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LA COMMUNICATION

1. En quoi consiste la communication. — 2. Condition du succès dans l'emploi de cette figure.

La communication est une figure par laquelle l'orateur, confiant dans sa cause, s'en rapporte à ses auditeurs, à ses juges, à son adversaire même, de la décision qu'ils auront à prendre. C'est un appel direct au jugement des autres devant lesquels on met à nu sa conscience, pour leur demander s'ils ne feraient pas comme nous, ou pour leur dire de prononcer eux-mêmes sur la valeur de nos idées. Moyen puissant, mais qui a besoin d'une complète assurance pour conduire au succès.

Démosthène, et surtout Cicéron, aimaient à recourir à ce procédé qui enlève à l'argumentation tout ce qu'elle pourrait avoir de prétention dominatrice et qui dispose en faveur de l'orateur ou de l'écrivain, plus encore qu'en faveur de ses raisons.

Démosthène, pour se justifier dans le Discours sur la couronne, s'adresse ainsi à son adversaire :

Que devait faire la République, Eschine, en voyant Philippe se préparer les voies à la souveraineté de la Grèce? Qu'est-ce que je devais dire ou décréter, moi conseiller, et conseiller d'Athènes?

Cicéron, plaidant pour Ligarius, après avoir interpellé vivement Tubéron, son accusateur, s'adresse à César :

Qu'en pensez-vous. César? Croyez-vous que je sois embarrassé dans la défense de Ligarius? Vous semble-t-il que je ne sois occupé que de sa justification? Mais quels que soient les moyens qi>e j'ai développés devant vous, c'est à votre humanité, à votre clémence, à votre compassion que je veux devoir, avant tout, le salut de mon client.

Voici un exemple remarquable tiré de Poljbe. Dans la conférence de Scipion et d'Annibal avant la bataille de Zama, le général Carthaginois proposait des conditions de paix que le Romain ne pouvait accepter. Il adoucit son refus par cette communication :

Que me reste-t-il à faire? Mettez-vous à ma place. Faut-il retrancher du traité les conditions les plus dures, afin que les Carthaginois reçoivent le prix de leur infidélité et apprennent ainsi aux autres peuples à violer leurs serments?

Les plus beaux exemples en notre langue sont les deux suivants :

Massillon, dans la péroraison de son sermon sur le petit nombre des élus, s'est écrié :

Or, je vous le demande, et vous le demande frappé de terreur, ne séparant pas en ce point mon sort du vôtre... je vous le demande : si Jésus-Christ paraissait dans ce temple... pour nous juger.... Croyez-vous que le plus grand nombre... fût placé à la droite? Croyez-vous que les choses du moins fussent égales? Croyez-vous qu'il s'y trouvât seulement dix justes?... Je vous le demande; vous l'ignorez; je l'ignore moi-même; vous seul, ô mon Dieu, connaissez ceux qui vous appartiennent.

Le vieil Horace, dans son plaidoyer pour son fils, interpelle ainsi Valère :

Dis, Valère, dis-nous, puisqu'il faut qu'il périsse,

Où penses-tu choisir un lieu pour son supplice?

Sera-ce hors des murs, au milieu de ces places

Qu'on voit fumer encor du sang des Curiaces,

Entre leurs trois tombeaux et dans ce champ d'honneur,

Témoin de sa vaillance et de notre bonheur?

(Corneille.)

l'hypothèse ou supposition.

1. L'hypothèse, fiction oratoire d'un grand effet. — 2. Qu'elle doit produire l'illusion de la réalité.

La plupart des rhéteurs ont négligé cette figure. Elle est cependant d'un puissant effet sur Tesprit public, quand elle naît de la situation même. C'est une supposition réalisable ou sans réalité possible, mais qui doit opérer sur nous le même effet que si la chose supposée était ou pouvait être réelle.

En voici des exemples remarquables puisés dans les deux œuvres oratoires les plus éclatantes de l'antiquité.

Démosthène, dans le Discours sur la couronne, justifie sa conduite par cette hypothèse :

Si, par une lumière prophétique, tous les Athéniens, lisant dans l'avenir, eussent prévu les événements futurs, et que vous, Eschine, vous les eussiez prédits et annoncés avec votre voix de tonnerre, Athènes, même dans ce cas, aurait dû faire ce qu'elle a fait, pour peu qu'elle eût respecté sa gloire, ses ancêtres et les jugements de la postérité.

Cicéron, dans la Milonienne, fait cette éloquente supposition :

Si Milon, tenant son épée encore sanglante, s'écriait ; « Venez, citoyens, écoutez-moi; j'ai tué Clodion. Ses fureurs, qu'aucune loi ne pouvait plus refréner, ce fer, ce bras les ont écartées de vos têtes; par moi seul, le droit, l-'équilé, les lois, la liberté, la pudeur, l'innocence demeurent intactes dans Rome; « y aurait-il à craindre qu'un tel aveu fût mal accueilli du peuple?

Et dans le même discours encore :

Figurez-vous par la pensée que je puisse faire absoudre Milon, en ressuscitant Glodius. D'oiî vient cet effroi que je lis sur vos visages? Quelle impression ferait-il sur vous, s'il était vivant, lui qui, tout mort qu'il est, vous émeut ainsi de sa vaine image ?

Citons aussi ce passage de Bourdaloue :

Si je me trouvais seul et sans guide dans une solitude affreuse, exposé à tous les risques d'un égarement sans retour, je serais dans des frayeurs mortelles.

Si, dans une pressante maladie, je me voyais abandonné, n'ayant que moi-même pour veiller sur moi, je n'oserais plus compter sur ma guérison; si, dans une affaire capitale, où il s'agirait pour moi, non seulement de ma fortune, mais de ma vie, tout autre conseil que le mien venait à me manquer, je me croirais infailliblement perdu. Gomment donc, au milieu du monde, parmi tous les périls qui me menacent, tous les ennemis qui me poursuivent, toutes les occasions de périr où je me suis exposé, sans autre secours que moi-même, pourrais-je vivre en paix et n'être pas dans de continuelles alarmes?

On voit quel parti l'éloquence peut tirer de l'hypothèse, surtout de ces hypothèses hardies évoquant les morts pour faire la leçon aux vivants et citant l'avenir lui-même au tribunal de la conscience, pour accuser ou justifier les actes du présent ou ceux du passé.

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