LA CORRECTION
r 1. En quoi consiste la correction. — 2. Effet qu'elle produit. — 3. Signes qu'elle emploie.
La correction consiste à se reprendre, comme pour dire mieux ou plus que ce qu'on avait dit. Il y a là un contraste ou une gradation qu'on n'attendait pas et qui pique vivement l'esprit en renforçant l'idée, qu'on ne semble rétracter que pour l'étayer de nouveaux arguments. Le signe de la correction est dans les mots : que dis-je? Je me tro'^npe, bien plus, bien mieux, ce qui vaut mieux, ou plutôt, ce n'est pas ceci, mais cela, etc.
Phèdre, livrée à ses remords et cherchant à se fuir elle-même,
s'écrie :
Où me cacher? fuyons dans la nuit infernale. Mais que dis-je? Mon père y tient l'urne fatale.
Devant le cercueil de la duchesse d'Orléans enlevée dans sa fleur, Bossuet s'écrie :
Non, après ce que nous venons de voir, la santé n'est plus qu'un nom, la vie n'est qu'un songe, la gloire n'est qu'une apparence, les grâces et les plaisirs ne sont qu'un dangereux amusement; tout est vain en nous, excepté le sincère aveu que nous faisons devant Dieu de nos vanités, et le jugement arrêté qui nous fait mépriser tout ce que nous sommes.
C'est l'homme qui a parlé; écoutons maintenant le prêtre :
Mais dis-je La vérité? L'homme que Dieu a fait à son image n'est-il qu'une ombre? Ce que Jésus-Christ est venu chercher du ciel en la terre; ce qu'il a cru pouvoir, sans se ravilir, racheter de tout son sang, n'est-ce qu'un rien? Reconnaissons notre erreur : sans doute, ce triste spectacle des vanités humaines nous imposait; et l'espérance publique, frustrée tout à coup par la mort de cette princesse, nous poussait trop loin. 11 ne faut pas permettre à
l'homme de se mépriser tout entier, de peur que, croyant avec les impies que notre vie n'est qu'un jeu où règne le hasard, il ne marche sans règle et et sans conduite au gré de ses aveugles désirs.
Cousin a dit :
Dieu a voulu communiquer et répandre son intelligence, et, ce qui vaut mieux, sa justice, et, ce qui vaut mieux encore, sa bonté.
Autre pensée aussi juste que forte :
Rougir d'un ami malheureux, c'est une faiblesse; je me trompe, c'est une trahison; je me trompe, c'est une lâcheté.
On saisit la puissance de ces sortes de gradations et de contrastes soiis forme de correction.
Citons encore ces vers du poète des Harmonies :
Et vous qui survivrez à ma cendre glacée,
Si vous voulez charmer ma dernière pensée,
Un jour élevez-moi... Non, ne m'élevez rien;
Mais, près des lieux où dort l'humble espoir de chrétien,
Creusez-moi dans ces champs la couche que j'envie,
Et ce dernier sillon où germe une autre vie.