La. définition nominale
80. — La définition n'est pas assujettie à d'autres conditions que les deux qui viennent d'être exposées : toute proposition qui énonce l'équivalence de deux concepts, c'est-à-dire l'identité de leur extension, et qui substitue un concept plus clair à un concept plus obscur est une définition. Mais toutes les définitions n'ont pas la même valeur.
On distingue des définitions de noms et des définitions de choses. Les définitions de noms sont des conventions destinées à fixer le sens des termes, soit en inventant un nom nouveau, soit en délimitant la signification ambiguë d'un nom ancien ;
dans les deux cas, le défini, le nom, est créé par la définition, car le nom ancien est un nom nouveau s'il a changé de sens. Dans la définition de chose, le défini est donné ; on n'en dispose pas ; il s'agit de faire connaître en quoi il consiste.
81. — Les définitions des dictionnaires sont des définitions de choses, car le mot, dans ce cas, est une chose, un fait d'expérience, un donné. La tâche du lexicographe est de constater l'usage ou les usages, d'enregistrer avec exactitude le sens que donnent à un mot ceux qui le prononcent et ceux qui l'entendent, en un temps, en un lieu et en un milieu donnés ; le sens usuel et reçu d'un mot est un fait géographique et historique.
Cependant, lorsqu'un dictionnaire fait autorité, il fixe, précise et unifie l'usage. Un bon dictionnaire améliore une langue ; il en diminue l'indétermination, en ralentit l'évolution, en élimine les variétés dialectales. Ses définitions ont, dans une certaine mesure, le caractère de conventions acceptées.
La valeur des mots a des analogies avec la valeur des monnaies : les mots ne sont-ils pas l'instrument d'échange de la pensée ? leur sens varie selon les lois de l'offre et de la demande. Celui qui parle tend à leur faire dire le plus possible ; il les étend, les restreint, les transfère selon qu'il a besoin de généraliser, de spécialiser, de comparer. Celui qui écoute offre le moins de pensée possible en échange ; il tend à les ramener au sens le plus direct, le plus communément reçu, le plus obvie. L'usage est comparable au prix du marché ; les mots ont un cours variable comme celui des monnaies. Mais un pouvoir autorisé, l'État dans les pays qui ont des finances stables et bien contrôlées, peut jusqu'à un certain point donner aux monnaies une valeur conventionnelle et « fiduciaire » qui les soustrait aux fluctuations du marché et en fixe le cours ; c'est le cas de nos monnaies d'appoint. De même un dictionnaire autorisé peut jusqu'à un certain point soustraire les mots à la variété des marchés, qui sont les dialectes, et à la variabilité des cours ; ses formules de définition se conforment à l'usage le plus commun, ensuite l'usage s'unifie en se conformant à ses formules.