‹ Traite de lithographieChapitre 3 sur 63 · SUITE DE LHISTOIRK OC LA LITHOGRAPHIE · texte numérisé non relu

SUITE DE LHISTOIRK OC LA LITHOGRAPHIE

J'ai réuni dans le chapitre précédent tous les documens que j'ai pu me procurer sur l'origine de la Lithographie, et sur l'histoire de l'homme célèbre à qui nous devons cet art admirable. Je me propose de parler dans celui-ci de l'introduction et des progrès de l'impression sur pierre en France, et «le sa propagation dans d'autres pays. J'ai longtemps reculé, je l'avoue, devant la rédaction de cette partie de mon ouvrage, et plus d'une fois j'ai été tenté de laisser à d'autres le soin d'écrire une histoire à laquelle je ne suis pas étranger. Rien n'est délicat comme de parler de soi-même; et, cependant si je me décide à traiter ce sujet, le respect pour la vérité ne me permet pas de taire la part que j'ai prise aux travaux des lithographes. D'un autre côté, j'ai craint qu'en ne donnant point ce chapitre, on ne m'accusât de laisser une lacune fâcheuse dans un ouvrage de l'importance de celui que je livre aujourd'hui au public ; et cette considération l'a emporté dans mon esprit sur la première. II m'a paru que je ne devais considérer ici que la convenance du lecteur, et que, dans le désir de lui être agréable, je devais faire abstraction de toute considération personnelle. Je vais donc achever la tâche que je me suis imposée, en priant toutefois qu'on ne juge pas avec trop de sévérité cette partie si difficile de mon travail. Au reste, afin de me mettre plus à l'aise, je chercherai à m'effacer autant que possible comme historien , et je saisirai avec empressement toutes les occasions qui pourront se présenter, de citer textuellement les différens auteurs qui ont écrit sur cette matière.

Le lecteur a déjà vu dans le chapitre précédent, qu'un jeune étudiant de Strasbourg, nommé Niedcrmayer, avait été appelé à Paris, en 18(X), par la maison Meyel, afin de monter une imprimerie lithographique pour la musi-

que; mais qu'on renonça bientôt à cet établissement , à cause du prix élevé auquel revenaient les pierres de Solenhofen , et de l'embarras qu'occasionnait leur grand volume.

Ainsi qu'il en était convenu avec Senefelder, M. André d'Offenbach se rendit aussi à Paris en 1802, pour y établir une lithographie. Il prit un brevet d'importation de cet art en France, et livra au public de la musique et quelques dessins d'animaux du jardin des plantes. Mais il ne put réussir à produire des épreuves passables, et c'est avec peine qu'on trouve aujourd'hui,, dans quelque cabinet d'amateur, à titre de curiosités historiques, quelques-uns des faibles produits de cet établissement. Peu satisfait de ces médiocres résultats, M. André retourna en Allemagne en 1805, après avoir vendu ses procédés à MM. Choron, Baltard et quelques autres artistes. Mais ceux-ci, dégoûtés par l'insuccès de leurs essais, qu'ils attribuèrent à des réticences de M. André; mais qu'il faut plutôt chercher dans l'état d'imperfection où se trouvait l'art à cette époque, y renoncèrent bientôt, et la Lithographie tomba à Paris dans un oubli complet.

Il ne resta de ces premières tentatives qu'une nouvelle application des principes lithographiques, imaginée par M. Duplat, habile graveur sur bois. Elle consistait à dessiner un sujet sur une pierre , qu'on faisait alors mordre a l'acide nitrique, jusqu'à ce que les traits couverts par l'encre grasse, fussent assez élevés, pour qu'on pût les multiplier par le clichage. Les planches ainsi obtenues, s'imprimaient par le procédé ordinaire de la tv|>ographie, à la manière des gravures sur bois. Une édition des Fables de La fontaine, publiée en 1811 par Auguste Renouard , et les Lettres à Kmilie sur fa Mythologie, publiées en 1812 j»ar le même éditeur, sont ornées de planches exécutées par M. Duplat, au moyen de ce procédé, pour lequel il avait reçu, en 1810, un prix de 2000 francs, de la Société d'encouragement.

I^s événemens de la guerre ayant conduit nos armées à Munich, quelques hommes distingués, qui en faisaient partie, en profitèrent pour prendre connaissance des procédés lithographiques. Ce furent surtout M. Denon, alors directeur des musées impériaux, le général I^*jeune, et M. Iximct. Dès 1800, M. Lontet s'était procuré quelques pierres et des crayons lithographiques; il avait exécuté divers dessins et tiré des épreuves, qu'il apporta avec lui à son retour en France, en 1808. Arrivé à Paris, il s'empressa d'y communiquer tout ce qu'il avait appris à Munich ; mais en dépit de sa persévérance et de ses exhortations, et quoiqu'il montrât des épreuves capables de faire juger

avantageusement de l'avenir de ce nouvel art , il ne trouva personne qui voulut s'y adonner et en doter la France.

Bien que peu encouragé par ses premières démarches, M. Lomet ne se rebuta pas. Il s'adressa à M. Molard, directeur du conservatoire des arts et métiers, et lui remit, pour la déposer dans les collections du musée, une pierre dessinée, prête à être imprimée, et sur laquelle on avait déjà tiré 5000 exemplaires. Appelé plus lard à l'armée d'Espagne, et fatigué de voir que sa pierre était vainement restée au conservatoire, sans que personne eût pensé à explorer un art dont il aurait voulu enrichir sa patrie, il la retira, et la déposa au musée d'histoire naturelle du jardin des plantes, où elle se trouve encore.

Un allemand, M. Manlich, directeur du musée de Munich, déjà avantageusement connu dans son pays par ses travaux en ce genre, voulut aussi importer la lithographie en France. A cet effet, il s'adressa en 1810 au gouvernement impérial, qui lui refusa l'autorisation et les encouragemens nécessaires, comme par suite de cette fatalité qui semblait s'opposer chez nous à l'introduction de cet art.

Dans un voyage qu'il fit en Allemagne, en 1809 et 1810, M. Marcel de Serres s'instruisit à Munich des procédés lithographiques, qu'il publia en 1814 , dans un ouvrage intitulé: Essai sur les arts et les manufactures de f empi/v d Autriche. Mais les détails qu'il en donna étant trop incomplets pour suffire à monter et à diriger un établissement, il ne parait pas que cet ouvrage, d'ailleurs fort remarquable, ait provoqué aucune tentative de ce genre.

M. le comte de Lasteyrie, dont le nom se rencontre si souvent dans les entreprises utiles, fit deux voyages à Munich, en 1812 et en 1814, afin d'y étudier la Lithographie. Il y engagea même des ouvriers, pour fonder une imprimerie à Paris; mais la guerre vint déranger ses louahles projets, et, de son propre aveu, malgré les efforts les plus honorables, il n'avait encore, en Décembre 1815, que l'espoir d 'ouvrir sous peu son établissement à Ihiris. Voici en effet comment s'exprimait M. le comte de Lasteyrie , dans un rapport qu'il lut le 20 Décembre 1815, à la Société d encouragement.

« Les nouveaux ouvriers que j'avais engagés dans mon second voyage à Mu- « nicb, étaient prêts à se rendre à Paris, lorsque l'arrivée de Bonaparte en France «a déconcerté mes projets, et en a arrêté l'exécution. Mais j'espère jxmvoir « mettre en activité, d'ici à deux mois, l'établissement auquel je travaille depuis « plusieurs années. » ( Extrait du procès-verbal de la séance générale de la Société d'encouragement, du 20 Décembre 1815. Rapport de M- le comte de Lasteyrie

sur les produits lithographiques adressés à la Société d'encouragement, par M. Ëngelraann.)

Le passage suivant, extrait de l'ouvrage déjà cité de M. Marcel de Serres, publié en 1814, prouvera qu'à cette époque, il n'existait aucun établissement lithographique à Paris.

« Toutes les gravures lithographiques obtenues jusqu'à présent à Paris, ne « peuvent être considérées que comme des essais plus ou moins imparfaits. Nous « pouvons même ajouter que cet art, quoique connu de quelques artistes ha- « bdes, n'y a jamais été pratiqué par des hommes qui ont apprécié toutes les « ressources de ce genre de gravure. »

Il n'existait donc aucun établissement lithographique à Paris en 1814, et même en 1815. On me pardonnera d'insister sur ce point. Si, en historien impartial, je me suis fait un devoir de rendre à chacun ce qui lui appartient, il doit m être permis aussi de réclamer la part qui me revient dans l'introduction de la Lithographie en France, et dans les progrès que cet art a faits dans notre pays. Assez d'autres écrivains ont paru ignorer ce que j'ai fait pour cette introduction et ces progrés, pour que je croie devoir tenter aujourd'hui de rétablir la vérité à ce sujet. Me voici arrivé à la partie pour moi la plus délicate de cette histoire. Désormais je vais moi-même me mettre en scène, et je ne puis le faire, sans réclamer de nouveau l'indulgence du lecteur. Je le prie de ne point oublier tout ce que ma |x>sition a de difficile, et de ne pas juger trop sévèrement tout ce qui va suivre. Je n'avancerai rien d'ailleurs sans l'appuyer en même temps de pièces authentiques.

En 1813, un de mes amis ( M. Edouard Koechlin) rapporta d'un voyage en Allemagne quelques épreuves lithographiques, et le traité publié par la maison Cotta, à Tubingen. Sachant que tout ce qui concerne les arts m'a toujours vivement intéressé, il s'empressa de me communiquer ces différens objets. Ces nouvelles productions fixèrent mon attention, et la lecture du traité acheva d'exciter en moi un véritable enthousiasme pour une invention dont je mesurai dès lors toute la portée. Je ne pus résister à un pressant désir de faire quelques essais. Je me procurai des pierres et, à l'aide de l'ouvrage que j'avais entre les mains, je les chargeai de dessins, que j'imprimai ensuite au moyen d'un plioir. Cette expérience ayant réussi au-delà de mon attente, je construisis une presse provisoire, et je passai l'hiver de 1843 à 181 4 à multiplier et à varier mes expériences. Je ne tardai pas à m'a percevoir que les renseignemens que je possédais étaient insufhsans, et je me décidai, au mois de Juin 1814 , à faire le voyage de Munich,

pour aller étudier à sa source la plus pure l'art de la Uthographie, que je brûlais de mieux connaître. Les œuvres de Strixner et Pilotti étant ce qui avait paru de plus parfait à cette époque, je m'arrangeai avec M. Stuntz, agent de l'entreprise de ces deux artistes distingués, pour obtenir la communication de leurs procédés. Après m'étre mis au fait de la pratique de l'art que j'étais venu étudier, pendant quelques semaines passées à Munich, je revins à Mulhouse, apportant avec moi une presse et une provision de pierres, qui composèrent le premier matériel de mon imprimerie.

Dès le mois d'Octobre 1815, j'adressai une collection de mes produits à la Société d'encouragement, à Paris. M. le comte de Lasteyrie fit sur ces essais, un rapport dont j'ai déjà cité un passage. En me l'adressant, M. le comte Chaptal, président de cette société, si recommandable à tant «le titres, l'accompagna d'une lettre dont je rapporterai ici un fragment. Il ixmrra fixer l'opinion du public sur la part que j'ai prise à l'introduction de la Lithographie en France.

Pari*, 10 Janvier 18 IG.

« Le Président (le la Société d encouragement pour l'industrie nationale , « à M. Engelmann , à Mulhouse.

« Le conseil d'administration de la Société d'encouragement avait chargé une « commission spéciale d'examiner les essais de gravure lithographique que vous « lui avez adressés, ainsi que le mémoire qui les accompagnait. Cette commis- « sion a fait son rapport dans la dernière séance de Décemhrc. J'ai l'honneur de « vous en transmettre copie. I>e rapporteur, qui connaît à fond l'art de graver « sur pierre, qui s'est transporté à grands frais à Munich* pour l'étudier, et qui « a déjà commencé à le mettre en pratique d'une manière distinguée, était juge « compétent dans cette matière. Plus occupé des moyens d'exécution que des « résultats eux-mêmes, dont la beauté dépend souvent du talent du dessinateur, « il n'a peut-être pas fait une part suffisante à la louange que vos gravures mé- « ritent sous ce rapport; mais le conseil y a suppléé, par les témoignages de sa- « tisfaction qu'il a donnés en voyant les ouvrages sortis de vos presses; et je me « félicite, Monsieur, de pouvoir vous rendre en son nom, cette pleine et entière « justice, que vous êtes le premier en France qui ayez approché aussi près de la « perfection en ce genre. »

Ainsi, il demeure constant, par ce document émané d'une société dont M. le comte de Lasteyrie était à cette époque vice-président, que personne en France, n'avait avant moi, exécuté des lithographies aussi parfaites que celles que j'avais

adressées à cette Société. Loin de moi l'intention de diminuer en rien le mérite de M. de Lasteyrie. Je suis le premier à rendre à ce vénérable vieillard la justice de dire qu'il a fait les plus nobles efforts pour introduire la Lithographie en France. Si j'ai eu la gloire, car c'en est une à mes yeux, de le devancer dans cette honorable entreprise, il faut l'attribuer sans doute à ma position qui me rapprochait de l'Allemagne, berceau du nouvel art, et à mon âge qui me permettait de me livrer au travail que j'entreprenais, avec toute l'ardeur et la force qu'on a à 26 ans. Aussi j'y consacrai tout mon temps et mes veilles, et je devais arriver au but avant le savant respectable dont les momens étaient absorbés en grande partie par quantité de travaux scientifiques et d'intérêt public.

Le 3 Août 181G, je présentai à l'Académie des beaux-arts de l'Institut de France, une collection de lithographies qui furent l'occasion d'un long rapport (t), dans lequel on trouve les passages suivans :

« Cependant M. le comte de Lasteyrie, membre de la Société d'encourage- « ment, ayant reconnu les avantages que la Lithographie offrait aux arts et à « l'industrie française, fit plusieurs voyages à Munich, afin d'en prendre une « connaissance exacte, et de se mettre en état de former un établissement li- « thographique à Paris. Il a même composé un traité dans lequel il décrit les a manières et les procédés lithographiques; mais cet ouvrage et les essais de « M. le comte de Lnstevrie n'ont jioint été rendus publics »

« Enfin , par une fatalité qui s'attache à certaines inventions , qu'on ne sait « apprécier que longtemps après leur découverte, les artistes ignoreraient j>eut- « être encore les nouvelles ressources qui leur sont offertes, si M. Engelmann, « qui avait déjà formé un atelier lithographique à l'une des extrémités de la « France, n'avait surmonté toutes les difficultés, pour en faire jouir la capi- €< taie, et si l'Académie, accueillant avec intérêt une invention qui doit faire « époque dans les annales des arts, ne s'était occupée des moyens propres à la a faire connaître et à la pro|>ager »

« Des dessins au crayon exécutés par M. Regnault, membre de la commis- « sion, et par MM. Girodet et Carie Vernet , membres de l'Académie, avec la li- « berté, la franchise, et surtout la correction qui caractérise le talent, parai*- « sent avoir atteint la perfection désirable dans les épreuves qu'en a tirées

(i) Présenté au nom de MM. Hecktirk, Regkm.lt, Gueei* et Deswoyebs, par M. C»*teu.ak rapporteur.

« M. Engelmann. Os artistes ont retrouvé dans ces contre-épreuves toutes les « qualités tlistinctives de leurs dessins originaux, et il nous semble qu'il n'existe « entre ces ouvrages d'autre différence que celle qui dérive de la diversité des « manières d'opérer (i) »

« La Lithographie nous fournira aussi mi véritable polytypage d'autant plus « précieux, qu'il peut s'étendre même aux productions du burin; car il suffit de « tirer une épreuve d'une gravure exécutée par ce dernier procédé , de l'appli- « (juer immédiatement sur la pierre, et de l'y contre-épreuver par la manière « ordinaire , pour avoir une seconde planche , semblable à la planche de cui- « vre , et dont on pourra tirer un bien plus grand nombre d'épreuves »

« Néanmoins, quoique la Lithographie tire son origine de l'Allemagne, c'est « un Français cpii vient nous faire jouir de tous les avantages de cet ingé- « génieux procédé. M. Engelmann , soutenu par le seul amour des arts, pour « lesquels son désintéressement lui a fait faire de grands sacrifices, poMédant « d'ailleurs tous les moyens que donnent l'intelligence, l'adresse, l'esprit d'in- « vention, a de plus, dans le dessin et la peinture, des connaissances éten- « ducs, acquises sous la direction de l'un des restaurateurs de l'école française, « M. Regnault, qui a bien voulu joindre l'influence de ses propres lumières à « celles de son élève, pour naturaliser en France la Lithographie. »

«Toutefois, il ne suffisait pas d'offrir dans les productions de cet art des « objets de pur agrémen t ; il fallait avant tout qu'elles eussent un but d'utilité. • Telle a été l'intention que M. Engelmann a d'abord manifestée , et qu'il a « même déjà réalisée , en publiant une suite de principes de dessin exécutés « ]>ar les maîtres eux-mêmes ; persuadé qu'on y retrouverait en même temps « un degré de correction , et une liberté de faire qui disparaissent souvent dans « les copies qu'en offre la gravure. »

Après ces éclaircissemens , on ne me refusera pas , je l'espère , le droit que j'ai acquis à l'honneur d'avoir le premier créé un établissement lithographique en France. Cependant , afin de dissi|>er tous les doutes qui pourraient rester chez quelques personnes, je rapporterai encore des témoignages authentiques et officiels. Je veux parler des bulletins de dépôt (1), dont aucun n'a été délivré

(l) « On peut citer encore quelques dessins de principes de paysages, exécutes avec soin et vérité , par M. Mongin. » (Note du rapportcur.J

(») La loi exige que des exemplaires de tout ouvrage imprime ou grave , soient déposes à la direction de l'imprimerie. Il en est donné un reçu , ou bulletin de dépôt.

dans notre pays, avanl ceux que je possède. J'en ai un grand nombre de 1816, que j'ai obtenus de la préfecture du Haut-Rhin , et dont les premiers portent la date du 5 Avril. \j& 7 Septembre de la même année, le Journal Général de l'Imprimerie inscrivit le premier dépôt fait par mon établissement à Paris. C'étaient un cosaque h cheval, de Vernet ; une te'te itétude , de Regnault , et le chien de raueugle, par Mongin. Ces premières estampes furent suivies d'une série non interrompue de publications, telles que le cours complet detudes de dessin, etc. Ce n'est que «tus la date du 18 Janvier 1817, que se trouve inscrit le recueil de différens genres d'impressions UUiographiques , premier ouvrage déposé à la direction de l'imprimerie par M. le comte de Lasteyrie. Ces dates précises et incontestables établissent d'une manière positive l'existence de mon imprimerie à Paris, quatre mois et demi avant celle de M. de Lasteyrie. Le lecteur voudra bien se rappeler en outre que, déjà en Octobre 1815, j'avais adressé à la Société d'encouragement des épreuves sorties de mes presses à Mulhouse; ce qui constate que, quinze mois au moins avant tout antre, j'avais introduit la Lithographie en France.

En 1816, M. Mongin, artiste distingué de la capitale, vint passer quelques mois dans la fabrique de papiers peints que MM. J. /ni ht et comp. possèdent à Rixhcim, dans le voisinage de Mulhouse. On s'empressa de lui montrer mon établissement comme une des curiosités industrielles de notre ville, si riche en ce genre. Frappé de l'importance pour le dessin de cette nouvelle méthode d'imprimer, M. Mongin voulut tenter quelques essais. 11 dessina sur pierre plusieurs planches, dont il envoya des épreuves à ses amis de Paris. Elles v excitèrent un vif intérêt, et on l'invita à m'engager à aller former un établissement lithographique dans la capitale. Déterminé par les encouragemens d'artistes aussi habiles, je me rendis à Paris au mois de Juin 1816, et j'y fondai, conjointement avec mon beau-frère, M. Pierre Thierry, une imprimerie qui prit bientôt une assez grande extension.

Toutefois, ce ne fut pas sans de grandes difficultés que je parvins à réhabiliter, auprès des artistes de Paris, la réputation déjà si compromise des procédés lithographiques. Les essais peu satisfaisons faits avant mon arrivée, avaient dégoûté le peu de dessinateurs qui avaient confié leurs ouvrages à l'impression sur pierre, et tous paraissaient avoir renoncé à une méthode qui semblait parodier leur crayon. Il me fallut vaincre bien des répugnances avant de mettre cet art en crédit, et ce ne fut que la réussite régulière et constante des planches qui furent confiées à mes presses, qui engagea les artistes à revenir à un pro-

cédé dont le mérite principal est de multiplier des originaux, avec tout l'esprit et le talent du maître.

Outre les difficultés sans nombre «pic j'avais à surmonter pour organiser en grand et exploiter avec régularité une industrie nouvelle, jKJiir laquelle il fallait créer tout un matériel et former des ouvriers, j'eus donc encore à vaincre la juste répugnance de ceux que des essais malheureux avaient éloignés de notre art; et ce ne fut pas là le moindre obstacle contre lequel je dus lutter. Ceux-là seuls qui ont mené à bonne fin une invention nouvelle, ou qui ont créé dans un pays une industrie qui y était inconnue, peuvent juger des constans efforts qu'il faut faire et des sacrifices de toute nature qu'on doit s'imposer, pour arriver au but difficile qu'on s'est proposé. Le public, indifférent à des peines qu'il ignore, s'enquiert peu de ce qu'il en conte quelque fois à ceux qui lui procurent des jouissances nouvelles, et il est ordinairement fort loin de proportionner sa reconnaissance aux tribulations de tout genre qu'ont éprouvées les créateurs en industrie, et à la persévérance opiniâtre avec laquelle ils ont Combattu tous les obstacles.

C'est de cette époque que la Litbogiapbie prit à Paris ce rapide essor qui n laissé nos établissemens en ce genre sans rivaux à l'étranger. Si, favorisé par les leçons de peinture prises dans l'atelier de M. Regnault, et par quelques connaissances que j'avais acquises en chimie et en mécanique, je fus assez heureux pour me trouvera la té*e de. ce mouvement novateur de l'art, je suis le premier à l'attribuer moins à irfoh faible mérite qu'à mon zèle qui ne s'est jamais démenti, et surtout à l'habileté et au génie de nos artistes français , don t les productions spirituelles firent la réputation d'un nouveau mode d'impression «pu les rendait avec une vérité jusqu'alors inconnue. Grâce à eux, et si j'ose le due aussi, à ma persévérance et ;'i celle de mes nouveaux confrères de la capitale, qu'aucun obstacle ne rebuta, les épreuves lithographiques de Paris furent, au bout de peu d'années, hors de comparaison avec ce que l'étranger pouvai présenter de mieux. Je me fais un devoir de citer principalement, parmi les artistes qui ont le p|us contribué aux progrès de la Lithographie, M. Isabey, M. Hubert de Sèvres et M. le baron Athalin , qui ont été les premiers à faire des dessins d'un fini précieux , et à prouver jusqu'à quel degré de finesse et de préas™ ce procédé pouvait atteindre.

•e ne dois pas non plus oublier la part très-large que la Société d'encoura- Lecoî a|^r,'SC * 'a l>roPapat'on e* aux progrès «le l'art dpnt j'écris l'histoire. ons< i d administration de cette Société s'est toujours composé d'hommes

trop éminens par leur savoir, pour n'avoir pas prévu, dès les premières communications qui lui en furent faites, toute la grandeur du rôle que l'avenir destinait à la Lithographie, dans l'avancement des arts et de la civilisation. Aussi voit-on cette réunion d'hommes éclairés prendre sous sa protection la méthode de l'impression sur pierre, aussitôt qu'elle pénètre en France. Qu'on parcoure son programme annuel de prix, depuis cette époque, et on verra que dans sa louable sollicitude pour la Lithographie, elle a mis beaucoup de générosité à offrir des récompenses nombreuses , dans la vue de provoquer d'incessans progrès dans cet art si utile.

Toutefois, il est à regretter qu'elle n'ait pas toujours été également heureuse dans ses préférences , et que les procédés qu'elle a couronnés ne se soient pas constamment trouvés les meilleurs. Mais cette erreur était-elle toujours inévitable, et n'y aurait-il pas trop de sévérité à la reprocher à des hommes dont on ne peut suspecter l'excellence des intentions? 11 ne faut pas s'étonner qu'une invention puisse quelquefois séduire, par une perfection apparente, des hommes fort instruits d'ailleurs, mais qui ne sont pas du métier, si j'ose dire; tandis que plus tard la pratique ne vient pas confirmer ce qu'on en attendait.

Le lecteur remarquera que, dans le cours de cet ouvrage, je me trouverai quelquefois en contradiction avec les rapports qui émanent de cette société. Je le regrette vivement, je l'avoue, parce que je sais apprécier avec reconnaissance ses vues hautes et libérales; mais avant tout je dois la vérité à ceux qui me lisent. D'ailleurs, n'est-ce pas entrer complètement dans les intentions de lu Société d'encouragement elle-même, que d'appeler une nouvelle discussion sur plusieurs points importants qu'elle a cru utile de signaler aux réflexions et aux recherches des artistes, et qui ont tant contribué aux progrès de la Lithographie?

Vers l'année 1818, l'art de l'impression sur pierre, non content de s'être emparé des ouvrages de tout genre sur papier, essaya d'accroître encore ses moyens de production. MM. Ilausmann frères, fabricans de toiles peintes à Colmar, et déjà avantageusement connus par de nombreux perfectionnemens apportés dans leur industrie, eurent l'idée ingénieuse d'employer la Lithographie à l'application sur mouchoirs tic soie, de sujets militaires, qu'ils coloriaient ensuite au moyen de planches de bois. Ces mouchoirs, d'une l>elle exécution , eurent une grande vogue, et j'ignore quel motif assez puissant a pu faire abandonner cette industrie nouvelle, après un aussi heureux essai.

Pendant longtemps on regretta de ne pas trouver dans les dessins tirés sur

pierre, ces tons fins et légers qui contribuent plus particulièrement à leur charme. Pour mettre désormais notre art à l'abri de ce reproche, d'ailleurs trop mérité, j'inventai en 1819 le procédé du lavis lithographique, qui permettait d'exécuter des teintes légères et unies au moyen d'un tampon. Voici ce que disait à ce sujet, un homme dont le témoignage est irrécusable, M. Mérimée. Ce qui va suivre est extrait de son rapport, lu à la Société d'encouragement, le 7 Février 1821.

« . . . . Mais la plus importante (découverte) à notre avis, est celle du lavis « applique à la Lithographie. Je puis, Messieurs, vous donner à ce sujet des « renseignemens positifs, parce que j'ai été témoin «les circonstances qui ont « accompagné son origine. »

■ Dès le temps où M. Engelmann vous fit connaître l'établissement qu'il avait « formé à Paris , je l'avais engagé à faire des recherches sur les moyens de « produire l'effet du lavis , et il m'avait répondu qu'il y pensait continuelle- « ment. Au mois de Juin 1819, j'eus occasion de lui demander s'il avait trouvé « quelque résultat satisfaisant. Il me répondit qu'il avait trouvé un procédé fort « simple en principe , niais dont il n'avait encore fait aucune application , parce « qu'il n'était pas assez familier avec les opérations nouvelles de la gravure « au lavis, telle qu'elle est pratiquée sur le cuivre. 11 me décrivit son procédé, « qui me parut tellement infaillible , que je l'engageai à s'en assurer sur-le- « champ, en se bornant à faire sur une pierre une suite de teintes dégradées. « Le lendemain , M. Kngclmann m'apporta l'essai que j'avais demandé, et je me « félicite de l'avoir conservé , puisque je puis le mettre sous vos yeux. Il ne « s'agissait plus que de trouver un artiste habile, exercé à la manutention du « procédé du lavis; j'indiquai M. Baltard, et peu de jours après, un paysage «aussi bien exécuté qu'il eût pu le faire par le procédé de l'aqua-tinta , fut le « résultat de son premier essai. »

<* l-et essai, mis ensuite sous les veux du jury chargé d'examiner les produits «de notre industrie, attira son attention. La découverte fut reconnue; mais « un exemple unique de l'application de ce procédé ne lui parut pas suffisant « i>our en constater le mérite. Il y a lieu de croire que, si M. Engelmann eût «pu, a cette époque, présenter les estampes du Voyage pittoresque de la « hrance, ou l'Album composé par les artistes de Sèvres, le jury n'eût pas " "c sa rwQ»naissance à une simple mention honorable. «

« L application de l'imitation du lavis à la Lithographie, nous parait une " ' ecouvt>rU' d'une haute imjiortanee. Elle perfectionne le genre du crayon, en

« donnant le moyen d'exécuter les parties les plus délicates, telles que les ciels « dans les paysages, que l'on ne pouvait bien exécuter, même avec une adresse « et une patience extrêmes. Dans beaucoup de circonstances , telles que la rc- « présentation des machines ou de l'architecture, ce procédé est infiniment pré- « férable à celui du crayon. Quant à son exécution, il offre, pour la prompti- « tude et la facilité, les mêmes avantages que la Lithographie présente dans o tous les genres de travail qui lui sont applicables. »

« Dans le procédé du lavis sur cuivre, lorsqu'on applique de Peau-forte pour « produire une teinte, on ne peut juger de l'intensité de cette teinte qu'en l'es- « rimant par la durée du temps que le métal reste soumis à l'action de l'acide. « Dans le lavis lithographique , on voit distinctement l'effet de la teinte à me- « sure qu'on la produit ; aussi celui qui est au fait du procédé de la gravure au « lavis sur cuivre , ne peut manquer de réussir la première fois qu'il essayera « du lavis lithographique »

Dès l'époque de cette découverte, on s'aperçut de l'amélioration sensible qui s'était opérée dans les produits lithographiques. La collection des Souvenirs pittoresques du général Bâcler d'Albe, offre une preuve curieuse de ce changement, opéré pendant cette publication. Les premières planches , jusqu'au numéro 4G inclusivement , sont exécutées au crayon seul : elles manquent d'effet , de finesse, et les ciels ne présentent que des travaux dépouillés. I>a planche 47 est la première que l'habile général dessina , après que je lui eus communiqué mon procédé; et cette planche, ainsi que plus de cent cinquante autres qui la . suivirent, offrent une différence frappante avec les précédentes, quoique exécutées par le même artiste , avec les mêmes soins et à la même époque. Les ciels et les effets les plus délicats, les reflets de lumière, les tons vaporeux y sont, pour la première fois en lithographie, ménagés et rendus avec toute la pureté et toute la légèreté désirables.

Voyant dès lors qu'il était possible d'obtenir désormais de la Lithographie des résultats qu'elle n'avait pas encore pu offrir, les dessinateurs se sont efforcés d'arriver au même but par des procédés qui leur sont plus familiers; et, confiaus dans cette dextérité innée chez les artistes «le notre pays, ils sont parvenus à produire, à la seule pointe du crayon, les tons les plus fins et les plus purs; de sorte (pie mon procédé, je l'avoue avec franchise, n'a plus aujourd'hui la même importance qu'au moment de son invention; mais on ne peut nier qu'il n'ait fait faire un très-grand pas à l'art lithographique, et qu'il n'ait 'provoqué le genre de travail aujourd'hui employé par les dessinateurs. On nw per-

mettra d'insister d'autant plus sur ce point, que d'autres ont voulu m'en ravir l'honneur , et se l'attribuer.

M. Gaillot a public en 1824 , avec le secours des presses de A. Senefelder et Gomp. , à Paris, un cahier sous le titre de L'aquatinte lithographique , dans lequel il ne se contente pas de ne faire aucune mention du procédé de lavis lithographique, que j'avais publié deux ans auparavant, dans la première édition du Manuel du dessinateur lithographe (Paris, 1822 ;; M. Gaillot décrit ce procédé comme étant de soft invention, en su bornant à changer le nom de Lavis lithographique,, en Aquatinte lithographique; celui de réserve en couverte, etc. Je tenais d'autant plus à rappeler ici 1rs dates , que les prétentions de M. Gaillot ont été accueillies sans examen dans le Manuel du lithographe de M. L. Brégeaut, publié en 1827.

Toutefois, pour rendre à chacun la justice qui lui est due, je dois dire que M. Gaillot a ajouté aux moyens que j'avais indiqués, un procédé fort ingénieux qui permet de dessiner au pinceau des touches vigoureuses sur des fonds clairs, et que je décrirai à l'article lavis lithographique..

Dès les premiers temps de l'établissement de mon imprimerie à Paris, je m'occupai de transporter sur pierre des épreuves de planches gravées sur cuivre. M. Lcgros d'Ainsi me faisait les premiers reports, par le même procédé qu'il employait pour faire ses assiettes imprimées, et je traitais alors ces contre-épreuves par les procédés lithographiques. Les résultats obtenus étaient assez parfaits pour donner la certitude de réussir, si l'occasion se présentait d'utiliser ce nouveau moyen de production. Elle ne se fit pas longtemps attendre. On se rappelle les tabatières à la CJiarte , confectionnées en 1821 , par M. Touquet. I^-ur débit dépassa les prévisions de cet industriel, et bientôt les planches de cuivre qui servaient à leur fabrication furent usées. Plusieurs semaines étaient nécessaires pour en graver de nouvelles : pendant ce temps la mode |>ouvait en passer, et M. Touquet manquait une vente assurée et considérable. Dans cet embarras, il vint nous trouver. En un jour, nous limes transj>orter sur pierre plusieurs douzaines de contre-épreuves de ses planches. Le lendemain le tirage commença et permit à M. Touquet de satisfaire l'impatience du public, et de vendre en peu de temps plus de cent mille tabatières. Nos épreuves furent rendues avec une telle exactitude, (pie le public n'aperçut aucune différence en tre elles et celles tirées directement avec les planches de cuivre. Depuis cette époque, de nombreux travaux ont été exécutés dans notre établissement par ce procédé.

La réputation des lithographies de Paris s'étant bientôt répandue à Pétran-

ger, il nous vint de plusieurs pays des demandes do communication de nos procédés. C'est ainsi qu'en 1820, nous montâmes une lithographie pour M. Brusi, à Barcelone. Mon beau-frère M. Thierry se rendit sur les lieux pour présider lui-même à son organisation.

Eu 1825, nous communiquâmes nos procédés à M. Madrazo, peintre du roi d'Espagne, qui voulait fonder une imprimerie lithographique a Madrid. 11 avait principalement pour ohjet la publication d'un ouvrage sur les galeries de tableaux de la couronne.

M. Hullmandel, artiste distingué de Londres, avait aussi obtenu communication de nos procédés en 1821. On a vu, dans le chapitre précédent, que déjà en 1800, M. André d'Offenbach s'était rendu dans la capitale de l'Angleterre, avec Senefelder, pour y fonder une imprimerie sur pierre. Cet art, auquel les Anglais avaient donné le nom de Polyaulvgniphie , y avait fait très-peu de progrés, jusqu'à l'époque où M. Hullmandel y créa un établissement, à son retour de Paris. Alors, les choses changèrent. Les lithographes anglais portèrent dans ce nouvel arl les soins et la patience qui caractérisent leur nation, et ils obtinrent des épreuves d'un fini encore inconnu dans <e genre d'impression. M. Lane surtout se ht remarquer par un très-haut degré de perfection et de finesse.

En 182G , nous établîmes nous-mêmes à Londres une lithographie qui a toujours rivalisé avec celle de M. Hullmandel. Malheureusement cet établissement ne fut pas dirigé, sous le rapport financier, avec le même talent (pie sous celui de l'art, et au lieu de nous présenter les bénéfices que nous étions en droit d'en attendre, il ne nous donna que de cuisants chagrins.

La Lithographie ne fut introduite aux États-Unis d'Amérique qu'en 1828, par M. Barnett, qui fonda une imprimerie à New-York, sous la raison sociale de Barnett et Doolittle. Ces messieurs paraissent avoir assez bien réussi dans leurs impressions ; mais les artistes leur manquèrent, dans un |>avs trop nouvellement civilisé, et dont toutes les vues jusqu'ici semblent s'être portées trop exclusivement vers le commerce, pour que les arts aient pu s'y naturaliser.

Pendant que la Lithographie faisait de si rapides progrès en France et en Angleterre , et que , dès 1 830 , elle était portée dans ces deux pays à un tel point de perfection, qu'il semblait qu'elle n'était plus susceptible d'aucun changement marquant, elle était demeurée à peu près stationnaire en Allemagne, comme si les artistes de Munich , satisfaits d'avoir donné naissance à l'art , voulaient laisser à d'autres le soin de le perfectionner désormais. Cependant, stimulés par

les succès de leurs rivaux, autrefois leurs élèves, ils se réveillèrent de cette longue léthargie, et vinrent retremper leur génie auprès de ceux qui s'étaient jadis formés à leur école. Ainsi , nous vîmes MM. Bodmer , Hanfstengel et d'autres dessinateurs habiles venir à Paris , pour se familiariser avec la manière si remarquable de nos meilleurs artistes, et pour faire connaître à leur pays toutes les améliorations qu'avait reçues à l'étranger un art dont un de leurs compatriotes avait doté le monde.

De louables efforts ont été tentés par MM. Dcvéria , d'Orschwiller , Tudot et Gingembre pour rendre , par la Lithographie , des effets semblables à ceux que produit la manière noire sur cuivre. Plusieurs cahiers, publiés par M. d'Orschwiller, ont démontré l'heureuse réussite de ses essais ; et cependant on voit avec regret cette manière, qui donnait de si belles espérances, retomber dans l'oubli. Il est vivement à désirer que ces ingénieux artistes ne se laissent point rebuter par les difficultés nombreuses qu'ils ont dû rencontrer, et qui accompagnent d'ordinaire la création «l'un procédé nouveau. Puissent-ils continuer leursfecherches avec ce courage et cette persévérance qui sont des qualités si nécessaires aux inventt nrs.

J'ai déjà dit, dans le premier chapitre, que Senefelder s'étant aperçu du fâcheux embarras que présentent les pierres par leur poids considérable, qui rend leur transport très-coûteux, et de l'inconvénient non moins grave qui résulte de leur fragilité, essaya de les remplacer par des planches de papier, et plus tard, par des feuilles de zinc, recouvertes d'un enduit. Comme nous l'avons vu, ces tentatives furent à peu près sans succès. Senefelder avait aussi essayé de faire usage de plaques de métal, sans aucune couverture; et à l'exposition de 182.1, il avait produit de petites presses portatives, sur lesquelles il imprimait au mo\en de planches d'étain, et obtenait des résultats qui, quoique imparfaits, comme toute chose nouvelle, semblèrent du moins offrir plus de chances de succès , que les planches couvertes d'un enduit. Cependant, Senefelder ne paraît pas avoir donné suite à ces essais; du moins, je n'entendis plus parler d'impression sur métaux, jusqu'en 1831 , où visitant la lithographie royale à Merlin, j'y trouvai plusieurs presses en activité, imprimant des planches de zinc, sur lesquelles on avait transporté, par les procédés authographiques, des écritures et des plans topographiques. Ces essais étaient poussés avec une constante activité, dans le but de créer une imprimerie lithographique de campagne , qui put suivre l'armée en cas de guerre, et être employée à la multiplication d'ordres du jour ou autres imprimés dont la production instantanée peut être d'une grande im-

portance dans de certains momens. C'est là le seul motif qui fait continuer ces essais dans cet établissement, quoiqu'on y soit bien convaincu que ce mode de production ne puisse présenter aucun avantage dans les circonstances ordinaires.

On s'est aussi occupé à Paris et à Londres de l'impression sur zinc, et je regrette de n'avoir pas pu me procurer des renseignemens plus précis sur les essais qu'on y a tentés, et sur le nom des personnes qui s'en sont occupées. Je me suis livré moi-même à ce genre de recherches, et j'ai reconnu la possibilité de tirer un assez grand nombre d'épreuves des planches de zinc. Les dessins au crayon paraissent surtout bien réussir; ce qu'il faut attribuer peut-être au grain qu'on est obligé de donner au métal pour ce genre de travail. Mais jusqu'ici, il n'y a aucun avantage à faire usage de planches de zinc. Non seulement la couleur foncée de ce métal empêche le dessinateur de bien juger de l'effet de son travail; mais en outre, sa mollesse ne permet pas d'y tracer des lignes avec la plume d'acier, qui s'y trouve arrêtée à chaque instant; de sorte que tout ce qu'on a fait en ce sens jusqu'ici n'a servi qu'à présenter des résultats plus curieux qu'utiles.

Cependant en 1829, M. Bregnot, à Paris, lit des essais pour imprimer, au moyen de planches de zinc , «le grandes cartes qu'il appelait Géoramas. 11 prit pour cette invention un brevet en 1834, et à l'exposition qui eut lieu cette même année, il obtint une médaille de bronze pour cet objet. Bientôt après M. Bregnot céda son brevet à M. Carcenac qui, à ce qu'il parait, aurait fait connaître ce procédé en Angleterre. M. Carcenac étant mort, son brevet a passé entre les mains de M. Kaeppelin, qui a perfectionné ce genre d'impression, et j'ai vu de fort jolies épi-cuves sorties de ses ateliers.

A partir de 1830, le lecteur va voir la Lithographie faire de constant efforts pour reculer les bornes de sou domaine, et chercher à produire des estampes en couleurs. Jusque là, toutes les tentatives des artistes s'étaient bornées à i>erfectionner l'impression en noir; mais dés que celle-ci eut été amenée au jK»int satisfaisant où nous la voyons aujourd'hui, leurs penséesel leurs travaux durent se porter sur un autre terrain.

Vers 1832 ou 1833, M. Hildebrand, de Berlin, voua tous ses soins à la recherche de procédés propres à imprimer en couleurs. Grâce à son adresse personnelle, il parvint à produire de fort beaux ouvrages, notamment une collection des armoiries des divers Etats, et plusieurs planches d'ornement qui font partie de la belle collection de modèles que le gouvernement prussien fait exé-

ciller pour l'usage de ses écoles d'arts et métier*. Dans toutes ces lithographies, les couleurs sont appliquées avec un art et une précision d'autant plus admirables, que M. Hildebrand a dû souvent imprimer dix, douze et jusqu'à quinze planches sur une même épreuve. Cet habile lithographe emploie en effet autant de planches, qu'il a de nuances à produire, et il lui faut, pour parvenir à un beau résultat, malgré tant de difficultés , toute la précision dont la nature l'a si heureusement doué; car M. Hildebrand n'emploie aucun moyen mécanique, et son procédé est entièrement fondé sur l'adresse des mains. Aussi ces impressions sont-elles d'un prix très-élevé, qui ne permet de les appliquer qu'à de rares usages. M. Storch, aussi de Berlin, a suivi de près M. Hildebrand dans la même Voie, et ses produits égalent aujourd'hui ceux de son habile compatriote.

M. Owen Jones public en ce moment à Londres an fort bel ouvrage sur l'Alhauibra, exécuté par des procédés analogues à ceux employés par les lithographes de Ik-t'Iiii; c'est-à-dire par l'impression de teintes plaies de diverses couleurs. Quelque habileté qu'on ait mise à ce genre «le travail, un œil un peu exercé s'aperçoit facilement que le repérage n'y est pas toujours très-exact.

Convaincu cpie par celte méthode trop délicate, et exigeant une très-grande habileté dans l'exécution, on ne parviendrait jamais à rendre l'impression en couleurs applicable à la multitude des besoins journaliers en ce genre de la société , j'ai cherché à découvrir des procédés à la fois plus simples et plus sûrs , qui pussent en même temps être employés à la reproduction d'objets d'arts, en imitant toutes les nuances et tout l'effet de la peinture. Je m'occupais déjà depuis nombre d'années de cette question importante, et j'avais fait en ce sens quantité d'essais , lorsqu'entin en Décembre 1836, mes constans efforts furent couronnés d'un plein succès ; et déjà le 15 Janv ier 1837 , je pris un brevet d'invention de 10 ans, pour ce procédé, auquel je donnai le nom de Chromotitho-

gwphte.

l ii un après, dans sa séance du 17 Janvier 1838, la Société d'encouragement de Paris me décerna , pour cette découverte , le pris de 2000 fr. , qu'elle avait propose depuis l'année 1828, pour l'impression lithographique en couleurs. Dans sa séance générale du 13 Juin 1838, la Société industrielle «le Mulhouse m'a voté une médaille d'or, pour le même objet.

Je suis heureux de pouvoir citer l'opinion de ces deux sociétés savantes, sur une découverte qui m'appartient, et qu'il eût été si délicat pour moi d'apprécier ici. Des qUe j,olls obtenu des produits satisfaisant , je m'empressai de les (ominiinKpm, à la Société industrielle, dont j'ai l'honneur de faire partie, et

qui a su , par de nombreux et intéressa™ travaux mériter toute la confiance du public. Un premier rapport ne tarda pas à suivre cette communication. J'en un extrait.

Extrait du rapport du comité des beaux arts de la Société industrielle de Mulhouse , lu dans ta séance du 29 Mars 1837.

« Dans votre assemblée générale du 21 Décembre 1836, M. Godefroi Engel- « manu vous a présenté des lithographies en couleurs, obtenues au moyen de la « presse , et sans retouche à la main. Un tel résultat dut exciter votre surprise ; « mais on ne pouvait se rendre compte, sur-le-champ, de sa nature et de son « importance : Depuis lors, le comité des beaux arts s'est transporté dans les ate- « liers de M. Engelmann , il a vu fonctionner sa nouvelle presse : il a vu M. En- « gelmann composer de la manière la plus simple et la plus ingénieuse, toutes « les couleurs de la peinture , avec toutes leurs nuances ; il a vu , en un mot , « sortir de sa presse des lithographies coloriées , comme on voit sortir des litho- « graphies en noir. Là, plus de pinceau , plus de coloriste; mais seulement une « presse, des pierres, des couleurs, deux ouvriers; et avec ce matériel sont ob- « tenues des lithographies de toute espèce : paysages, fleurs, intérieurs, por- « traits , chargés de codeurs brillantes , fondues, nuancées , comme si une main « exercée de coloriste les avait répandues. »

« Voilà ce que votre comité des beaux arts a pu voir, et il a été frappé de la « simplicité des moyens par lesquels M. Engelmann a résolu le problème resté « incomplet jusqu'ici, et qui est, sans contredit, le plus intéressant que l'on se « soit proposé depuis l'invention de la Lithographie : le problème de la Lit ho- « graphie en couleurs. »

« Il est certain , en effet que la lithographie en couleurs dut être l'objet de a nombreuses recherches , dès l'origine de la Lithographie en noir ; car c'est en « vain que la gravure et la Lithographie cherchent, à force de sentimens dans « leurs compositions, à représenter la nature avec le plus de fidélité possible : « elles n'atteindront jamais, avec leurs ressources actuelles, la puissance que « la peinture exerce sur l'imagination, parce que cet art a à sa disposition les « couleurs mêmes qui parent et animent tout ce qui nous entoure; tandis que « les autres arts du dessin n'ont qu'une seule couleur, le noir et les nuances in- « termédiaires entre le noir et le blanc. »

« Combien donc était-il désirable de voir un art aussi utile, aussi avancé, « aussi populaire que la Lithographie , agrandir ses moyens d'exécution , et

« s'approprier , au moins en partie, celle puissance qui donne tant de supério- « rite à la peinture. »

« Il y a trente à quarante ans, on a essayé d'imprimer des estampes coloriées « au moyen de plusieurs planches de cuivre gravées à l'aqua-tinta; mais, soit « manque de repères invariables, soit faute d'avoir su combiner les couleurs de « manière à produire toutes les nuances, ces estampes n'ont offert que des « images confuses et monotones; et ce genre parait abandonné. »

« Un autre moyen plus usité consiste à imprimer avec une seule planche de « cuivre gravée au pointillé, et à encrer, en diverses couleurs, par une méthode ■< fort longue, et qui exige une grande adresse de la part de l'imprimeur. Ces « impressions , malgré les peines que donne leur exécution , sont privées de tein- « tes fines et fondues, et exigent encore des retouches à la main ; aussi ne sont- « elles employées que pour des ouvrages de botanique ou des images plus ou « moins communes; mais elles n'ont aucun mérite artistique, et coûtent encore ■ assez cher. »

« La Lithographie a également entrepris la tâche de produire des estampes « en couleurs. On doit à plusieurs lithographes d'Allemagne, et notamment à « M. Hildebrand , de Berlin , des ouvrages d'ornemens en couleurs, d'une préci- « sion admirable ; mais les procédés employés n'ont pas reçu de nombreuses «applications. M. Hildebrand imprime entre autre, chaque nuance avec une « planche particulière; de là l'obligation, pour certains dessins , d'un nombre « assez considérable de planches, quelquefois jusqu'à douze ou quinze, ce qui « rend cette impression chère et difficile; ensuite la nécessité de se borne! à ne .. reproduire que des objets où les nuances sont coupées net, et séparées les unes «des autres, comme les ornemens, par exemple. Mais, à notre connaissance, <i on n'a ]>oint encore produit, en couleurs, «les paysages, des figures, ou au- <■ très dessins qui exigent des nuances dégradées à l'infini. »

« \jk Société d'encouragement de l'aris, sentant toute l'importance d'un bon « procédé d'impression en couleurs, a proposé en 1828 un prix de 2000 fr., ajn « pliqué à cette recherche. Le prix est resté au concours; mais sans résultat. »

« 11 paraît donc positif que, jusqu'à présent, il n'a existé encore, ni en litho- « graphie, ni en gravure , aucun bon procédé pour obtenir des impressions « coloriées ayant une valeur artistique, et n'exigeant point de retouche. Nous « pouvons déclarer que , dans notre conviction , ce procédé existe aujourd'hui , « et que l'invention de M. Engelmann , dont nous avons vu avec étonnement et « admiration les premières applications , offre les avantages suivant : »

« 1° Tout artiste qui sait manier le crayon lithographique, et a le sentiment « des couleurs, peut à volonté produire, en couleurs variées, ce que jusqu'ici , « on n'a pu rendre qu'en noir. »

« Au moyen d'une combinaison nouvelle des couleurs, il peut, avec facilité, « dégrader les teintes, fondre les nuances les unes dans les autres et, enfin, « obtenir tous les effets d'un dessin en couleurs , quel qu'il soit. »

« 2° L'impression en couleurs est basée aussi sur des moyens mécaniques préci cis et sûrs, qui |>ermettent de la confier à tout ouvrier lithographe. »

« 3° I,e procédé est moins dispendieux que tous ceux qui sont à notre con- « naissance; car un imprimeur, qui n'était pas encore exercé à ce genre de tra- « vail, fait déjà 100 gravures coloriées par jour. »

« La Lithographie en couleurs , ou autrement dit , la Chmmolithogmphie «(c'est le nom que lui donne M. Engclmann :, est sûrement destinée à un « brillant avenir. Nous avons déjà vu des paysages, portraits, intérieurs, etc., « qui doivent composer un album chromolithographique, réunion des premiers « essais de cet art nouveau; et le public, qui sera appelé à le juger bientôt, ra- « titi. ru les éloges que nous lui donnons ici; car ces essais sont déjà d'une grande « perfection, et c'est avec bonheur que votre comité des beaux arts a prévu, « en les voyant, l'essor rapide de la Chromolithographie. C'est dans la plus fer- « me conviction de ces progrès, qu'il désire voir concourir à son développement m le talent de nos artistes distingués. Entre leurs mains, la Chromolithographie « aura bientôt atteint le degré de perfection de la Lithographie, si admirée au- « jourd'hui ; son application s'étend à une foule d'objets que nous ne pouvons « énumérer ici, et elle doit être une source nouvelle de progrès pour le pays, « de travail pour les artistes, de jouissances pour les amateurs. »

« Il était réservé à M. Engelmann, qui a fondé en France le premier établis- « sèment lithographique, qui a consacré vingt ans de sa vie au perfectionne- « ment d'un art dont l'influence civilisatrice a été immense, qui a associé ainsi « son nom à tous nos progrès, qui a enrichi les pays civilisés des plus belles pro- « ductions de cet art si jeune encore et pourtant déjà si parfait ; il était réservé, « disons-nous , à notre modeste et ingénieux concitoyen, de couronner tant « d'honorables travaux, tant d'efforts désintéressés, par une invention qui ou- « vre une ère nouvelle à la Lithographie, un champ nouveau à ses progrès, un « champ plus vaste encore que celui qu'elle a déjà parcouru. »

La Société industrielle, qui a la louable habitude de mettre une extrême réserve dans la distribution de ses récompenses, laissa écouler un temps suffisant,

après la lecture de ce rapport, pour s'assurer si la nouvelle découverte juslifierait toutes les espérances que son comité des beaux arts avait conçues. Elle voulut voir si la Chromolithographie, effectivement susceptible de nombreuses applications, pourrait rendre de notables services aux arts, et si elle deviendrait une véritable branche d'industrie, en exploitation .régulière. Ce n'est que dans sa séance du 13 Juin 1S38 que, sur un nouveau rapport de son comité, elle me décerna une médaille d'or. Je rappellerai ici quelques unes des paroles de M. le rapporteur.

Extrait du rapport du comité des beaux arts de la Société industrielle de Mulhouse, lu à la séance générale du 1 3 Juin 1 838.

a En Mars 1 837 , votre comité des beaux arts , après avoir vu l'application de « la méthode, dans les ateliers d'impression de M. Engclmann même, vous fit « un rapport sur cette notice (présentée par M. Engelmann). Votre comité vous « fit sentir de quelle importance était cette invention , et la perfection à laquelle « on pourrait arriver dans cette belle industrie. Son intention était dès lors de « vous proposer de décerner une médaille à l'inventeur de l'impression lithogra- « phique en couleurs variées et nuancées par gradation ; mais en garde contre « les inventions qui n'ont pas encore reçu d'application, il a préféré attendre, « avant de vous faire cette proposition , de voir des produits variés et plus en « grand. »

« Aujourd'hui, Messieurs, ce ne sont plus des essais que M. Engelmann vous « présente. Les dernières productions chromolithographiques que vous verrez « figurer à l'exposition , peuvent rivaliser facilement avec les plus belles aqua- « relies peintes à la main, tant par la variété et la combinaison des nuances, « que par le fini du dessin. L'inventeur a donc entièrement atteint le but qu'il « s'était proposé, et réalisé toutes les espérances qu'on pouvait fonder sur cette « belle découverte. »

C'est à la suite de l'exposition dont il est parlé dans ce rapport , que la commission chargée de juger les nombreux produits qui décoraient les salles de la Société industrielle, disait :

« La dernière feuille chromolithographique sortie des presses de M. Engel- « manu . et qui ornait notre salon, est surtout remarquable; c'est la vue d'un « moulin , au pied des Pyrennées. Ce petit tableau reproduit avec une merveil- « leuse fidélité les tons brillans et frais de l'aquarelle qui lui a servi de modèle, « et qui est due au pinceau d'un de nos premiers artistes en ce genre. »

La Société d'encouragement de Paris n'a pas jugé la Chromolithographie d'une manière moins favorahle. Le lecteur pourra s'en assurer par l'extrait suivant du Rapport sur le concours relati f à /'impression lithographique en couleurs, lu à sa séance générale du 17 Janvier 1838.

« Enfin sous le numéro 3, M. Engelmann a présenté un procédé entièrement a nouveau pour les principes sur lesquels il est fondé, et pour lequel le tirage i est absolument sans difficulté, n'exige de la part de l'ouvrier aucune connais- « sance ni aucune habitude, susceptible de procurer des épreuves toujours corn « parables à elles-mêmes, et dont le dessinateur est à même de déterminer à » volonté les effets, par la manière dont il exécute son dessin.

« Quoique faisant usage de plusieurs pierres, un seul ouvrier peut, avec ce « procédé, tirer au moins cent épreuves grand in-4° par jour, sans qu'il ait be- « soin d'aucun instrument ou machine qui ne se trouve dans toute imprimerie « lithographique; une presse ordinaire, une pierre et un rouleau, voilà tout ce « qui lui est nécessaire. »

« Le procédé de M. Engelmann , auquel il a donné le nom de Chromolitho- « graphie , n'a pas seulement été mis en usage pour quelques essais; des tirages « à plus de mille exemplaires ont eu lieu , et un membre de la commission , dé- « légué par elle à cet effet, a assisté aux opérations pendant plusieurs jours a consécutifs, et vérifié la régularité du travail. »

« Diverses pierres venant successivement apporter les teintes particulières « qu'elles sont destinées à fournir, le procédé ne peut réaliser les effets désirés a que par un rej>érage exact : celui auquel M. Engelmann est parvenu par un a moyen extrêmement simple, offre de grands avantages, et permettra d'exé- « enter des objets très-délicats. »

« Plusieurs dessinateurs lithographes ont déjà fait l'application de leur talent « au procédé de Chromolithographie. Le conseil a sous les yeux des épreuves de « lithographies de MM. Grenier, Villeneuve, /'iennat, Fechner; des dessins d'or- « nemens de l'ouvrage de M. Ilittorf ; des vues de Suisse , formant la continua- " \ion d'une collection de lithographies coloriées au pinceau; des imitations « d'anciens vélins, des cartes de visite, etc., qui prouvent déjà la variété des su- « jets qu'on peut traiter par ce procédé, et montrent facilement combien il peut « produire d'effet, lorsqu'il se trouve entre les mains d'artistes habiles. »

« La commission ne doute pas que, pour des objets d'histoire naturelle, le « procédé de M. Engelmann n'offre de très-grands avantages, en permettant de « les présenter avec les couleurs et les teintes variées qui les caractérisent. »

« Le programme exigeait comme condition , que le procédé présenté fournît i au moins mille épreuves , soit terminées , soit assez avancées pour que l'on « pût à jh»u de frais terminer le coloriage. »

« M. Engelmann a fait plus : ses épreuves n'exigent aucune retouche ; le ti- « rage est comparable dans toutes ses parties, et c'est par plusieurs mille, qu'il « peut élre fait. »

« Le programme demandait encore que le procédé fournit des résultats moins « dispendieux , sans être moins parfaits que ceux que l'on obtient par l'impres- « sion en couleurs sur cuivre. »

.< Des épreuves d'une même collection , coloriées par le procédé ordinaire et « fournies par la Chromolithographie, présentent les résultats suivans : les pren mièrcs coûtent 2 fr. 40 cent.; les dernières reviennent à 1 fr. 25 cent.

« Par tous ces motifs, votre conseil d'administration vous propose de déeernerà M. Engelmann le prix de 2000 fr. pour l'impression lithographique en « couleurs. » — Approuvé en séance générale.

Ijx Lithographie en noir me semble arrivée aujourd'hui à un tel point de perfection , que je crois peu probable qu'elle puisse jamais livrer des épreuves sen- . siblement plus belles que celles qui sortent à présent de certains ateliers. Je ne doute pas qu'on ne trouve par la suite des moyens de production plus réguliers et plus économiques; mais sous le point de vue artistique, la Lithographie en noir me paraît arrivée à peu près à son apogée. C'est donc, si j'ose m'ex primer ainsi, un art fait, dont les procédés sont devenus susceptibles d'une discussion théorique. Le moment m'a donc paru opjiortun pour publier un Traité théorique et pratique île la IJlhographic en noir. Cet ouvrage est le fruit d'une expérience de plus de vingt années, et de mes constantes méditations. Puisse-t-il être utile à mes nombreux confrères, et contribuer à répandre et à perfection* ' ner un art auquel j'ai voué ma vie.

1-1 découverte de l'impression en couleurs ouvre à cet art une voie nouvelle, bien plus étendue «pie celle qu'il a parcourue jusqu'ici , et qui conduira à un bien plus grand nombre d'applications utiles. On a vu par les différens rapports que j'ai cités, tous les services que peuvent en attendre les sciences et les arts; et je suis persuadé que le public ne trouvera par la suite rien d'exagéré dans ces prévisions , lorsque les productions de la Chromolithographie seront plus répandues qu'elles ne peuvent l'être dans ce moment, à une époque encore si rapprochée de la naissance de ce procédé.

C'est aussi parce que la Chromolithographie est une invention toute récente.

que je n'en parlerai pas dans ce livre. Outre que des engagemcns pris avec diverses personnes ne me permettent pas de rien publier à ce sujet , dans ce moment , je n'aurais pu donner encore que des recettes à cet égard ; et on verra par la lecture de ce livre, que ce n'est point ainsi que j'entends la description d'un art. Comme je l'ai déjà dit , je ne me suis décidé à écrire ce traité de la Lithographie en noir, que lorsque cette industrie m'a parue assez avancée pour présenter un ensemble scientifique; et je ne me déciderai à ajouter à cet ouvrage ce qui concerne la Chromolithographie , que lorsqu'elle sera arrivée , sous ce rapport, au même point de j>erfection que sa sœur aînée.

En publiant ces deux premiers ebapitres de mon livre, je m'étais imposé la tâche de dire tout ce que j'ai pu recueillir sur l'histoire de la Lithographie , sur l'auteur de sa découverte , et sur la part plus ou moins large qu'ont prise tous ceux qui ont contribué aux progrès et à la propagation de cet art si utile et si fécond. Cependant, quelque soin que j'aie employé à recueillir ces matériaux, quelque conscience que j'aie mise à les apprécier, je crains qu'il ne m'ait échappé bien des faits intéressans et plusieurs noms propres qui auraient mérité d'être cités avec honneur. Aussi recevrai-jc avec reconnaissance tous les renseignemens nouveaux qui me seront adressés, soit pour compléter ce que j'ai écrit, soit pour rectifier quelque erreur involontaire; et je prends ici rengagement de les communiquer aux souscripteurs, avec la dernière livraison de cet ouvrage, si on veut bien mettre quelque empressement à me les faire parvenir.

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