PRÉFACE
VOUS les traitiez avec solidité, dès 1898. Mais à plusieurs des problèmes qu'elles embrassent vous n'aviez pas encore trouvé une réponse qui vous satisfît. Vous avez continué à apprendre, à réfléchir, à expérimenter dans votre esprit, et vous nous donnez aujourd'hui une doctrine lucide, cohérente, complète, qui marquera un moment dans le progrès de la logique.
Le problème qui vous obsédait peut être ainsi formulé : Il m'est impossible, si je veux expliquer l'œuvre scientifique de l'intelligence, de me contenter du raisonnement qui va du même au même, il me faut nécessairement concevoir un raisonnement qui lie l'autre à l'autre. Mais comment un tel raisonnement pourrait-il avoir force démonstrative ? Le trait de lumière, ce fut de vous demander si le raisonnement, au lieu d'être essentiellement une analyse, ne serait pas, avant tout, une synthèse, une construction ; non, sans doute, une construction arbitraire, mais une construction à la fois spontanée et exécutée suivant des règles inviolables.
Cette idée une fois conçue, vous constatâtes qu'elle était parfaitement réalisable. La spontanéité de l'esprit rendait concevable l'introduction d'éléments nouveaux ; le syllogisme, employé, non comme générateur, mais comme instrument de contrôle, permettait de rattacher, par un lien de nécessité, l'assertion nouvelle aux assertions déjà établies, et aux principes ou postulats que l'esprit ne peut se dispenser d'admettre.
La tâche était donc de montrer, dans ces principes, le secret et commun ressort du raisonnement en tous les domaines de la connaissance, depuis celui de la logique formelle jusqu'à celui de la morale et de l'action. Dès maintenant vous avez accompli une partie considérable de ce travail. Et il n'est point de problème de méthode sur lequel, grâce à vos idées directrices, vous n'apportiez des corrections,