I. Formai Logic, ch. u
latéral se définit par l'égalité des côtés, non par celle des angles. Tous les ruminants connus ont deux doigts à chaque pied ; cette propriété n'appartient pas à la connotation de ruminant, car, comme le remarque StuartMill, si on découvrait quelque part un animal à pied indivis qui régurgitât la nourriture, il faudrait certainement l'appeler ruminant. Appartientelle à la compréhension de ruminant? Oui, si elle est vraie de tous les ruminants, et non pas seulement de ceux connus jusqu'à ce jour. Alors il existerait une corrélation logique, prochaine ou lointaine, entre la structure de l'organe digestif et la structure de l'organe de locomotion (68). Si un ruminant à pied indivis n'existe pas en fait, c'est qu'il est impossible ; mais cette impossibilité peut s'entendre de trois manières :
i" Les deux caractères ne peuvent coïncider parce que la présence de l'un entraîne l'absence de l'autre. On ne voit pas que ce soit le cas dans notre exemple ; mais un cheval ailé est impossible parce qu'un vertébré n'ayant que deux paires de membres, la transformation des antérieurs en ailes exclut leur conservation sous forme de pieds.
2" Les deux caractères ne peuvent coexister parce que l'animal qui les posséderait ne serait pas viable, ou se trouverait dans un état d'infériorité tel qu il serait éliminé rapidement parla sélection naturelle. Nous ne voyons pas pourquoi il y aurait incompatibilité entre le mode d'existence d'un animal ruminant et le mode d'existence d'un animal à pied indivis, mais cette incompatibilité n'est pas impossible. Ce serait le cas d'un oiseau de proie muni d'un bec recourbé, et dépourvu de serres ; son bec serait adapté à lacérer une proie que ses ongles seraient incapables de saisir.
S*^ Les deux caractères ne peuvent coexister parce que, bien que théoriquement il n'y ait aucune impossibilité à leur coexistence, en fait les conditions historiques de leur évolution n'ont jamais été de nature à les faire apparaître chez les mêmes animaux.
Dans les concepts des sciences naturelles, les éléments de la compréhension sont reliés entre eux empiriquement, bien avant que l'esprit découvre leur liaison intelligible et puisse les déduire logiquement les uns des autres.