus tard un défaut dans le peu de consistance du papier , Senefelder étendit sa composition sur des planches de zinc. On y dessinait soit au

crayon, soit à l'encre, ou on y transportait des autographies, comme sur les pierres lithographiques. Afin de préparer ces planches ponr l'impression, on y passait une décoction de 2 onces de noix de galles pilées, dans un litre d'eau. On pouvait en effet tirer quelques épreuves avec ces planches, et il parait que, dans quelques cas, elles en ont pu fournir jusqu'à .r>00. Mais ce procédé n'avait rien de fixe ; on ne pouvait pas toujours compter sur une bonne réussite. Pour une planche qui fournissait de bons résultats, il fallait en rejeter dix autres. Quelquefois, certaines parties prenaient le noir, sans qu'il fût possible de les nettoyer, tandis que d'autres fois, l'enduit lui-même s'enlevait en écailles, emportant des parties du dessin, qu'on ne pouvait plus faire revenir. Cependant Senefelder ayant pour celte invention une vraie tendresse de pere, se berçait d'illusions qu'il faisait partager au public. On acheta d'abord un grand nombre de ces planches; mais voyant qu'on n'en obtenait aucun résultat, on finit par les abandonner, et, en moins d'une année, cette invention tomba dans le plus complet oubli.

On n'en parlait déjà plus depuis 19 ans, lorsque les journaux firent quelque bruit, dernièrement, d'une invention du docteur liehrend de Berlin, qui consistait à fabriquer des pierres artificielles ,• qu'on disait aussi bonnes que les pierres lithographiques. Je ne fis d'abord pas plus d'attention à ces annonces qu'on n'en fait d'ordinaire à des articles de journaux. Mais je reçus plus tard une brochure publiée par MM. liehrend et Comp. eux-mêmes, dans laquelle est annoncée d'une manière positive la fabrication de planches de zinc recouvertes d'un enduit, et pouvant sous tous les rapports remplacer les pierres lithographiques. J'écrivis sur-le-champ à Berlin pour savoir ce qu'il fallait penser de cette invention, et j'appris quelle n'est autre chose que la reprise delà fabrication des planches lithographiques de Senefelder. Ce n'est pas du tout, me marque-t-on , une invention du docteur Behrend ; mais le fils d'Aloïs Senefelder, qui a reçu de son père communication des procédés de fabrication de ces planches, s'est rendu à Berlin et a trouvé dans le docteur Behrend un puissant protecteur pour exploiter en grand cette industrie. 11 est probable que Senefelder, qui travaillait toujours avec affection à ses planches lithographiques, les aura encore perfectionnées après avoir échoiié à Paris, et sans doute celles qu'exécutent MM. Behrend et comp. seront plus parfaites que celles dont j'ai déjà parlé. On m'assure que quelques-unes de ces planches ont offert d'assez bons tirages; mais il parait que, comme cela avait lieu précédemment, on ne peut compter sur un résultat constant, et qu'il arrive souvent que des morceaux de

l'enduit s'arrachent de la planche. En outre, lorsqu'il s'agit d'écriture, on se plaint que la plume d'acier reste souvent accrochée dans de petits trous imperceptibles de la pâle; ce qui fait qu'aucune lithographie de Berlin n'a adopté ces planches ]>our son usage. Quand !>ien même les reproches qu'on fait à ces pierres ne seraient pas entièrement fondés, il semble que les prix établis par MM. Behrend et Comp. seraient déjà un obstacle suflisant à leur adoption.

Voici en effet le tarif qui accompagne la brochure de MM. Behrend et Comp.

IllMKNSIOPfS. PIERRES POLIES. PIERRES GRFNÉES.

fr.

pouces sur

Ces planches ne peuvent être employées qu'une fois; cependant elles coûtent, suivant les localités, la moitié, le tiers, le quart d'une pierre qu'on peut repolir un grand nombre de fois; de sorte qu'en les supposant aussi bonnes que la brochure se plaît à le dire, elles ne trouveraient encore que de rares applications pour des ouvrages qu'on voudrait conserver fort longtemps.

Je suis étonné que M. Behrend, avant de se livrer à cette entreprise, n'ait pas été frappé d'une chose. A Berlin même, et depuis plusieurs années, sous ses yeux pour ainsi dire, on imprime constamment et régulièrement dans l'imprimerie royale avec des planches de zinc non recouvertes d'un enduit. On a fait ailleurs des essais qui ont prouvé qu'on pouvait obtenir du zinc à nu, les plus belles épreuves de planches dessinées au crayon. Ces planches ne coûtent presque rien et on peut les repolir souvent; il est vrai qu'il leur manque la belle couleur blanche des planches de MM. Behrend et Comp.; mais aussi n'at-on pas à craindre qu'il s'enlève des morceaux de leur surlace. Je pense que, quoique la zincographie soit encore loin de sa perfection, elle offrirait cepen-

dant plus de sûreté et surtout beaucoup plus d'économie que les planches de MM. Behrend et Comp., que je ne crois pas appelées à rendre grands de services.

La Société d'encouragement avait proposé en 1816 un prix de 1200 fr. pour la composition de pierres artificielles; puis elle le retira en 1818, comme n'offrant aucune possibilité de succès. Cependant, ses espérances paraissent s'être ranimées à cet égard; car en 1831 , elle a proposé un nouveau prix de 2000 fr. pour la fabrication de pierres artificielles propres à remplacer les pierres lithographiques.

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