DES QUALITES QUE DOIT AVOIR UNE ROXICE PRESSE
Avant de passer à la description des différentes presses dont on fait usage, il convient de rechercher d'abord quelles sont les conditions qu'on doit exiger dans un bon appareil de ce genre. Nous pourrons ensuite, en parlant de chacune d'elles en particulier, examiner jusqu'à quel point elle répond à ces conditions.
1° Une presse doit être d'une construction solide, afin de fournir un travail continu sans se déranger. Elle doit pouvoir résister à la plus forte pression, sans qu'aucune de ses parties en souffre. Son mouvement doit être combiné de manière que l'ouvrier puisse opérer le tirage, sans faire un effort trop grand, afin de ne pas se fatiguer inutilement.
2° Elle doit être disposée de manière que tous les mouvemens de l'imprimeur soient libres; que tout ce dont il a besoin se trouve sous sa main, afin qu'il puisse, sans se déranger, effectuer les différentes opérations du tirage. Un seul pas de trop fait à chaque tirage, occasionne une perte sensible au bout de l'année. L'imprimeur doit pouvoir se placer le plus près possible de la planche, afin de n'avoir pas besoin d'étendre beaucoup les bras pour l'encrage; ce qui le fatiguerait inutilement et ralentirait le travail.
3° Elle doit occuper le moins de place possible,
4° Le fond du chariot, ou plancher qui supporte la pierre, et le cylindre sur lequel roule le chariot, doivent être parfaitement dressés, afin de ne point
exposer la pierre à se rompre; ce qui ne manquerait pas d'arriver , si elle ne portait pas bien également partout.
5° Le cadre sur lequel le cuir est tendu (aux presses qui ont un tympan) doit être assez solide pour permettre de tendre ce cuir fortement, afin d'éviter les bavochures. Les charnières sur lesquelles se meut le châssis seront établies d'une manière ferme ; car si elles venaient à céder à l'effort du râteau pendant qu'on tire les épreuves, le cuir en avançant, frotterait sur le papier et pourrait , en le dérangeant , occasionner des bavochures , qu'on doit éviter avec soin. Les cuirs doivent être partout d'une épaisseur bien égale , et ne présenter aucun défaut; ils [doivent être fermes et s'étendre le moins possible par la traction ; condition de rigueur pour qu'ils restent toujours bien tendus. Après avoir appliqué un cuir neuf sur le châssis, il est prudent de placer dans la presse une pierre aussi grande que possible , sur laquelle on rabat ce cuir. On le graisse alors avec du saindoux, du côté où frotte le râteau, et qui doit être celui qui touchait la chair de l'animal ; 1'épiderme étant tourné du côté de l'épreuve. On le passe à plusieurs reprises sous le râteau, dans toute sa longueur , en augmentant successivement la pression. Chaque fois que le râteau arrive au bout de sa course, le cuir s'est un peu allongé, et il faut alors serrer les écrous de tension. De cette manière, le cuir se trouve également comprimé partout, et si on l'emploie au tirage d'une petite pierre, celle-ci y laisse moins de marque que si on n'avait pas pris préalablement cette précaution. Il est prudent d'avoir des châssis de rechange de différentes dimensions, afin de réserver de bons cuirs neufs pour les grandes planches, et d'en avoir uniquement destinés au tirage des petites planches. On consacrera aux travaux ordinaires les cuirs gâtés par un long usage.
6° Le râteau doit être pris entre deux fortes joues de bois, ou mieux encore de fer. Ces joues descendront aussi bas (pie j>ossible, afin de l'empêcher de casser par l'effort latéral qu'exerce le cuir en passant dessus, sous une forte pression. On choisira pour le faire un bois très-doux, afin qu'il puisse se dresser facilementet présenter un tranchant bien net. Le bois de poirier, vieux, mérite la pré-férence sur tous les autres.
La Société d'encouragement avait proposé en 182f> un prix de 2400 francs pour la construction d'une bonne presse à laquelle une puissance mécanique pourrait être appliquée. En 1828, elle accorda 400 francs d'encouragement à M. Brisset, pour une presse que ce constructeur avait présentée; mais dont on n'a pas publié la description. En même temps, elle vota 1200 francs d'encou-
ragement à M. François jeune, de Troyes, pour une presse de son invention. En 1830, elle décerna le prix de 2400 francs à M. François jeune, de Troyes, et à moi une médaille d'or, pour une nouvelle presse en fer. On trouvera la description de ces deux presses parmi celles qui suivent.
J'ai réuni dans ce chapitre tout ce qui, sous le rapport des presses lithographiques, est parvenu à ma connaissance, et m'a paru digne d'intérêt. Afin de mieux comparer entre elles les presses dont je donne la description, je les ai toutes dessinées sur la même échelle; ce qui permet de juger immédiatement de leur volume relatif. Ne m'adressant qu'à des lithographes, et non à des constructeurs- de machines, il m'a paru plus utile de présenter des dessins en perspective, que des dessins géométraux, dont tout le monde n'a pas l'habitude. Ainsi on jugera mieux de l'ensemble de chaque appareil. Puisse cette collection de la majeure partie des presses lithographiques en usage, mise sous les yeux de quelque lithographe ou mécanicien habile , l'amener à en constmire une qui réunirait tout ce que chacun de ces modèles peut présenter de mieux.