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CORPS SIMPLES

Oxigène.

Parmi les corps de la nature, les uns sont solides, comme les pierres, le bois, le fer; d'autres sont liquides, comme l'eau, l'huile, l'essence de térébenthine; d'autres enfin sont gazeux , comme l'air. L'oxigène est dans ce dernier cas , et il fait lui-même partie de l'air, dans la composition duquel il entre pour un cin-

i|uieme; tandis que les quatre autres cinquièmes sont formés d'un autre corps simple, aussi gazeux, appelé azote. C'est l'oxigène qui est la partie respirable de l'air; c'est lui qui fait brûler le bois, le charbon , etc.; de sorte que là où il n'v a pas une quantité suffisante d'oxigène, aucun animal ne peut vivre, aucun combustible ne peut brûler.

Ce gaz a une grande tendance à s'unir avec la plupart des autres corps. Quand les métaux se rouillent à l'air, c'est parce qu'ils se combinent avec de roxigèiie;aussi, lorsqu'on donne de la rouille à un chimiste, il peut en retirer de l'oxigène et du métal.

Il serait superflu de décrire ici les divers procédés dont on peut faire usage, pour se procurer de l'oxigène pur, tel qu'il faut l'avoir pour étudier ses propriétés. On a reconnu que c'est un gaz transparent, sans couleur et sans odeur, comme l'air.

Chlore.

Le chlore est un gaz jaunâtre, d'une odeur forte et particulière, qu'il faudrait bien se garder de respirer en grande quantité, car il | ►minait occasionner alors des accidens très-graves. Il est soluble dans l'eau , et sa dissolution jouit de la propriété de détruire les couleurs végétales. Ainsi , en plongeant par exemple un morceau d'indienne dans de l'eau chlorurée, et en l'y maintenant pendant quelques instants, on en voit disparaître toutes les couleurs dont l'origine est végétale. Si même le contact est trop prolongé, le coton peut être profondément altéré.

L'emploi de cette eau chlorurée étant fort incommode, à cause de la forte odeur qu'elle répand , il vaut mieux faire usage de chlorure de chaux , espèce de poudre blanche, qu'on trouve à se procurer facilement dans le commerce. C'est une combinaison de chlore et de chaux, soluble dans l'eau, et jouissant des mêmes propriétés que le chlore. Le lithographe ]>cut s'en servir pour nettoyer de vieilles estampes, ou |x>ur y enlever des taches d'encre ordinaire à écrire, s'il y en avait. Ce procédé est fondé sur la propriété qu'a le chlore de détruire l'encre à écrire , tandis qu'il n'a pas d'action sur l'encre lithographique. Voici la manière d'opérer, que j'emprunte à M. Chevallier (i).

On se procure une caisse de bois blanc , dont le fond dépasse de un à deux

i l i Art de préparer les chlorures. Page 1 53.

pouces dans tous les sens la planche qu'on veut blanchir , et dont les parois ont an moins quatre pouces d élévation. {Planche 1., Fig. 1.) Cette caisse doit être ajustée sans aucun métal intérieurement. Les fentes doivent être enduites de lut à la chaux , afin qu'elles puissent retenir les liquides. Vers l'un des angles est placé un tube, pour l'évacuation des liquides; ce tube est fermé par un bouchon de liège. Sur l'une des parois, et à l'intérieur, est fixé un tube en bois d'un diamètre suffisant pour recevoir la douille d'un entonnoir de verre. Ce tube ne descend pas tout à fait jusque sur le fond intérieur de la boîte. A la distance d'un pouce du bord inférieur sont placés des liteaux de bois, reposant sur des taquets , aussi de bois, de six lignes de hauteur. Ces liteaux sont remplis de chevilles de bois, placées à une distance d'environ deux jKiuces les unes des autres. On tend fortement un filet blanc à larges mailles, à l'aide des chevilles. On place sur ce filet la planche à nettoyer, et on la recouvre d'un autre filet aussi tissu en fil non coloré. Ce filet est tendu de la même manière que le premier.

La planche étant ainsi placée, on prépare une solution de chlorure de chaux, dans le rapport d'une livre de chlorure pour quatre litres d'eau. On délaie le chlorure dans l'eau, on laisse déposer, ou tire à clair et on filtre. On traite le résidu par un cinquième litre d'eau ; on laisse déposer de nouveau , on tire à clair, on filtre, on réunit cette solution à la première. Lorsque la solution est préparée , on l'introduit dans la boite. Elle se répand sur toute la surface, et immerge la planche. On continue de verser du liquide, jusqu'à ce quelle en soit recouverte, et qu'il y en ait au-dessus une couche d'au-moins un demi-pouce. On laisse séjourner le chlorure sur la planche , jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment blanchie. Alors on débouche le tube cpii laisse écouler le chlorure. On referme. En se servant de l'entonnoir, on ajoute de l'eau j>our recouvrir la planche, et la laver. Au bout de quelques minutes on retire l'eau, et on répète plusieurs fois ce lavage. Lorsque la planche est bien nettoyée, on la laisse sécher en partie sur le filet. Lorsqu'elle est presque sèche, on l'enlève, on achève de la faire sécher en la plaçant entre deux cartons et à la presse. I-a planche est devenue aussi belle qu'au moment de son tirage. Quelquefois même le papier, qui devient d'une grande blancheur, fait ressortir le noir d'impression , et donne à la planche un nouveau prix.

Iode.

Solide, d'un gris noirâtre, d'une odeur qui rappelle celle du chlore; entre dans la composition de Xhydrioâate de potasse , substance qu'on peut acheter eu

dissolution chez les pharmaciens , et qui jouit de la propriété de rendre d'un beau bleu l'amidon avec lequel on le met en contact. Cette solution peut être utile au lithographe pour reconnaître la présence de l'amidon , dans quelques cas, que j'aurai soin d'indiquer.

Carbone.

Les chimistes ont donné le nom de carbone à la matière qui constitue presque entièrement le charbon. Ce corps est un des plus répandus de la nature. Outre qu'il existe dans un grand nombre de minéraux, il entre dans la composition de toutes les substances végétales et animales, sans exception. Ce qui ne manquera pas de surprendre les personnes qui sont tout à fait étrangères aux considérations chimiques, ce sera d'apprendre que le diamant est du carbone pur, qui ne diffère que très-peu du charbon ordinaire dans sa composition , quoiqu'il en diffère entièrement par son aspect , et surtout par son prix. Ceci n'a pourtant rien de plus extraordinaire qu'un autre fait bien familier. A coup sûr celui qui verrait de la neige pour la première fois de sa vie, et sans en avoir jamais entendu parler , ne se douterait pas que cette neige n'est que l'eau. Il faudrait donc bien se garder de vouloir juger à la simple vue, de la nature intime des corps. Ainsi nous avons déjà vu que le vermillon , qui est d'un rouge si éclatant , est composé de soufre , qui est jaune , et de mercure , qui est gris d'argent.

De tous les états sous lesquels on rencontre ordinairement le carbone, il en est un surtout qui intéresse le lithographe , je veux dire le noir de fumée , dont il importe de parler avec détail.

Le carbone est employé comme couleur , et fournit diverses variétés appelées noir de fumée , noir de pèche , noir de Francfort , noir d" Espagne , noir de lampe, noir d'ivoire , etc. Ces variétés diffèrent entre elles, soit à cause du procédé de carbonisation employé , soit par la nature de la substance carbonisée.

Le noir de fusain se fait avec les jeunes branches de l'arbre qui porte ce nom. On place «les baguettes de ce bois dans un creuset, sur lequel on met un couvercle. On lute ce vase, c'est-à-dire qu'on fixe le couvercle au creuset, au moyen de terre glaise, afin d'empêcher le libre contact du bois avec l'air extérieur; car sans cette précaution, il se réduirait en cendres. Cependant, il faut avoir soin de ménager quelques petites issues , pour le dégagement des gaz qui se formeront pendant l'opération. On évite par là la rupture de l'appareil. Cela fait, on

place le creuset dans le feu, et on le chauffe au ronge. Après le refroidissement, on retire les baguettes de charbon , et on les livre au commerce. A cause de leur grande facilité à s'effacer, elles servent de crayons pour dessiner des esquisses. Comme ce charbon est très-tendre, on lui donne quelquefois du corps en le plongeant dans du suif ou de la cire fondus.

Le noir de vigne est fait avec des sarments; celui de pèche avec les noyaux de ce fruit ; celui $ ivoire avec des débris dos ; celui d Espagne avec des rognures de liège. Le premier et le dernier sont très-doux, très-fins et ont un reflet brun. Les autres sont plus durs; mais deviennent très-fins quand ils sont broyés, et donnent des reflets bleuâtres. Tous les quatre se préparent par la calcination dans un creuset, des diverses matières indiquées.

Le noir d'Allemagne ou de Francfort est tout à fait différent. C'est une espèce végétal de charbon employé comme couleur, principalement par les imprimeurs en taille douce. On le prépare en introduisant de la lie de vin et des rafles ( grappes de raisin dépouillées de grains ) , dans de grands creusets , sur chacun desquels on lnte un couvercle, qui s'oppose à l'accès de l'air; après quoi on chauffe jusqu'au rouge. D'autres fois, on obtient ce noir en carbonisant un mélange de grapi>es de raisin , de lie de vin desséchée , de noyaux de pèche et de débris d'os ou de rapures d'ivoire, en proportions variées, suivant qu'on désire donner au noir un reflet bleuâtre ou jaunâtre. Comme ce noir renferme des matières solubles, provenant de la lie de vin , il a besoin d'être bien lavé avant l'emploi.

Le noir tle fumée étant un objet d'une vaste consommation, se prépare en grand par différents procédés que je vais décrire successivement.

La manière la plus anciennement employée, et en même temps la plus simple, consiste à brûler imparfaitement de la poix, de la résine ou du goudron , et à recueillir la fumée noire et épaisse qui en résulte. Ces divers corps se retirant surtout des pins et des sapins, on conçoit que c'est dans les contrées où ces arbres croissent en abondance, qu'il peut y avoir de l'avantage à se livrer à ce genre d'industrie. I,a figure 2 de la planche 1 , représente l'appareil ordinairement en usage. Il se compose d'une chambre ou tour cylindrique, dans laquelle peut se momoir un toit conique en toile C, percé d'un trou à son sommet, et servant à la fois de cheminée pendant la combustion, et de racloir, lorsque l'opération est terminée. Au sommet de ce cône est fixée une poulie A, sur laquelle passe une corde AB, qui permet de le monter et de le descendre à volonté. La base du cône ayant presque le même diamètre que la chambre, il en résulte que, quand on le fait descendre, ses bords rasent les murs, et déta-

chcnt tout le noir de fumée qui s'y trouve déposé, et qu'on ramasse ensuite sur le sol. Les murs de la chambre sont tapissés intérieurement de peaux de mouton , ou de toiles grossières, afin de faciliter le déj>ôt tics flocons.

La combustion s'exécute dans un fourneau extérieur, dont le devant a trois ouvertures. La première D est celle du cendrier, la seconde E est le foyer : elle répond au niveau de la grille F, sur laquelle on place le bois. 1a troisième G est celle par laquelle on introduit dans la chaudière H, les matières résineuses dont la combustion produit le noir de fumée. lorsque la marmite est suffisamment chaude, on enflamme la vapeur épaisse qui se forme à sa surface, et l'opération marche alors d'elle-même. L'expérience apprend bien vite à connaître les dimensions qu'il convient de donner aux issues pour l'entrée ou la sortie de l'air. 11 est important que l'air n'arrive pas en quantité suffisante pour brûler tout le carbone; l'o|>ération ne pouvant réussir qu'autant que la combustion est imparfaite.

Depuis plusieurs années, on a employé à la même fabrication les résidus de goudrons végétaux, de bitumes, etc. J'emprunte au Dictionnaire technohigitjue (i ; la description des appareils qu'on emploie à cet usage. L'un de ceux qui ont produit de bons résultais en grand , consiste en une série de chambres en briques bien cuites, voûtées A, A ( Planche 1 , Fig. 3 '), et dont tous les joints à la chaux, ou au ciment fin, sont parfaitement lissés à la truelle. Toutes ces chambres communiquent entre elles par des ouvertures latérales R ; à l'une de leurs extrémités est une cheminée C, adossée à un four qui détermine un tirage, et par suite un appel dans toutes les chambres, et jusque dans le fourneau E qui les alimente. Ce fourneau se compose d'une capsule en fonte E, plus ou moins grande , placée sous une voûte F. 1a capacité G, comprise entre la voûte, la capsule cl les parois latéraJes , communique avec la première chambre par un tuyau en tôle II, et, du coté opposé, avec l'air extérieur, par une ouverture I. Ce tuyau fait l'office de réfrigérant et de condensateur , afin de retenir quelques produits liquides qui s'écoulent par un ajutage J dans une cuvette K. Le noir le plus grossier se recueille dans le tuyau , qu'il faut nettoyer fréquemment. On obtient le noir graduellement plus beau et plus fin, dans les chambres qui s'éloignent de plus en plus du four à combustion. On conçoit en effet que le noir doit être entraîné d'autant plus loin , qu'il est plus léger.

i Tom XIV. Pag. ,',incl sui». Art. soins , de M. Payen.

Pour brûler des huiles fixes ou des graisses fluides, on peut remplacer le four par une sorte de grand quinquet à plusieurs bras, dont le niveau est maintenu dans un grand réservoir. La flamme des becs est réunie dans un grand chapeau conique en tôle qui, se recourbant convenablement, conduit la fumée dans les chambres.

En Angleterre , on fait usage d'un appareil fort simple et très-commode , pour recueillir le noir de fumée échappé de la première chambre, au point où la fumée est assez refroidie pour ne pas brûler les tissus végétaux.

Cet appareil se compose d'un grand nombre de sacs A, A , A, A ( Planche 1 , Fig. \ ), de 8 à 9 pieds de haut et de 3 pieds de diamètre, communiquant d'abord avec la chambre, à l'aide du tuyau en cuivre R, puis entre eux alternativement par la partie supérieure, à l'aide d'une calotte en feuille de cuivre C, et par le bas, au moyen d'un tuyau D. Une cheminée d'appel E, située à l'extrémité de l'appareil, détermine la fumée à suivre tous les détours que lui présentent ces dispositions.

Le dépôt de noir de fumée dans ces sacs se fait d'autant plus complètement, qu'ils sont plus nombreux. Un cercle en cuivre G, adapté à leur partie inférieure , et qui s'ouvre et se ferme à l'aide d'un couvercle à poignée , rend trèsfacile la récolte du noir. 11 faut battre les sacs pour faire tomber le noir au fond, avant d'ouvrir les couvercles pour le retirer. On remarque que ce produit est fractionné d'une manière très-méthodique , progressive suivant sa ténuité.

Dans les environs de Sarrebruck, on fabrique le noir de fumée au moyen de la combustion imparfaite de la houille. J'emprunte la description du procédé employé, à un mémoire de M. Duhamel fils(l). L'appareil se compose essentiellement d'un long canal incliné qui sert de foyer; d'une vaste chambre voûtée, où se dépose d'abord le noir de fumée; d'une chambre plus petite où s'achève le dépôt, et dont les ouvertures règlent le tirage; enfin d'une dernière chambre placée au-dessus de la précédente, et servant «le cheminée. Voici du reste quelques détails importants à connaître.

A {Planche 1 , Fig. 5), foyer dont le sol est formé de briques, ainsi que les côtés et la voûte. O, ciment d'argile et de paille hachée servant à empêcher l'écartement de la voûte. B, petits murs entourant le fossé C, destiné à rece-

(i) Annale» d<s mine», iom. X. N° 55.

voir le coke (i), qu'on retire toutes les cinq heures du foyer. D, forte barre de fonte, divisant l'orifice du foyer en deux portions presque égales. La moitié supérieure est maçonnée en briques avec de l'argile fondant l'opération. S, chambre destinée à recevoir la majeure partie du noir de fumée. E, trou pratiqué au milieu de la voûte ; il est fermé par une pierre plate pendant l'opération, et ne s'ouvre que lorsqu'elle est finie, afin de rafraîchir la chambre S et le cabinet F. G et II , deux trous pour le passage de la fumée dans le cabinet F. Le premier est plus élevé , afin qu'un homme puisse y passer. I , trou servant de communication entre le cabinet F, et la cheminée K.L, sac en canevas, recouvrant ce trou ; il est soutenu verticalement à l'aide d'une corde M, et retenu solidement autour de sa base.

On place la houille en petits tas, près de l'orifice du fourneau, comme on le voit dans la figure 5. On y met le feu à l'aide d'un peu de bois sec ; quand il est bien allumé, on étend la houille embrasée avec un long ràble de fer, et on renouvelle cette opération de temps en temps , pendant cinq heures. Alors la houille qu'on a employée est à l'état de coke. On la retire , et on la fait tomber (à l'exception d'une petite quantité nécessaire pour allumer la nouvelle houille) dans la fosse pratiquée au-devant et au-dessous du fourneau, où on l'éteint avec de l'eau. On recharge le fourneau d'une quantité de houille fraîche, égale à la première, et on continue l'opération de la même manière pendant vingt jours.

À mesure que se fait la combustion de la houille, la fumée passe par le prolongement du fourneau, se rend dans la grande chambre S, où elle déjwse la plus grande partie du noir qu'elle contient. Elle continue ensuite son cours par les ouvertures G et H, pour arriver dans le cabinet F, où elle en laisse précipiter encore. Ensuite elle s'élève dans la cheminée K, par le trou 1 , pour se perdre daiM l'atmosphère. Mais comme, dans ce trajet, elle ne se dépouille pas entièrement du noir de fumée, dont une partie échapperait avec elle, on recouvre le trou d'un sac de toile très-claire, qui sert de crible à la fumée. On conçoit aisément que lorsque ce sac est tapissé intérieurement de noir de fumée, la circulation de l'air dans le fourneau, et par conséquent l'activité de la combustion de la houille, se trouve ralentie. Pour la ranimer, le chauffeur saisit l'extrémité de la corde M, qui, en passant sur les poulies N , N , se prolonge

(i) Lorsque, par la distillation, on a débarrassé la houille de toute* ses parties volatiles, il reste «ne matière spongieuse, grisâtre, d'un aspect métallique, friable, lôgére, qu'on appelle coke.

jusqu'au-devant du foyer. 11 lui imprime une secousse semblable à celle qu'on fait éprouver à un cordon de sonnette , et agite ainsi le sac , pour le dépouiller du noir qui tombe au fond du cabinet. Tous les vingt jours on ramasse le noir qui se trouve dans la ebambre et dans le cabinet.

Le noir de fumée qu'on obtient ainsi de la bouille est grossier, et ne pourrait servir au lithographe. Toutefois, il me semble qu'on pourrait obtenir par ce moyen du noir de bonne qualité , en remplaçant le cabinet F , par une suile de sacs, selon la méthode anglaise. Le produit se trouvant beaucoup plus fractionné, les derniers sacs contiendraient probablement un noir aussi fin que les précédens.

Quel que soit au reste le procédé employé pour obtenir le noir de fumée, celuici n'est jamais complètement pur. M. Braconnot, qui en a fait l'analyse, y a trouvé près de 21 pour 100 de matières étrangères. Parmi ces matières, il faut remarquer surtout une substance résineuse, qui ne permet pas de le mêler directement à l'eau. Mais cette substance étant soluble dans l'csprit-de-vin , ou dans l'eau-de-yie, il suffît d/humecter le noir avec l'un de ces deux liquides, pour le rendre miscible avec l'eau. C'est ainsi qu'on agit pour les couleurs en détrempe.

Le noir- de fumée , préparé par un des moyens ci-dessus indiqués , s'emploie tel qu'il est recueilli , pour divers usages, et notamment dans la peinture en bâlimens, la préparation de l'encre d'imprimerie, etc. Pour quelques autres emplois, la proportion notable d'eau, et de matière huileuse ou résinoïde qu'il contient, serait nuisible; dans la composition de l'encre lithographique, par exemple.

On voit, d'après ce qui précède, qu'on doit trouver plusieurs sortes de noirs dans le commerce. Le plus commun est celui d'Allemagne, toujours à bas prix, et bon seulement pour les ouvrages les plus grossiers. Etant préparé avec peu de soin, il contient toujours du sable et de la lerre, qu'on racle des murs des bâtimens dans lesquels on le prépare, en enlevant le noir. Le meilleur noir est celui de Paris. 11 est plus cher; mais il est préparé avec beaucoup de soin. On se le procure en bridant divers résidus de matières grasses dans des cheminées qui s'élèvent en zig-zag, à des hauteurs assez considérables. Celui qu'on retire des parties supérieures de ces cheminées est le plus fin.

Si pour préparer l'encre lithographique, on emploie les noirs de fumée tels qu'ils se trouvent dans le commerce, les épreuves prennent un ton brun, qui augmente avec le temps, et qui est dû aux parties grasses qu'ils contiennent.

Pour obtenir de belles épreuves, qui conservent leur couleur noire, il est nécessaire de soumettre d'abord ces noirs aune calcination. Il y a différentes manières de procéder à cette opération. Comme il est difficile d'empiler le noir dans des creusets, de sorte que ceux-ci en contiennent une certaine quantité, quelques imprimeurs l'humectent préalablement avec du vinaigre ou de l'eau-de-vie, pour en faire une pâte très-épaisse qu'ils empilent alors dans les creusets. Lorsque ceux-ci sont pleins, on les ferme avec un morceau de brique, qu'on lute avec de la terre grasse, de manière à ménager quelques légères fissures, pour le dégagement des gaz. Ensuite on les donne à un potier, pour qu'il les place dans son four, en même temps que ses poteries. Ce moyen peut être bon , lorsqu'il ne s'agit que de petites quantités ; mais si on devait calciner des masses considérables de noir de fumée, il faudrait avoir recours à une méthode plus expéditive. Voici celle que j'ai imaginée, et qui réussit complètement.

On fait construire un cylindre en tôle de fer assez forte A (Planche II. Fig. \), divisé dans sa longueur en deux parties, réunies par une charnière C D. Les deux demi-cylindres portent, au côté opposé à la charnière, les tubes E, qui se correspondent et forment une seconde charnière, lorsque le cylindre est fermé. Dans cette position, on y enfonce une tringle à anneau F, pour les maintenir, et on remplit ce tuyau de noir de fumée. A cet effet, on pose son extrémité inférieure sur un billot, et, après y avoir introduit du noir préalablement humecté, on présente à son ouverture supérieure un pilon de bois G, qui y entre aussi juste que possible. On frappe sur ce pilon avec un maillet, jusqu'à ce qu'on ait refoulé le noir au point qu'il ne se comprime plus. Alors on enlève la tringle F, on ouvre le cylindre, et on en retire la masse solide formée avec le noir comprimé. On prépare ainsi un certain nombre de ces cylindres de noir de fumée.

Cela fait, on dispose sur un Atre, qu'on a soin de bien nettoyer, deux petits fours qui se font en plaçant cinq briques de champ. {Planche II. Fig. 1.) Pour commencer l'opération, on allume quelques-uns des cylindres de noir «le fumée, en les posant sur des charbons incandescents, dans un réchaud à part. On les enlève ensuite avec des pincettes, et on les place au fond du premier four. On met sur ceux-ci une seconde couche de cylindres, en les croisant avec les premiers; puis une troisième et une quatrième couche. Toute la masse prend feu assez promptement. 11 se développe au commencement de l'opération une fumée jaune et épaisse qui diminue peu à peu, et finit par cesser entièrement. Lorsque toutes les parties grasses ou résineuses sont évaporées, le noir présente l'aspect d'un brasier incandescent, à l'exception de la quatrième couche, dont

la partie supérieure paraît encore noire. Alors, on enlève ceux-ci, on les place au fond du second fourneau, et on les recouvre de trois nouvelles couches de cylindres frais.

Pendant qu'ils s'allument, on ôte la brique de devant du premier fourneau , et , avec une pelle, on enlève le noir calciné. Dès que ce noir ne dégage plus aucune fumée, même lorsqu'on casse les morceaux , on le met dans un vase de métal muni d'un couvercle, qu'on place aussitôt, pour étouffer le feu. Lorsque le second fourneau ne donne plus de fumée, on enlève les cylindres supérieurs, on les place au fond du premier fourneau , on les recouvre de trois nouvelles couches de cylindres de noir, et on continue d'agir de la même manière, jusqu'à ce qu'on ait obtenu tout le noir voulu. Cette opération est prompte, ne coûte aucun combustible, puisque le noir brûle de lui-même (i), et peut être continuée tant qu'on veut. 11 faut laisser le noir couvert jusqu'à ce qu'il soit refroidi. Si on le découvrait trop tût, il suffirait qu'il fût resté la moindre étincelle pour que le tout reprit feu. Peut-être serait-il plus commode de n'employer qu'un seul fourneau plus élevé (Planche TL Fig. 'i), ouvert par le bas sur le devant. C'est par cette ouverture qu'on retirerait le noir déjà calciné, pendant qu'on continuerait à charger l'appareil par le haut.

Dans plusieurs traités on préconise le noir obtenu par la combustion de l'essence de térébenthine et de l'huile. Ce dernier surtout est recommandé, comme méritant une préférence marquée sur le noir de fumée. Lorsqu'on les compare directement à l'œil, il parait en effet plus beau; mais je n'ai jamais aperçu de différence entre les épreuves fournies par ces deux qualités; et comme d'ailleurs les noirs de térébenthine et d'huile sont fort chers, je pense qu'on doit accorder la préférence à celui de Paris , qui réunit une grande finesse à un prix modéré.

Quelques lithographes préparent eux-mêmes du noir de fumée très-fin, en brûlant de l'essence de térébenthine dans une lampe, sous un récipient en toile ou en carton. A cet effet, on place sur une table une feuille de papier, au milieu de laquelle on pose une lampe ordinaire, garnie d'essence de térébenthine, au lieu d'huile. On la recouvre d'un cylindre fait avec une feuille de carton, et qui a environ un pied de diamètre, sur trois pieds de haut. Ce cylindre est ou-

(i) H «I vrai qu'on perd un peu de noir par la combustion; mais cette perte est peu considérable.

vert par le bas, et fermé par le haut. On ne laisse qu'une très-petite ouverture entre la table et le boni inférieur du carton, une ligne ou deux environ; car moins la lampe reçoit d'air, plus elle donne de fumée, et par conséquent de noir. Il ne faut donc laisser arriver que tout juste la quantité d'air nécessaire, pour que la combustion continue. Au bout de quelque temps, l'intérieur du cylindre et la feuille de papier placée mit la table, sont couverts d'une couche de noir, qu'on enlève en le balayant avec une plume. J'ai obtenu par ce procédé 1 '/4 once de noir d'une livre d'essence de térébenthine. Ce noir reviendrait donc de 9 à 12 francs la livre, suivant le prix plus ou moins élevé de l'essence, tarèf en avoir recueilli une certaine quantité, il faut le calciner, comme le noir de fumée ordinaire. Ce noir de lanqH- est certainement le plus tin et le meilleur qu'on puisse obtenir; cependant je ne trouve pas qu'il diffère assez du noir fin de Paris, pour compenser son prix élevé. Si on \milait le préparer en grand, l'appareil figure 3 serait sans doute préférable à la cloche en carton.

Il ne faut pas confondre le uoir «le fumée avec la suie. Cette dernière est bien aussi le produit d'une combustion imparfaite; mais sa composition est pourtant très-différente.

Noir tf ii-otre.

On rencontre dans le commerce plusieurs qualités de noir d'ivoire, toutes obtenues par la calcina non en vases clos, de fragmeus d'ivoire, ou de morceaux d'os. La première qualité est fournie par les rognures d'ivoire mises au rebut par les tableticrs. Ce noir est le plus beau de tous; mais aussi il est le plus cher, à raison du prix élevé de la matière qui le fournit.

La deuxième qualité de noir d'ivoire se fabrique avec des os de pieds de moutons, bien propres et bien dépouillés.

La troisième qualité est obtenue avec des os divers, bien nettoyés; mais dont la contexture moins régulière ne permet pas de recueillir un noir aussi homogène dans toutes ses parties.

Enfin, la quatrième qualité se prépare avec les mêmes matières que les précédentes. Elle n'en diffère que par une ténuité moindre, résultant «l'un broyage moins prolongé.

Noir <r impression.

I^s imprimeurs en taille douce font usage d'un noir dit d'impression, qu'ils broient et délaient avec de l'huile de lin dégraissée. Ce noir diffère entièrement des précédents. On se le procure en calcinant au rouge-cerise un mé-

lange de potasse et de sang desséché, ou de déchets de cornes. On lave le résidu charbonneux qui en résulte, jusqu'à ce que l'eau sorte pure; puis on broie avec soin. Ce noir est très-fin, et parfaitement tenu; ce qui convient à l'usage auquel on le destine.

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