‹ Traité de littératureChapitre 13 sur 84 · DÉFINITION. — IMPORTANCE. — CLASSIFICATION · texte numérisé non relu

DÉFINITION. — IMPORTANCE. — CLASSIFICATION

Les figures sont nées du besoin non seulement de donner un corps à la pensée — le sens propre et direct des mots pourrait y suffire — mais de lui donner le mouvement et la vie même de 1 ame au contact de la nature et des passions. Le langage vulgaire qui nous dit la chose telle qu'elle apparaijt a la froide raison, sans révoquer à nos yeux par une image qui la rende visible et sans la faire palpiter de la viejnême qu'elle a^u gein dêTàTnature et qu'elle reçoit de notre sensibilité, c'est une langue incolore qui peut convenir à la science, mais qui ne tfâHuit pas les impressions que font sur nous les objets. Les idées abstraites ne peuvent être saisies en elles-mêmes et pour elles-mêmes que par de purs esprits. Pour être saisies et perçues par des êtres qui sont corps et âme, il faut qu'elles s'incarnent dans des images matérielles qui leur donnent une physionomie vivante.

C'est de là qu'est née la ynétaphore, type des figures de mots. En sorte que les mots représentant les objets de la nature physique sont devenus la représentation de la nature intellectuelle et morale, en vertu de l'analogie et du lien logique qui unit nos deux natures. C'est ainsi que la lumière physique est devenue la lumière intellectelle, que la solidité des corps est devenue la solidité des caractères, que la souillure matérielle est devenue la souillure morale, etc. C'est ainsi que tous les mouvements, comme les vents et les flots, sont devenus l'image des mouvements de l'âme. Pour se convertir en parole humaine, l'idée a donc dû prendre corps, et l'image, en traduisant l'ordre moral par Tordre physique, est devenue le lien des deux mondes.

Les langues ne sont pas assez riches pour avoir des mots

exprimant chaque idée dans sa nature spéciale sans recourir à cette transposition d'un monde ou d'un ordre à l'autre; et, fussent-elles assez riches, elles ne devraient pas renoncer à ce moyen de mettre l'idée sous nos yeux par l'image. Elles tomberaient dans un spiritualisme raffiné qui rendrait insensible à la foule la pensée renfermée dans son intellectualité pure.

Ceci n'est qu'un côté de ce phénomène qu'on nomme le langage figuré. Pour s'emparer de tout notre être intellectuel et moral, il a fallu que le langage pût nous intéresser par la variété de ses tours et de ses constructions, par ses procédés de développement, par ses moyens pathétiques et ses habiletés dialecticiennes. De là de nouvelles figures, non plus dans les\__ mots, mais dans la manière de présenter ses pensées. Ces figures embrassant toutes les opérations de l'esprit : invention, disposition, élocution, font partie de l'essence même du langage littéraire. Ce sont des Jor?nes particulières destinpp.sà dnnnpr aux /^^^^ ^^ nniiUnn^ Ip ^Yimn^pniPnt ^ In ^-^io^ In force, la grâce, le sel ou V éclat qiipRpR p/yn^y^imtpnt h 7^?/,^ 73ropre na^ttirc et à la nnf'iiir ifr^^pn'f dr niui' gin' écrit on Qui parle. ^

Nous disons : les figures sont de l'essence même du langage littéraire. Ce serait aller trop loin que de dire qu'il n'y a pas de littérature là où il n'y a pas de figures. L'essence de la littérature, c'est le beau. Mais le beau peut exister dans le fond et dans la forme, sans la présence du langage figuré. Les sentences en général rejettent l'image et ne veulent être que des pensées. Le sublime proprement dit s'exprime aussi sans figures. Mais ce n'est là qu'une exception, et l'exception confirme la règle. On peut défier l'écrivain d'écrire une page entière sans être amené par le mouvement de ses pensées à recourir au langage figuré. Il le fera tout naturellement et sans le vouloir. S'il ne le faisait pas, son langage serait aussi froid et aussi mort qu'une statue sans vie. N'insistons pas.

On doit se bien pénétrer de l'importance de l'étude des figures, puisqu'elles sont un élément indispensable de l'art httéraire. Non pas que la connaissance de ces formes puisse

suppléer à la nature qui les inspire; mais elle nous apprend à en apprécier la valeur, à les goûter et à les choisir. Les ignorants les emploient sans songer à s'en rendre compte. Les esprits cultivés, quand ils sont sous l'empire de l'enthousiasme ou de la passion, font des figures aussi, sans y penser. L'avantage pour eux, c'est de pouvoir reconnaître si les rapports logiques ou analogiques sont conformes aux lois de la raison eomme à celles de l'esthétique.

Ce n'est pas à l'abondance des figures qu'on juge de la beauté du langage. Les gens du peuple, c'est-à-dire les plus impressionnables, emploient plus de figures que les hommes de science. C'est ce qui a fait dire à Dumarsais : " Il se fait plus de figures dans un jour de marché à la halle qu'il ne s'en fait en plusieurs jours d'assemblées académiques. " — ^ J'ai pris souvent plaisir, dit M. de Brette\'ille, à entendre des paysans s'entretenir avec des figures de discours si variées, si vives, si éloignées du vulgaire, que j'avais honte d'avoir si longtemps étudié l'éloquence, voyant en eux une certaine rhétorique de nature beaucoup plus persuasive et plus éloquente que toutes nos rhétoriques artificielles. "

Seulement, dans la bouche du peuple, ces figures employées sans discernement peuvent être et sont souvent banales ou grossières. Les hommes de science qui veulent voir l'idée en elle-même sont tentés d'écarter l'image qui s'interpose entre l'objet et l'esprit qui le perçoit. Mais c'est un devoir pour les savants, comme pour les littérateurs et les écrivains en général, d'étudier de près les procédés de l'imagination populaire pour mettre la vérité à la portée de tous et produire ce phénomène qui est le secret de l'avenir de la vraie démocratie : la vulgarisation de la science.

Nous avons fait connaître le caractère fondamental des figures et nous en avons montré l'importance. Voici maintenant la classification qui nous paraît la plus rationnelle :

L Figures de sens ou de signification : les tropes. IL Figures de construction ou figures grammaticales.

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