TRISSOTIN
Pour cette grande faim qu'à mes yeux on expose,
Un pLat seul de huit vers me semble peu de chose;
Et je pense qu'ici je ne ferai pas mal
De joindre à l'épigramme ou bien au madrigal
Le ragoût d'un sonnet qui, chez une princesse,
A passé pour avoir quelque délicatesse;
Il est de set altique assaisonné partout,
Et vous le trouverez, je crois, d'assez bon goût!
Cette préciosité n'est pas seulement un manque de convenance, c'est encore et surtout l'absence de naturel.
2° Naturel et Justesse.
Dans la métaphore, comme dans le style, rien ne plaît que par la vérité. Une figure qui accuse la recherche, l'affectation, l'effort, enlève aux choses leur valeur et jette sur la pensée un nuage, au lieu d'une lumière. Les comparaisons forcées ou prises de trop loin sont inadmissibles; à plus forte raison quand il n'y a pas de vraie similitude entre les objets comparés.
En voici des exemples :
Son cœur est un logis qui n'a pas d'escalier. — On voyait au bout du jardin, dont il avait l'air d'être le dogue fidèle, le Rhône qui aboyait.
Quelqu'un a dit d'un bâtiment boiteux : C'est un solécismeen pierre. C'est comme qui dirait : une faute desyntaxeen pierre!!!
Théophile Viaud qui avait beaucoup d'imagination, mais qui manquait de goût, a dit : " Je baignerai mes mains dans les ondes de tes cheveux. »
On peut comparer le mouvement des cheveux, comme le balancement des épis, à l'ondoiement des ffots; mais y baigner les mains!.,. Victor Hugo, dont les métaphores sont souvent neuves et d'une hardiesse heureuse, en a parfois de bien singulières. En voici une cherchée, un peu loin, mais qui ne manque pas de vérité :
Le style sur l'idée, c'est l'émail sur la dent.
En effet, le style donne de l'éclat, ou, si vous voulez, de la beauté à l'idée comme l'email à la dent. Si le style peut être comparé à l'émail, Vidée rapprochée de la dent forme cependant une image assez étrange. Mais voici deux métaphores inacceptables :
La pensée en rêvant sculpte des nations.
Cette sculpture de nations que produit la rêverie, c'est un faux éclat qui n'est point de la clarté. J'en dis autant de cette strophe tirée du recueil Les Rayons et les Ombres :
Et comme aux deux flancs d'un navire, Il faut que Dieu, de tous compris, Pour fendre la foule insensée, Aîix deux côtés de la pensée Fasse ramer de grands esprits.
Quelle analogie y a-t-il entre les deux flancs d'un navire et ce que le poète appelle les deux côtés de la pensée? Et Dieu de tous compris pour fendre la foule insensée, c'est du galimatias. Quant au mot ramer, il serait justifié par la comparaison avec le navire, si cette comparaison portait en elle quelque lumière.
On dit que, pour faire passer des images hardies, on peut en prose se servir de ces précautions oratoires : pour ainsi dire, si fose m' exprimer ainsi. Oui, mais à condition qu'il y ait similitude, quelque éloignée qu'elle soit. S'il n'y en a pas, les correctifs ne justifieront point une figure qui n'a de raison d'être que par ce rapport.
Il faut aussi que la métaphore, pour être naturelle, soit 2yréparée par les termes qui la précèdent, sans quoi l'esprit ne saisit pas l'analogie.
Boileau a dit :
Tout doit tendre au bon sens; mais, pour y parvenir, Le chemin est glissant et pénible à tenir; Pour peu qu'on s'en écarte, aussitôt on se noie.
On comprend une chute sur un chemin glissant; mais, pour
qu'on s'y noie, il faut qu'il y ait de l'eau au bout de ce chemin. Cette noyade est fort inattendue. La métaphore est peu préparée. Elle ne l'est pas du tout dans ce passage de La Bruyère :
On voit peu d'esprits entièrement stupides, l'on en voit encore moins qui soient sublimes et transcendants. Le commun des hommes nage entre les deux extrémités,
Condillac, dans son Traité de Vart (f écrire, où, à côté de pures chicanes, il y a d'excellentes choses, cite deux exemples fort remarquables de M™® de Sévigné :
Vous êtes bonne, quand vous dites que vous avez peur des beaux esprits. Hélas! Si vous saviez combien ils sont empêchés de leur personne, et combien ils sont petits de près, vous les remettriez bientôt à hauteur d'appui.
Voilà en effet une métaphore bien préparée; mais si vous retranchiez combien ils sont petits de près, l'image serait peu saisissable.
Voici l'autre exemple où la mère a mis tout son cœur :
Je suis sans cesse occupée de vous, ma chère enfant; je passe bien plus d'heures à Grignan qu'aux Rochers.
Supprimez la pensée qui précède la figure et qui la prépare, ou croira que M'"® de Sévigné, au lieu d'être à Grignan en imagination, y est en réalité plus souvent qu'aux Rochers, sa résidence de campagne.
Vous voyez combien il importe d'être vrai dans le sentiment et la pensée, pour être vrai et par conséquent naturel dans l'emploi des ornements du style.
Nous avons désigné parmi les qualités de la métaphore le 7iaturel et la justesse. Mais ne suffit-il pas du naturel, puisque la nature suppose la vérité? Il y a entre ces deux qualités la différence suivante : l'absence de naturel est dans la recherche d'une similitude éloignée; l'absence de justesse dans l'exclusion de toute similitude véritable. Vous saisissez la différence. Une métaphore peut être hardie sans être prise d'un objet qui n'a point d'analogie avec celui auquel on le compare. Elle ne cesse pas d'être juste dans sa hardiesse.
La Fontaine a dit :
Les ruines d'une maison Se peuvent réparer. Que n'est cet avantage Pour les ruines du visage!
La comparaison avec les ruines d'une maison sauve la hardiesse des ruines du visage. Quand il y a contradiction dans les termes de la métaphore, elle manque de justesse autant que de convenance. Nous parlerons tantôt de la métaphore par abus qu'on a surnommée catachrèse et où l'usage a triomphé de la ressemblance.
3° Sobriété. Si la métaphore est pour le style un ornement indispensable, il faut éviter de la prodiguer sans mesure : on en détruirait Teffet, et d'une qualité brillante on ferait un brillant défaut. Mieux vaudrait un style simple et nu qu'un style d'une richesse exubérante. Les métaphores devenues usuelles et qu'on ne remarque plus, tellement elles se sont multipliées par suite de la pauvreté même des langues et de l'impossibilité où elles sont de rendre l'idée pure sans image sensible, peuvent revenir impunément sous la plume; mais les métaphores d'ornement s'usent très vite, par cela même qu'elles appellent l'attention. Leur emploi trop fréquent serait une cause de décadence, car elles ne brillent que par leur nouveauté, et elles vieillissent bien vite pour faire place à d'autres que la mode adopte un moment pour les délaisser ensuite.
Il faut aussi distinguer les genres dans l'emploi de la métaphore. La poésie en vers qui ne vit que de mouvement, d'éclat et d'harmonie, doit nécessairement être riche d'images et surtout d'expressions métaphoriques. L'ode est de tous les genres celui qui se prête le mieux à ce langage figuré, car il n'est qu'une explosion d'enthousiasme. L'épopée est plus sobre de figures dans l'exposé des faits; c'est dans la description, dans l'exposé des choses que la métaphore abonde avec la comparaison.
Soyez riche et pompeux dans vos descriptions. C'est là qu'il faut des vers étaler l'élégance.
Le drame tragique ou comique, plus rapproché de la conversation, est de tous les grands genres de poésie celui qui se passe le mieux de ces figures. Il y a des pages entières de Corneille et de Racine où vous ne trouverez pas une métaphore, j'entends une métaphore d'ornement.
Quant à la prose, il va sans dire qu'elle est en général plus sobre d'ornements que les vers. Mais, ici plus qu'en vers, il faut distinguer les genres. La prose poétique et la prose oratoire sous ce rapport sont parfois assez près de la poésie proprement dite, bien qu'il y ait en vers des métaphores inadmissibles en prose.
La philosophie et l'histoire ont un langage plus sévère, de même que la critique qui participe des deux. L'histoire descriptive inaugurée par Lamartine dans ses Girondins tient trop de la poésie et de l'éloquence pour n'être pas très ornée. L'historien toutefois n'évoque pas l'image pour couvrir le vide de la pensée, mais pour lui donner de la couleur et des ailes.
La critique ne peut se mouvoir à l'aise dans le style figuré que lorsqu'elle apprécie, à la lumière des principes et au milieu de la chaleur passionnée de ses préférences ou de ses antipathies, les œuvres d'art soumises à son contrôle. Il faut aujourd'hui autre chose que de la raison et du goût, il faut de l'imagination et du sentiment aussi à celui qui expose et qui juge, comme à celui qui conçoit et qui exécute l'œuvre originale prise dans le domaine de la vie. Seulement, le critique est tenu à plus de sobriété de couleur, par cela même qu'il raisonne plus qu'il ne décrit et raconte.
4° Il nous reste une question à examiner, la question principale : le choix des métaphores. Les esprits froids crient volontiers : figures banales, quand ils rencontrent souvent certaines métaphores consacrées, comme celles qui indiquent la direction ou la marche : le sentier, le chemin, la route, la <coie. Sans doute, les jeunes gens dans leurs exercices de rédaction abusent de ces figures pour faire des phrases d'une banalité solennelle. Mais quoi qu'on fasse, on dira toujours : le sentier
du vice, le chemin de la vertu, la route du progrès, les voies de la civilisation. Tout dépend de l'allure qu'on donne à la phrase. Si l'allure est vulgaire, les figures ne la relèveront pas. J'estime que les métaphores de mouvement empruntées à la terre, au ciel, à la mer, aux vents, à l'oiseau, à tout ce qui est bruit, chaleur et lumière, ne disparaîtront jamais du langage, et que le talent qui saura les employer habilement et en renouveler l'éclat, non par amour de la phrase, mais par la force de la pensée et le courant de la passion, saura trouver le chemin des esprits et des cœurs.
Il y a ceci à remarquer : toute métaphore empruntée au monde matériel, pour exprimer une idée ou un sentiment, doit être prise dans la nature ou dans les arts et métiers accessibles au peuple, comme la culture du sol, la construction des édifices, des chars, des navires, l'art militaire, les professions diverses à tous les degrés de l'échelle sociale, les beaux-arts enfin : peinture, sculpture, architecture, musique.
Quant aux sciences proprement dites, si l'on en excepte les notions les plus élémentaires de l'astronomie, de la physique et de l'histoire naturelle, elles ne seront jamais un laboratoire de métaphores, car elles ne sont pas appelées dans leur terminologie scientifique à se vulgariser parmi le peuple. Or la métaphore, alors même qu'elle est employée à titre d'ornement, tend toujours à la vulgarisation. C'est une loi qui s'impose, parce que cette figure par elle-même n'est jamais le signe de l'originalité individuelle, de la personnalité de l'auteur. Les stylistes comme les écrivains de race savent trouver des métaphores nouvelles; mais, une fois trouvées, elles tombent dans le domaine public pour grossir le trésor du langage. Le tour seul et le développement de la phrase portent l'empreinte du génie individuel. La métaphore a beau vous frapper par son éclat : plus elle brille, plus elle est exposée à devenir banale en passant par les mains de la jeunesse que toute nouveauté séduit et qui se laisse éblouir par la splendeur des images. L'inexpérience lui fait croire à la fraîcheur de toutes ces fleurs d'une rhétorique usée. C'est ainsi que les esprits d'un goût sévère finissent
par comprendre que la simplicité du style est encore, à tout prendre, Tattrait le plus durable, parce qu'elle échappe à l'empire de la mode et que, vivant de la vie de la pensée même, elle survit, quand les plus brillantes couleurs sont fanées.
Il y a donc dans la métaphore un côté périssable. C'est ainsi qu'on a trop abusé de la lance d' Achille, du cercle de Popilius, du lit de Procuste, de Vépée de Damoclès, de V émail des prairies, des pionniers de la civilisation, etc. Il en est de même des figures conventionnelles empruntées à la mythologie et qui sont mortes avec les fictions surannées de l'école classique. C'est la nature en elle-même que nous voulons voir, la nature physique et morale, l'une servant à interpréter l'autre. Certes, nous n'en bannissons point la cause première et la raison dernière des choses : l'esprit planant sur la matière et lui imprimant ses formes, son mouvement et sa vie; mais, entre elle et nous, nous ne voyons plus rien, en dehors de son invisible auteur à qui seul remonte l'hymne de la création. Les divinités païennes qui personnifiaient les forces de la nature ont fait place à la réalité de la nature même. Depuis que Lamartine a banni les dieux du domaine des vers, jamais la poésie n'a été plus vivante; elle a dépouillé ses formes conventionnelles pour exprimer les émotions de l'âme en demandant à la nature physique de lui servir d'interprète pour les traduire à tous les yeux. Cette matérialisation de l'esprit dans le domaine de l'art n'allait pas sans la spirituahsation de la matière, car la poésie s'incarnant dans l'image donnait une âme aussi aux êtres inanimés.
Objets inanimés, avez-vous donc une âme Qui s'attache à notre âme et la force d'aimer?
On comprend que cette transformation ait enrichi la langue en renouvelant le style figuré. Mais, comme la nature n'était qu'un intermédiaire entre l'âme et Dieu, le style devait tendre sans cesse vers l'idéal. Ce qui faisait de la noblesse une loi de la métaphore. L'école réaliste, en introduisant dans l'art, sous prétexte de vérité, des mœurs avilies et grossières, a fait
descendre la métaphore à toutes les trivialités. On ne saurait trop mettre la jeunesse en garde contre les exagérations de ce dernier système. Les métaphores triviales peuvent avoir leur place dans la peinture des mœurs du peuple; mais la littérature ayant pour objet, non le vrai seulement, mais le beau fondé sur le vrai, la métaphore d'ornement ne peut être puisée dans régout. Si Ton ne va pas jusqu'à la noblesse, il faut aller du moins jusqu'à la dignité. Il y a des termes qui ne se prêtent nullement à l'expression des sentiments nobles. Celui qui écrivait à Fénelon : " Monseigneur, vous avez pour moi des boyaux de père, ^ au lieu de dire des entrailles, commettait une de ces méprises qui ont le privilège de nous mettre en gaieté. D'autres fois, certaines expressions vulgaires s'ennoblissent avec la pensée et deviennent de véritables trouvailles. C'est ainsi que l'expression pousser à bout a fourni cette image à Bossuet : " Poussons à bout la gloire humaine par cet exemple; " que Racine a relevé le mot querelle en disant :
Lui seul de tant de rois S'arme pour ta querelle et combat pour tes droits;
que le même poète a su ennoblir le mot laver pris dans son sens propre :
... Et qu'un sang pur par mes mains épanché Lave jusques au marbre o\i ses pas ont louché.
Y a-t-il rien de plus répugnant comme la chose représentée par le mot vomir? Prenez-le dans le sens métaphorique, il ne reste plus rien de la chose, parce que le mot représente autre chose : on ne voit plus que le mode d'action. U airain vomit la mort. Il a vomi des torrents d'injures. En perdant son sens matériel pour revêtir sa signification morale, le mot a perdu sa brutalité sans perdre, que dis-je, en doublant son énergie.
On voit par là quel usage il faut faire de la métaphore pour la force du discours.
Il est un autre procédé dont on abuse singulièrement aujourd'hui : c'est celui qui consiste dans l'échange des expressions
physiques d'un objet à l'autre. C'est le procédé pittoresque, le procédé de la couleur. En d'autres termes, le matérialisme dans l'art.
On comprend l'échange des mots :
1° De la terre a la mer, comme la plaine liquide, les montagnes humides, le navire sillonnant les ondes, le vent labourant les vagues.
2^ De la mer au ciel, comme dans ce passage de la Méditation sur les Étoiles :
Cependant la nuit marche, et sur l'abîme immense Tous ces mondes flottants gravitent en silence; Et nous-même avec eux emportés dans leur cours, Vers un port inconnu nous avançons toujours. Souvent, pendant la nuit, au souffle du zéphire. On sent la terre aussi flotter comme un navire; D'une écume brillante on voit les monts couverts Fendre d'un cours égal le flot grondant des airs; Sur ces vagues d'azur où le globe se joue. On entend l'aquilon se briser sous la proue. Et du vent dans les mâts les tristes sifflements, Et de ses flancs battus les sourds gémissements ; Et l'homme, sur l'abîme oii sa demeure flotte, Vogue avec volupté sur la foi du pilote!
3^ Du SON A LA COULEUR ET DE LA COULEUR AU SON,
comme V éclat de la voix et V éclat de la lumière, la couleur d'une mélodie et la gamme, la tonalité, \ accord, Vharmonie des couleurs.
Mais ce qui n'est pas admissible, c'est de faire passer sans cesse la langue des sons dans la langue des couleurs, et d'imaginer ces ridicules alliances de mots : la symphonie des fromages ou du fumier. Si vous voulez vous borner à décrire des sensations, que du moins ce qui est fait pour les yeux parle aux yeux.
Les métaphores empruntées aux beaux-arts doivent s'appliquer avant tout à l'ordre intellectuel et moral. Ces figures alors comptent parmi les plus belles de la langue, parce que, au lieu d'être prises dans l'ordre purement matériel, elles sont
prises dans l'art, œuvre humaine. Rien de plus naturel que d'appliquer au style les termes des autres arts. Tous les beauxarts ont le même objet, puisqu'ils expriment le beau, chacun à leur manière. Parmi ces termes, il en est qui sont devenus nécessaires, tels sont les mots cadî^e, tableau, peinture. Peinture des mœurs, peinture des caractères, peinture des passions. Ce ne sont plus là des métaphores d'ornements, ce sont des métaphores usuelles, de véritables catachrèses. Mais ce n'est pas une raison pour identifier en quelque sorte la plume et le pinceau, par abus du genre descriptif. Chaque art a son domaine : ils peuvent échanger leurs termes, ils ne peuvent pas confondre leurs moyens d'exécution.
Les métaphores empruntées aux êtres ou aux objets en mouvement pour peindre le travail de l'esprit seront toujours les plus vraies et les plus vivantes. L'es objets qui servent de point de comparaison doivent nécessairement être à la portée de tous : c'est pour rendre sensible à notre esprit l'inconnu à l'aide du connu que sont nés ces rapprochements analogiques. Il ne servirait à rien de donner au langage plus de splendeur, si, pour l'obtenir, il fallait sacrifier la clarté. La justesse est donc le premier élément de la comparaison, l'éclat ne vient qu'après et n'est légitime que pour la mieux faire resplendir. La perfection est la justesse unie à l'éclat. De ce principe découle une conséquence qu'il importe de ne jamais perdre de vue : c'est que tout ce qui tient à l'ordre intellectuel et moral doit être rendu palpable par les images du monde physique ; mais qu'il faut se défier des analogies du même ordre : les unes ont le tort de trop spiritualiser la langue et de la rendre ainsi peu accessible au vulgaire; les autres ont l'inconvénient de trop matérialiser les objets et les faits. Les penseurs ont besoin de la métaphore qui donne un corps à l'idée, non pour qu'elle brille, mais pour qu'elle éclaire. Choisir ses comparaisons dans les choses de l'esprit pour faire mieux comprendre la pensée, c'est s'exposer à manquer le but, en choisissant un terme de comparaison moins compréhensible au lecteur que la chose même que l'on veut élucider par ce rappr,f'chement. On ne saurait trop se mettre
^n garde contre ce défaut dans le choix des métaphores destinées à mettre en lumière les idées abstraites qui composent la trame du discours et la succession logique de nos raisonnements sur le terrain de la prose, où il ne faut songer à plaire que comme un moyen de mieux instruire et de mettre la vérité debout devant l'œil du corps comme devant le regard de l'esprit.
Voilà les lois de la métaphore.
Disons maintenant quelles en sont les formes particulières. Il en est de quatre espèces :
P La métaphore usuelle par catachrèse;
2° La métaphore prolongée par allégorie ;
3° La métaphore par allusion ;
4° La métaphore par antonomase.