LA CONCESSION
La concession, artifice pour passer du blâme à réloge ou de réloge au blâme.
La concession est une figure par laquelle l'orateur ou l'auteur accorde ce que souvent il serait en droit de refuser, pour tirer d'autant plus avantage de ce qu'il ne peut accorder. Ce qui fait la force de la concession, c'est qu'elle donne à celui qui l'emploie toutes les apparences de l'impartialité. On accorde l'éloge pour faire ressortir le blâme ou pour donner plus de prix à l'éloge.
Dans l'épisode de Chapelain, cité plus haut comme exemple de prolepse, il y a concession d éloge pour aboutir au blâme.
Qu'on vante en lui la foi, l'honneur, la probité, etc. On le veut, j'y souscris, etc.
Dans le passage suivant de Téloge funèbre de la reine d'Angleterre, il y a la concession d'une faute pour aboutir à l'éloge :
Je veux bien avouer de lui (Charles l^^) ce qu'un auteur célèbre a dit de César, qu'il a élé. clément jusqu'à être obligé de s'en repentir. Que ce soit là, si l'on veut, l'illustre défaut de Charles aussi bien que de César; mais que ceux qui veulent croire que tout est faible dans les malheureux et dans les vaincus, ne pensent pas pour cela nous persuader que la force ait manqué à son courage ni la vigueur à ses conseils.
Citons encore ces vers où Boileau dit son fait à la noblesse qui n'a d'autres titres que ceux qu'elle tient de ses ancêtres ;
Je veux que la valeur de ses aïeux antiques, Ait fourni de matière aux plus vieilles chroniques. Et que l'un des Capets, pour honorer leur nom. Ait de trois fleurs de lis doté leur écusson. Que sert ce vain amas d'une inutile gloire, Si de tant de héros, célèbres dans l'histoire, Il ne peut rien offrir aux yeux de l'univers Que de vieux parchemins qu'ont épargné les vers! Si, tout sorti qu'il est d'une source divine. Son cœur dément en lui sa superbe origine, Et, n'ayant rien de grand qu'une sotte fierté. S'endort dans une lâche et molle oisiveté?
Ici encore, comme dans l'épisode de Chapelain, Boileau ne loue que pour mieux blâmer.