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QUELLE EN EST LA MEILLEURE CLASSIFICATION

Les qualités particulières du style dépendent du génie de l'écrivain, du caractère particulier du genre, de la nature dii sujet, du dessein de l'auteur et de la faculté de l'âme mise spécialement en jeu dans la composition.

Le style se modifie selon le caractère de l'écrivain. Chacun, en eflfét, a sa manière, déterminée par le tour d'esprit, les facultés dominantes, les habitudes, les goûts, l'éducation, la profession, l'âge et le sexe. L'un a plus d'esprit, l'autre plus djmagination, l'autre plus de sensibilité. Il est évident que deux auteurs ayant leur originalité propre ne traiteront pas de la même façon un sujet donné.

Ensuite, chaque genre a un ton différent : une lettre ne s'écrit pas comme un discours, un récit comme une description, une dissertation comme un tableau. Dans un même genre, les sujets diffèrent et le style varie avec le sujet. C'est ainsi que, sous forme de lettre, on peut raconter, disserter, décrire^ et le style prend naturellement la couleur du sujet.

Le dessein ou le but qu'on se propose change également le ton du style. Si vous êtes en gaieté, vous n'écrirez pas comme si vous étiez dans la peine; si vous faites œuvre de moraliste, vous n'écrirez pas comme si vous faisiez un poème. Un orateur qui monte à la tribune ne parlera pas comme celui qui monte en chaire.

Chaque genre et chaque sujet mettent en jeu une faculté spéciale. Ainsi l'historien, qui expose des faits, s'adresse surtout à la mémoire; le philosophe qui étudie les phénomènes de la pensée s'adresse à la raison ; le poète qui veut plaire et émouvoir s'adresse à l'imagination et au sentiment. Le style de l'historien ne sera pas celui du philosophe; le style du philosophe ne sera pas celui du poète.

Les anciens ont distingué trois genres de style : le simple, le

tempéré, le sublime. Cette distinction est très rationnelle. Il y a en effet trois degrés dans le style, comnae il y a trois degrés dans la voix humaine : basse, baryton, ténor. Il y a le bas et le haut, puis le milieu entre l'un et l'autre. Entre le style simple et le style élevé, il y a aussi un milieu : le tempéré. Voilà les trois tons qui forment la dominante et constituent l'unité du style, selon la nature du sujet. Le style simple est le vêtement naturel des choses ordinaires et communes de la vie réelle; le style tempéré occupe la région intermédiaire entre le réel et l'idéal ; le. style qu'on nomme sublime ou élevé est le langage de l'idéal -même. J'entends par idéal ce que nous concevons de plus beau,^ car la beauté, c'est la pierre de touche du style en littérature. Soyez simple, tempéré ou sublime, ce ne sont que des degrés -;; dans la beauté. La beauté complète est dans Véclat et la verve.'^r l Par les qualités générales, comme nous l'avons dit, on acquiert !^! un bon style, un style sans défaut. Le beau style est celui qui possède des qualités particulières à l'écrivain et particuUères au sujet qu'il traite.

Ainsi M'"® de Sévigné est simple dans ses lettres; mais dans cette simplicité il y a un esprit d'une vivacité singulière et un cœur d'une inépuisable tendresse. C'est la beauté simple.

Fénelon est tempéré. Son imagination poétique est entre ciel et terre; il jette sur sa pensée le brillant manteau de la fiction. Son but n'est pas de retracer le vrai réel, mais le vrai idéalisé par la beauté de la forme. Il est doux, insinuant, gracieux. On le voit, ce n'est plus le simple et ce n'est pas le sublime; c'est la beauté du cygne, c'est la beauté tempérée.

Bossuet, parlant au nom du Dieu qui l'inspire et l'éclairé, c'est la force, c'est la grandeur, c'est l'éclat fulgurant du prophète; il plane au-dessus des nues en plein ciel; c'est la beauté de l'aigle, la beauté sublime. Voilà dans ses grands modèles les trois degrés du style i.

1 Boileau a signalé les vices de ces trois genres, quand on descend trop bas, qu'on veut trop briller ou monter trop haut :

Soyez simple avec art, Sublime sans orgueil, agréable sans fard. Chaque genre a son écueil : un excès de simplicité devient sécheresse; un excès

Zi^ —

Ici nous ne sommes plus dans les humbles régions du talent; nous sommes dans le domaine du génie. Tous ceux qui apprennent à écrire ne peuvent aspirer à cette perfection; mais tous doivent connaître les qualités particulières qui conviennent à tel ou tel sujet; et tous aussi doivent s'appliquer à introduire dans leurs écrits ces qualités qui, entendues largement, font partie essentielle encore de la convenance du style.

Mais, indépendamment de ces trois degrés d'élévation du sujet, il y a une division plus intime et plus profonde à établir, selon le caractère de l'écrivain et la physionomie du sujet luimême. La distinction faite par les anciens est incomplète. Ainsi, des six qualités que l'on considère comme des nuances du style tempéré, il en est trois : Vélégance, la noblesse et la richesse, qui peuvent convenir au style élevé, et les trois autres : la finesse, la délicatesse et la grâce peuvent appartenir aux sujets les plus simples en apparence, au genre épistolaire par exemple. La vraie classification des qualités particulières n'est pas dans cette division en trois genres de style : aussi bien ces trois tons peuvent convenir à tous les sujets, selon le point de vue où Ton les envisage. Ainsi la lettre, le récit historique et particulièrement les mémoires, la poésie champêtre et la poésie du foyer, semblent appartenir au genre simple; mais on y peut prendre tous les tons, selon la nature des choses et le point de généralité où Ton porte ses pensées. D'Alembert critiquait Bufïbn pour sa description du cheval qui, selon lui, devait être faite avec plus de simplicité. D'Alembert avait raison, et Buffon n'avait pas tort. La pensée de Buffon était noble et élevée ; son style dès lors pouvait être noble et élevé. Telle ou telle histoire ne contient que des faits ordinaires de la vie d'un peuple, telle autre retrace des faits grandioses, comme en temps de guerre ou de révolution. Vous le voyez, les trois tons du style ne conviennent pas d'une manière absolue à tel ou tel

d'ornements rend le style artificiel et maniéré, comme trop d'élévation dégénère en enflure.

genre de sujet. Chaque espèce particulière de sujet a un ton différent qui y domine et des tons intermédiaires correspondant au ton principal. Il y a des nuances qu'il faut saisir, sous peine de n'être pas au niveau de la pensée et de ne pas lui donner sa physionomie propre.

On pourrait diviser les qualités particulières en quatre genres : qualités simples, qualités brillantes, qualités douces et qualités fortes. C'est mieux que le simple, le tempéré, le sublime, car si les qualités douces rentrent dans le tempéré et les qualités fortes dans le sublime, les qualités brillantes appartiennent tantôt à l'un, tantôt à l'autre.

La meilleure classification, à nos yeux, est celle qui détermine les qualités diverses d'après la source d'où elles émanent. Cette division est neuve, mais elle nous paraît rationnelle. Toutes les qualités particulières en eff'et viennent de l'esprit, de l'imagination, du cœur, de l'âme, du génie. Nous distinguerons donc les qualités particulières en qualités d'esprit, de cœur, d'imagination, d'âme et de génie.

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