‹ Traite de lithographieChapitre 7 sur 63 · CORPS COMPOSÉS · texte numérisé non relu

CORPS COMPOSÉS

O.vides et acides.

L'oxigène jouit de la propriété de pouvoir se combiner avec tous les corps simples, sans exception. Les composés qui résultent de ces diverses combinaisons présentent quelques propriétés remarquables, qu'il importe d'autant plus au lithographe de connaître, qu'il emploie souvent plusieurs d'entre eux. T>es uns sont appelés acides', ils ont une saveur aigre, et rougissent le bleu de tournesol (i), lorsqu'on les met en contact avec cette couleur. Les autres ont reçu le nom A'oxides : ils sont en général sans saveur et sans action sur le tournesol. Cependant, parmi eux, quelques-uns sont solubles dans l'eau, ont une saveur très-marquée, et peuvent ramener au bleu le tournesol préalablement rougi par un acide. Ceux-ci sont désignés sous le nom particulier dV/A calis. Tels sont la soude, la potasse, la chaux, etc. Je donnerai quelques détails sur celles de ces substances acides ou oxides, dont le lithographe fait habituellement usage, soit pures, soit à l'état de combinaison.

Aciile carbonique.

C'est un gaz incolore, très-pesant, qui entre à peu près j>our '/mm dans la composition de l'air. Cet acide a une grande tendance à s'unir avec les oxides alcalins. On peut faire à ce sujet une expérience curieuse, intéressante pour le lithographe. On prend un flacon , dans le fond duquel on met de la chaux nouvellement éteinte, à peu près de l'épaisseur d'un doigt; puis on

(i) Il ne faudrait pas confondre la plante vulgairement appelée tournesol , qui porte de grandes fleurs sur une tige élevée, avec celle qui fournit U couleur dont il est question ici. Celte dernière est Une espèce de lichen, qui croit dans les pays roontuenx de l'Europe. C'est surtout en Auvergne que se préparent les pains <lc tottrnciol , dont on fait une assez grande consommation en France. Ce sont de petits parallélipipcdcs, qu'on fait macérer dans l'eau, lorsqu'on vent s'en servir. On obtient ainsi un liquide bleu, dont une goutte, mise en contact avec une goutte d'acide, devient rouge à l'instant. Si on trempe dans cette liqueur des bandes de papier blanc, elles y deviennent bleues et conservent cette couleur. Ce papier devient rouge par le contact d'un acide.

achève de remplir le flacon avec de l'eau, on bouche et on agite pendant quelques minutes. Cela fait, on laisse reposer l'eau, jusqu'à ce qu'elle soit tout à fait claire, et on obtient ainsi de Veau de chaux. On en verse un peu dans un verre, en agissant avec précaution pour ne pas la troubler; puis on soufle dans cette eau, au moyen d'un tube de verre, d'un chalumeau' de paille ou d'un tuyau de pipe. A mesure que l'air arrive, l'acide carbonique qu'il contient se combine avec la chaux; l'eau se trouble, devient laiteuse, et bientôt il se précipite au fond du verre une poudre blanche, assez abondante, dont la composition chimique est absolument la même que celle de la pierre lithographique.

L'acide carbonique résulte de la combinaison du carbone avec l'oxigène. C'est pour cela qu'il se développe avec abondance dans les lieux où on brûle du charbon; et comme ce gaz est impropre à la respiration, qu'il ne peut entretenir ni la vie ni la combustion, on conçoit pourquoi on est asphyxié, quand on se trouve dans une semblable atmosphère, et pourquoi les lampes ne peuvent pas y brûler.

Acide nitrique.

Cet acide se retire du salpêtre par des procédés que je ne pense pas nécessaire de faire connaître ici. C'est un liquide sans couleur quand il est pur, mais assez souvent légèrement coloré en jaune. Cette nuance peut même devenir assez foncée et tirer vers l'orange, si on expose le flacon à la lumière solaire/L'acide nitrique, appelé aussi cau~forte dans le commerce, est un j>oison violent. Il désorganise la peau. Si on en laisse tomber une goutte sur les doigts, il y occasionne un tache jaune-orangée, qui ne disparaît qu'avec la peau, qui tombe au bout d'un jour ou deux. Il ronge la plupart des métaux avec violence. On ne doit donc le manier qu'avec de grandes précautions. Celui qu'on achète dans.le commerce, marque habituellement 36 degrés au pèse-acides (i).

Acide sulfurique.

Liquide qui coule comme de l'huile, et se trouve dans le sulfate de fer, autrefois appelé vitriol vert. De là le nom d'huile de vitriol, que portait anciennement cet acide. C'est un poison dont l'action sur la peau est moins énergique que celle de l'acide nitrique. Il faut éviter de le mettre en contact avec les ma-

lt) Voir plus bas la description de cet instrument.

tières organiques (i), qu'il dénature promptemcnt. Si par exemple on plonge un petit morceau de bois dans de l'acide sulfurique, il devient noir au bout de quelques minutes.

Le lithographe n'emploie jamais l'acide sulfurique concentré; mais étendu d'une certaine quantité d'eau, que j'indiquerai par la suite. Pour que ce mélange d'acide et d'eau soit bien fait, il faut verser l'acide dans l'eau, et agiter. Sans cette précaution , l'acide, qui est bien plus pesant que l'eau, irait au fond sans se mêler. On remarquera qu'au moment où les deux liquides viennent en contact, il se produit une certaine effervescence et un bruit semblable à celui que produirait un fer rouge plongé dans l'eau. En même temps la température de la masse s'élève au point que, si on opère dans un vase en verre, celui-ci éclate quelquefois. Il sera donc prudent de ne verser l'acide que peu à peu, et de bien agiter chaque fois cpi'on en aura ajouté une dose nouvelle. L'acide sulfurique du commerce marque 66 degrés au pèse-acides.

Acide hjdrochlorique , ou rnuriatique.

L'oxigène n'est pas le seul corps qui, en se combinant avec un autre corps simple, puisse donner naissance à un acide. L'hydrogène (a) jouit quelquefois de la même propriété. Combiné avec le chlore, il forme l'acide hydrochlorique, ou rnuriatique. Cet acide, tel qu'on le trouve dans le commerce, est un liquide quelquefois incolore, d'autrefois jaunâtre. On le retire du sel ordinaire. Il répand dans l'air une grande quantité de vapeurs blanches, d'une odeur trèspiquante, lorsqu'on débouche les vases dans lesquels il est contenu. C'est un poison violent.

L'acide rnuriatique ne s'emploie guère en lithographie, qu'étendu de beaucoup d'eau; mais on n'a pas besoin, pour faire le mélange, de prendre les précautions que j'ai recommandées à l'article de l'acide sulfurique. Celui du commerce marque généralement 22 degrés à l'aréomètre, ou pése-acides.

Acides citrique et tartrique.

On retire du jus de citron et de la crème de tartre des acides particuliers, appelés citrique et tartrique, dont la composition chimique est un peu pins

(i) On appelle organiques les matière* qui proviennent des végétaux ou des animaux, (a) L'hydrogène est un gaz très-léger qui, lorsqu'il est pur, n'est employé qu'à remplir les aérostats. Combiné avec une proportion convenable de carbone, il forme le gai de l'éclairage.

complexe que celle des acides précédens. Ils sont formés l'un et l'autre d'oxigène , d'hydrogène et de carbone. On les trouve dans le commerce à l'état cristallisé, et, lorsqu'on veut en faire usage, il faut toujours commencer par les faire dissoudre dans l'eau. La quantité d'eau à employer dépend du degré de force dont on a besoin. Je la ferai connaître, quand je parlerai de l'emploi de ces acides.

Acide, acétique.

Il est la base du vinaigre ordinaire, et presque toujours le résultat d'une fermentation particulière qui s'établit dans les liqueurs spiritueuses. On le prépare sous divers états de concentration et de pureté, suivant les usages auxquels il est destiné. De là les expressions diverses de vinaigre ordinaire, de vinaigre distillé, de vinaigre radical, d'acide acétique proprement dit. On tire aussi de la distillation du bois un acide, qu'on appelait autrefois acide pyroligneux (i); mais qui n'est autre chose que de l'acide acétique.

Acide phosphorique.

Solide dans son état ordinaire, inodore, sans couleur, très-soluble dans l'eau , forme en s'y dissolvant un liquide très-acide, aussi sans couleur et sans odeur. Comparé aux autres acides dont j'ai déjà parlé, il est toujours fort cher, à cause du prix élevé du phosphore qui entre dans sa composition, et parce qu'on n'en prépare que de petites quantités.

Acides gras.

Les huiles et les graisses peuvent fournir différons acides qui jouent le rôle le plus important dans l'art de la lithographie. Ces acides se retirent des savons, lesquels, comme on sait, sont faits avec des matières grasses, et leur étude se trouve nécessairement liée à celle de ces corps. Ce sera donc seulement à l'article savon , que j'en parlerai avec tous les détails convenables.

Eau.

L'eau est un fluide transparent , incolore, sans odeur, sans saveur, susceptible de mouiller presque tous les corps. Les matières grasses, les feuilles de certaines plantes, et un petit nombre d'autres substances font seules excep-

(l) Il porte encore ce nom dans le

tion. C'est l'agent chimique le plus essentiel; sa présence est nécessaire à la plupart des combinaisons et des décompositions. C'est dans ce menstrue, que le lithographe fait dissoudre les alcalis, le savon, le chlorure de chaux, les acides tartrique et citrique dont il fait usage. C'est avec l'eau qu'il étend les acides sulfurique et muriatique, de manière à les réduire à l'état de force convenable. L'étude de ce liquide est donc très-importante.

Lorsqu'on chauffe un corps, il se dilate, ou augmente de volume, et cette dilatation est d'autant plus considérable, que le corps a été porté à une température plus haute. Ainsi une barre de fer qui aurait précisément un mètre de long à la température ordinaire, se trouverait avoir plus d'un mètre, si on la mesurait pendant qu'elle est rouge, en sortant d'un brasier. C'est par la même raison qu'on voit l'alcool ou le mercure monter dans le tube d'un thermomètre, à mesure que la température de l'air s'élève. Réciproquement, les corps se contractent, ou diminuent de volume par le refroidissement. Cette barre de fer, qui a plus d'un mètre pendant qu'elle est rouge, revient à sa première longueur, aussitôt qu'elle est froide; de même qu'on voit l'alcool et le mercure baisser dans le thermomètre, à mesure que l'air se refroidit.

L'eau jouit des mêmes propriétés; mais elle présente un fait très-remarquable dans son refroidissement. Les physiciens se sont assurés que l'eau diminue effectivement de volume, à mesure qu'elle se refroidit; mais seulement jusqu'à ce qu'elle arrive à la température de 4 degrés. Alors, à mesure que le refroidissement continue, elle commence à se dilater, et augmente ainsi de volume, jusqu'à ce qu'elle se congèle. La glace occupe donc plus de place que l'eau d'où elle provient; c'est pour cela qu'elle est spécifiquement plus légère que Peau, et qu'elle se maintient toujours à la surface. C'est donc à la température de quatre degrés que l'eau occupe le plus petit volume, et par conséquent que son poids spécifique est le plus grand. On dit qu'elle est alors à son maximum de densité. Dans ce cas, un litre d'eau pèse exactement un kilogramme. Toutefois, pour que ce poids soit exact, il faut que l'eau soit parfaitement pure; car lorsqu'elle est chargée de corps en dissolution , elle devient plus lourde. Un litre d'eau de mer , par exemple , pèse plus d'un kilogramme.

L'eau devient donc plus lourde, à mesure qu'elle est chargée de sels, ou d'autres matières solubles. C'est en se fondant sur cette propriété, que le lithographe s'assure du degré de force de certains liquides dont il fait usage, tels que les acides, les alcalis, etc. Avant de donner la manière d'opérer dans ce cas, je vais d'écrire d'abord l'instrument dont on fait usage, 11 porte le nom iVa-

to

réomètre. Il se compose d'un tube de verre { Planche II, Fig 4), renflé par le bas, et terminé par une boule dans laquelle on a mis du mercure ou de la grenaille de plomb, pour lester l'instrument. Sans cette précaution , il ne se maintiendrait pas verticalement dans les liquides où on le plonge. Si on place le tube dans de l'eau parfaitement pure, il s'y enfonce jusqu'au point marqué zéro. Puis si on le plonge dans un mélange composé de 81 parties d'eau, sur 15 parties de sel ordinaire bien sec, il s'enfonce jusqu'en un point qu'on marque du numéro 15. On conçoit en effet que, le liquide étant devenu plus pesant, l'instrument doit moins s'y enfoncer. On partage l'espace compris entre les numéros 0 «;t 15, en quinze parties égales, qu'on appelle degrés, et on continue k porter ces degrés tout le long du tube, comme on le voit dans la figure.

lorsqu'on veut faire usage d'eau acidulée, et qu'il importe de la prendre avec un certain degré de force, l'emploi de l'aréomètre devient fort commode. D'après ce que j'ai dit, l'instrument s'enfoncera d'autant moins que le mélange contiendra une plus grande proportion d'acide; de sorte que si on a indiqué d'avance le degré que le mélange doit marquer à l'aréomètre, on ajoutera de l'acide à l'eau jusqu'à ce qu'on obtienne oe degré. Cet instrument servant aussi à mesurer l'état de concentration des dissolutions salines, est souvent désigné dans les arts sous les noms de pèse-acides ou de pcse-sels . Lorsqu'on veut s'en servir, on met le liquide dans un vase en verre (Planche II, Fig. 5) appelle éprouvette, assez haut et peu large, fort commode pour cet usage.

L'aréomètre n'indique que la densité du liquide, et non la quantité proportionnelle d'acide qu'il contient. Ainsi, il ne faudrait pas croire qu'une eau acidulée, qui marque 4 degrés, renferme exactement deux fois autant d'acide que celle qui n'en marquerai) que 2. Lorsqu'on veut s'assurer de la quantité réelle d'acide contenu dans l'eau, il faut employer une autre méthode, plus compliquée; mais l'usage du pèse-acides suffit à tous les besoins en ce genre du lithographe.

Les eaux qu'on rencontre à la surface de k terre ne sont jamais parfaitement pures. Toutes contiennent une quantité plus ou moins considérable de corps étrangers, dont elles se sont chargées dans leur course. Heureusement les besoins de l'art que je décris ne nécessitent pas ce degré de pureté que pourrait exiger un chimiste pour ses recherches, et qui obligerait de rejeter toutes les eaux de la nature. Il suffit au lithographe que l'eau qu'il emploie ne renferme pas de matières hétérogènes en quantité et de nature telles qu'elles puissent nuire à ses oj>érations. Aussi me contenterai-je de lui fournir des moyens pro-

près à s'assurer de la présence des corps qu'on y rencontre le plus souvent, et qu'il a intérêt d'éviter.

Les substances que l'eau contient les plus ordinairement sont:

1° De l'acide carbonique libre;

2* De la cbaux combinée avec les acides carbonique, sulfurique et hydrochlorique; de manière à former du carbonate, du sulfate ou de l'hydrochlorate de chaux ( i ) ;

3° De l'hydrochlorate de soude (a) (sel ordinaire).

Lorsque l'eau rongit le papier bleu de tournesol, c'est une preuve qu'elle contient un acide libre, qui est le plus souvent de l'acide carbonique. Toutefois beaucoup d'eaux renferment de l'acide carbonique en quantité trop petite, pour que son action sur le tournesol soit sensible. Dans ce cas, le liquide devient louche, lorsqu'on y verse de l'eau de chaux. (Pour la préparation de l'eau de chaux, voyez ce qui a été dit à l'article acide carbonique.}

Le carbonate de chaux est naturellement insoluble, et ne peut être tenu en dissolution que par la présence d'une certaine quantité d'acide carbonique en excès. Si donc on chauffe cette eau, l'acide carbonique libre se dégageant, le carbonate de chaux se déjxîsera. On remarque que, dans ce cas, l'eau se trouble vers le point de son ébullition. Pour que le phénomène soit plus sensible , il faut opérer dans un ballon de verre ( Planche II , Fig. 6).

Du reste, pour s'assurer de la présence de la chaux, quelle que soit d'ailleurs la combinaison dans laquelle elle est déjà engagée, on met dans un verre un peu d'eau à essayer, on y verse un peu dammoniaque liquide, et ensuite quelques gouttes d'une dissolution doxalate d ammoniaque (3). Un précipité blanc fait reconnaître la présence de la chaux.

Pour reconnaître la présence de l'acide sulfurique, on ajoute à l'eau quelques gouttes d'une dissolution de nitrate ou dtiydrochlorate de baryte (3). Si effectivement l'eau contient de l'acide sulfurique, on obtient alors un précipité blanc qui ne disparaît pas, lorsqu'on ajoute à la liqueur un grand excès d'acide nitrique.

Pour savoir si l'eau contient de l'acide hydrochlorique, on y ajoute quelques

{ i ) On chlorure de calcium, (a) Ou chlorure de sodium.

(3) Ou peut acheter tf% once de cette matière che. un pharmacien. Elle est alors à 1 état solide.

gouttes d'une dissolution de nitrate d'argent (i), qui y occasionnent , dans ce cas, un précipité blanc, soluble dans l'ammoniaque.

Je ne dis rien de la soude, parce que, dans le cas où l'eau en contiendrait un peu, elle ne pourrait pas nuire aux opérations du lithographe. Il n'en est pas de même des matières cprécéitées demment. Il y a un grand inconvénient à employer, pour dissoudre le savon , des eaux chargées de sulfate ou de carbonate de chaux, qu'on appelle eaux séléniteuses , dures ou crues. Il se forme alors, par une raison que j'indiquerai à l'article savon, une multitude de petits grumeaux; ce qui fait perdre d'autant plus de savon, que l'eau est plus impure. Lorsqu'on a ajouté assez de savon pour qu'une nouvelle quantité ne fasse plus naître de grumeaux, il faut laisser reposer, puis décanter la partie claire. Cette eau est alors très-propre à dissoudre le nouveau savon qu'on y ajoutera.

Au Ueu de purifier l'eau avec du savon , il serait plus économique d'y ajouter un peu d'ammoniaque, et un peu d'une dissolution de sel de soude, corps qui porte en chimie, le nom de carbonate de soude, et qui est composé d'acide carbonique et de soude. Voici ce qui a lieu alors. L'ammoniaque se combine avec l'acide carbonique libre qui peut se trouver dans l'eau, et forme ce qu'on appelle du carbonate d 'ammoniaque , matière qui reste en dissolution dans l'eau; mais qui ne peut pas nuire. Le carbonate de chaux, qui ne se maintenait en dissolution que par la présence de cet acide libre, se précipite alors. Le carbonate, de soude agit ensuite sur le sulfate de chaux. Ici, l'action chimique est un peu plus compliquée, mais se comprendra facilement au moyen du tableau suivant :

„ , . | acide carbonique (a).

Carbonate de soude j , ...

( soude (b).

Sa*» .le chaux afJe SU"'"ri<lUe <b> ( chaux (a).

(a) Carbonate de chaux.

(b) Sulfate de soude.

L'acide carbonique (a), qui entre dans la composition du carbonate de soude, se combine avec la chaux (a) du sulfate de chaux, et forme du carbonate de chaux (a), qui est insoluble dans l'eau, et se précipite au fond du vase. En même temps, l'acide sulfurique (b)du sulfate de chaux se combine avec la soude (b) du carbonate de soude, pour donner du sulfate de soude (b), qui reste en dissolution dans l'eau; mais qui n'est pas nuisible.

(i) Voir la note 3 de la page précédente.

Après avoir laissé reposer la liqueur, on tire à clair, et on obtient un liquide dans lequel le savon se dissout très-bien. Toutefois je conseillerai aux lithographes de n'avoir recours à ce procédé que dans les cas extrêmes. S'il ne leur est pas 'possible de se procurer de l'eau de rivière assez pure, û vaudra beaucoup mieux pour eux faire une ample provision d'eau de pluie, chaque fois que l'occasion s'en présentera. Pour cela, ils la ramasseront dans des vases bien propres, et seulement après que les toits auront été convenablement lavés par les premières eaux. L'eau ainsi obtenue sera fdtrée à travers un papier non collé, et conservée dans des vases en terre ou en verre, bien bouchés. Elle dissout très-bien le savon.

On obtient aussi de l'eau pure, en faisant fondre de la neige, qu'on a soin de choisir bien propre; ou bien en distillant de l'eau dans un alambic ordinaire. Mais ce dernier procédé nécessitant des frais, parce qu'il exige une quantité considérable de combustible, on ne devra y avoir recours que lorsqu'il sera impossible de se procurer autrement de l'eau pure.

On sait aujourd'hui que l'eau n'est pas un élément, comme on l'a cru longtemps. Un savant anglais, Cavendish, en publia la composition en 1781. Cet illustre chimiste fît voir, au moyen d'expériences ingénieuses, qu'elle est composée de deux gaz, qui sont l'oxigène et l'hydrogène. Depuis, un grand nombre de chimistes se sont occupés des mêmes recherches, et il résulte de leurs travaux que l'eau est composée de

1 volume d'oxigène sur 2 volumes d'hydrogène.

Ainsi, pour se combiner avec un litre d'oxigène, il en faut deux d'hydrogène; mais il ne faudrait pas croire qu'avec cela on obtiendrait trois litres d'eau. Tant s'en faut; ces proportions ne fourniraient que quelques gouttes de liquide, tant la condensation est grande dans ce cas. L'hydrogène étant beaucoup plus léger que l'oxigène, les proportions en poids sont loin d'être les mêmes qu'en volume. 100 parues d'eau contiennent en poids:

Oxigène 88,90

Hydrogène 11,10

ÎÔÔ

On a reconnu que l'eau que nous rencontrons à la surface de la terre, tient toujours en dissolution une certaine quantité d'air plus riche en oxigène que celui de l'atmosphère. Celui-ci n'en renferme que 21 parties sur 100, tandis

que celui-là en a souvent jusqu'à 32. Tout le inonde sait que des eaux , qu'on a longtemps conservées dans des vases fermés, cessent d'être potables, et même quelquefois deviennent fétides. Ce phénomène est dû à la présence de quelques débris végétaux et animaux, que l'eau tient en dissolution ou en suspension; et qui se combinent avec l'oxigène dont je viens de parler. Dans ce cas, on peut rendre à l'eau sa pureté, en l'agitant pendant quelque temps avec du charbon grossièrement pilé, et mieux encore avec du noir d'os, puis en la filtrant.

Chaux.

On rencontre en grande abondance dans la nature une pierre dont il existe plusieurs variétés, et que les chimistes ont désignée sous le nom de carbonate de chaux, parce qu'elle est composée d'acide carbonique et de chaux (i). Elle porte aussi les noms vulgaires de pierre calcaire, ou de pierre à chaux. On la reconnaît à la propriété qu'elle a de se dissoudre dans l'acide hydrochloriquc et dans l'acide nitrique, en donnant lieu à une vive effervescence. C'est en la calcinant convenablement, qu'on se procure la chaux : l'acide carbonique se dégage, la chaux reste.

La chaux est un corps solide, blanc, alcalin. C'est un oxide composé d'oxigène et d'un autre corps simple appelé calcium. Elle est soluble dans l'eau , ainsi que nous l'avons vu en parlant de l'eau de chaux. Elle a même une trèsgrande affinité (a) pour ce corps. Tout le monde a été témoin du phénomène remarquable qui a lieu quand on jette de l'eau sur de la chaux vive, c'est-à-dire sur de la chaux, telle qu'elle sort du four. Il se produit une grande chaleur, capable quelquefois d'allumer le bois, quand on agit sur des masses considérables. On entend une espèce de sifflement plus ou inoins prolongé, et la chaux se réduit en poudre, en même temps qu'on voit se dégager une masse de vapeurs, qui varie avec les proportions employées. C'est à l'avidité de la chaux pour l'eau, qu'il faut en attribuer la cause. La combinaison avec une partie de l'eau se fait avec une telle intensité, qu'il en résulte une chaleur suffisante pour réduire une autre partie de l'eau en vapeur qui, par suite de sa force élastique, brise la chaux, et s'échappe avec bruit. On a alors ce qu'on appelle de la chaux éteinte.

(i) La pierre lithographique esl une de »e* variétés.

(a) Lorsqne deux corps tendent à se combiiwr ensemble, on dit qu'ils ont de l'affinité l'un pour l'autre.

La chaux doit être conservée dans un vase ou dans un lieu fermé. A l'air, elle artire l'humidité et l'acide carbonique, elle tombe en poussière et repasse à l'état de carbonate. Alors, elle n'est plus bonne à aucun usage.

Potasse.

Ce qu'on désigne sous ce nom dans le commerce est du carbonate de potasse. Lorsque ce dernier corps est pur, il porte dans les arts le nom de potasse caustique. Voici comment le lithographe pourra préparer celle dont il aura besoin. On met dans un vase bien propre une livre de potasse du commerce, une livre de chaux, et quatre litres d'eau. On fait bouillir pendant une heure, on retire du feu; on laisse reposer et on tire à clair. La liqueur doit être enfermée dans un flacon bien bouché, sans quoi la potasse attire l'acide carbonique de l'air, et revient à l'état où elle était d'abord.

Soucie.

On ne rencontre dans le commerce que du carbonate de soude. La soude caustique s'obtient de la même manière que la potasse, et s'emploie aux mêmes usages, dans un grand nombre d'arts. La potasse du commerce est déliquescente, c'est-à-dire qu'elle attire facilement l'humidité de l'air, qu'elle se mouille et, quelquefois même, se couvertit alors en un liquide très-alcalin. C'est ce dont on peut s'assurer, en exposant à l'air, pendant quelques jours, un morceau dépotasse dans une assiette. Ceci fait voir la nécessité de conserver la potasse dans des vases bien secs et bien fermés. La soude, au contraire, est efflorescente , c'est-àdire que si on expose à l'air des cristaux de soude bien transparens , tels qu'on les achète, ils perdent peu à peu une partie de l'eau qu'ils contiennent, et tombent en poussière. Plusieurs combinaisons dans lesquelles il entre de la soude, présentent une certaine consistance, tandis que les mêmes combinaisons, lorsqu'on remplace la soude par la potasse, sont très-molles. Je citerai comme exemple les savons. Ceux qui contiennent de la soude, c'est-à-dire les savons ordinaires, sont plus durs que les savons dits de toilette, qui sont faits avec de la potasse.

La potasse et la soude sont deux oxides alcalins, composés, le premier, d'oxigène et de potassium ; le second , d'oxigène et de sodium.

Jjlhar^e.

Lorsqu'on fait fondre du plomb sur le feu, la surface du métal est d'abord très-brillante; peu à peu elle devient terne, et se recouvre d'une |)oussière gri-

sàtre, qui provient de la combinaison du plomb avec l'oxigène de l'air. C'est de l'oxide de plomb. Si on enlève cette poussière, on retrouve dessous la surface brillante du plomb; mais celle-ci venant alors au contact de l'air, le même phénomène recommence, de sorte qu'on peut, à volonté, faire passer tout le métal à l'état d'oxide. Si alors on prend cette masse grise, et si on la calcine à l'air, elle passe à l'état de litbarge par suite de la fusion et de l'absorption d'une nouvelle quantité d'oxigène.

La lithargeest un corps solide, pulvérulent, jaunâtre; quelquefois rougeâtre: dans ce dernier cas, elle contient un peu de minium, qni s'est forme en même temps, et qtii est aussi de l'oxide de plomb, un peu plus riche en oxigène que la litharge.

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