DES JUGEMENTS DE RAISONNEMENT
tenir h la double origine de la théorie du raisonnement. Ainsi deux rivières, longtemps après leur confluent, coulent parallèlement dans le, même lit sans consentir à mêler leurs eaux.
48. — Cependant, l'interprétation de l'expérience est un raisonnement ; il consiste à tirer des jugements empiriques des conséquences nécessaires et rationnellement valables. Ou bien ce raisonnement est syllogistique : alors les deux logiques ne sont pas parallèles, mais subordonnées ; ou bien il est irréductible au syllogisme : alors la syllogistique n'épuise pas la théorie de la connaissance rationnelle. Une étude plus complète et plus serrée nous montrera que l'opposition n'est pas aussi profonde qu'on le croit d'ordinaire entre l'induction et la déduction. Elles se ressemblent en ce qu'elles sont des raisonnements ; nous devons donc découvrir en elles quelque chose à^ identique et quelque chose de différent.
Selon la tradition, la caractéristique du raisonnement déductif est qu'il conclut par la seule puissance de la forme, çiformœ. Des jugements composés de termes différents, ne se rapportant pas aux mêmes objets ni aux mêmes concepts, ne peuvent avoir de relation entre eux. Des jugements composés des mêmes termes diffèrent entre eux par les rapports de ces termes (sujet ou attribut, affirmation ou négation, universalité ou particularité, etc, etc.). De ces rapports dits formels dépendraient, selon la tradition, toutes les relations logiques qui constituent le raisonnement déductif. Un raisonnement identique peut toujours être répété avec des termes différents, et, s'il est valable dans un cas, il est valable dans tous les autres. On peut éliminer la matière des raisonnements en remplaçantles termes par des lettres, selon l'exemple d'Aristote, faire l'inventaire systématique de toutes les formes de raisonnement et en formuler les règles. Le raisonnement déductif serait indépendant des objets sur lesquels on raisonne. La logique déductive porte couramment le nom de logique formelle.
Mais s'il y a une logique formelle, comment n'est-elle pas toute la logique ? Comment les remarques qui précèdent ne s'appliqueraient-elles pas au raisonnement inductif ? Si les jugements dont celui-ci se compose ont des termes différents, ils ne peuvent avoir entre eux de relations logiques.
S'ils sont composés des mêmes termes, leurs relations logiques dépendent de leurs propriétés formelles.
L'expérience a un rôle dans l'induction. Cependant la conclusion du raisonnement inductif n'est pas un jugement d'expérience. Seraient-ce les principes qui seraient empiriques ? Alors les relations logiques entre les principes et la conclusion doivent être formelles, et l'induction est une déduction. Ou bien un appel à l'expérience est-il fait au cours du raisonnement ? Mais, encore une fois, le jugement d'expérience doit être lié aux autres jugements dont le raisonnement se compose par des connexions de pure forme.
La vérité est que le syllogisme n'est pas plus la déduction que l'expérience n'est l'induction ; mais le syllogisme a une fonction dans le raisonnement déductif, comme l'expérience dans le raisonnement inductif. Il y a dans l'un et dans l'autre quelque chose qui a échappé à l'analyse, et ce quelque chose pourrait bien être l'essentiel du raisonnement, et être commun aux deux sortes de raisonnements.
Avant de montrer ce que la logique formelle a d'insuffisant, il nous faut l'exposer afin de reconnaître exactement ce qu'elle peut et ce qu'elle ne peut pas donner ; d'autant que, loin de la rejeter, nous en ferons ressortir l'importance en lui assignant sa fonction.