I. SnNOZA, De Emendalione iniellectus
ramilles très naturelles constituées par Tournefort, telles que les Labiées, les Légumineuses, les Composées; il les distrait de Thexandrie où elles devaient se placer, et les définit par la morphologie des étamines : Didynamie (Labiées), Tétradynamie (Légumineuses), Synanthérie (Composées).
A.-L. de Jussieu, dans son Gênera Plantai-um, fit la critique de la classification de Linné : « Il ne faut pas compter les caractères, il faut en apprécier l'importance, Non nuineranda, sed ponderanda. » Et il divisa tous les végétaux en
Acotylédones dits depuis Cryptogames.
Monocotylédones ) i-. i • t^i
T^. ^ i,j \ dits depuis Phanérogames.
Dicotvledones \ ^ "
Le cotylédon absent, unique ou double entraîne tant d'autres caractères dans toutes les parties de la plante qu'un très petit fragment de tige, de feuille, de fleur ou de fruit suffit à reconnaître à quel embranchement appartient un végétal. Par exemple, dans une tige de dicotylédone, les vaisseaux sont réunis en faisceaux et ces faisceaux rangés circulairement tandis qu'une tige de monocotylédone les montre disséminés dans un parenchyme. Une feuille de dicotylédone a des nervures ramifiées ; celles d'une feuille de monocotylédone sont indépendantes, ne se ramifient et ne se croisent jamais, et une section transversale les trouve en même nombre et dans le même ordre depuis l'insertion de la feuille jusqu'à son extrémité.
Le principe énoncé par Jussieu s'appelle subordination des caractères.
94. — Toute subordination de caractères est un jugement universel, théorème qui se démontre par déduction ou loi naturelle qui se prouve par induction. Il en résulte qu'une classification n'est pas seulement bonne ou mauvaise ; elle est vraie ou fausse. Une classification est toute une science et même la classification est toute la science.
Les classifications artificielles doivent être conformes au principe de la subordination des caractères pour tous ceux qui sont pris en considération. Choisir un principe de classification, par convention arbitraire et pour des raisons de convenance, d'utilité ou de commodité pratiques, c'est décider quels
caractères ou genres de caractères on prendra en considération et quels autres on négligera. Mais les caractères choisis sont subordonnés les uns aux autres par des jugements qui sont vrais ou faux, et point du tout arbitraires.
Il faut avoir une connaissance approfondie des objets que l'on classe pour apprécier l'importance des caractères. Les classifications doivent être remaniées souvent ; car lorsqu'on découvre un caractère plus important, ce n'est pas seulement la formule de définition des classes qui est changée, ce sont leurs limites. L'abandon d'une classification est comme un témoignage des services qu'elle a rendus : elle en a fait découvrir une meilleure.
Appelons P le caractère important, Q un autre caractère nécessairement et constamment lié avec lui, S un individu quelconque de la classe définie. Le caractère important est la différence d'une définition nominale ; il est donc attribut de tous les jugements catégoriques virtuels qui forment l'extension du concept défini {Tout S est P), c'est-à-dire qu'il est un caractère universel de la classe. En même temps, il est l'un des termes de tous les jugements hypothétiques virtuels qui forment la compréhension du concept ; seulement il est l'antécédent des uns, le conséquent des autres, selon qu'il les les entraîne ou qu'il les suppose, que l'on passe de l'un à l'autre en descendant de la condition au conditionné, par démonstration (Si S est P, il en résulte que S est Q), ou en remontant du conditionné à la condition, par analyse (Pour que S soit P, il faut que S soit Q).
Le caractère important n'est pas nécessairement une définition initiale ou essentielle ; mais il suppose une définition initiale. S'il en était autrement, l'analyse du concept défini devrait nécessairement le résoudre en plusieurs concepts distincts. C'est précisément quand on s'aperçoit qu'un concept se résout en plusieurs essences indépendantes qu'on remanie ses classifications et ses définitions.
La différence essentielle diffère du caractère important en ce qu'elle est la condition et non la conséquence de tous les autres caractères du genre défini, des différences de ses espèces et de ses sous-espèces, en allant jusqu'aux espèces infimes, que celles-ci soient des classes de faits naturels ou simplement des concepts possibles. On descend par démonstration du
caractère essentiel à tous les autres, on ne remonte pas par analyse au delà du caractère essentiel. Le caractère essentiel est donc le principe du genre.
Mais les jugements hypothétiques peuvent exprimer des relations logiquement nécessaires, démontrées par déduction, ou seulement des relations empiriquement constantes, établies par induction. Il peut donc se faire que le principe du genre étant découvert, l'esprit ait encore une tâche à remplir : trouver la raison intelligible des relations empiriques, dont il peut d'ailleurs être très assuré, déduire ce qu'il a induit. Quand une science est devenue purement déductive, toutes les propriétés de chaque concept sont des conséquences logiques d'une seule d'entre elles qui est sa définition essentielle.
11 faut remarquer que cette manière d'entendre Vessence et la définition essentielle n'est nullement métaphysique, puisqu'elle ne comporte que des nécessités logiques. Les mathématiques présentent de remarquables exemples de classifications parfaites.
95. — Nous avons parlé de genres suprêmes et d'espèces infimes. L'espèce infime est celle qu'on juge assez voisine du réel pour qu'il soit inutile de la diviser davantage. Il n'y a pas de véritables espèces infimes ; il y a seulement des espèces où l'on s'arrête. On ne rejoint pas le sujet singulier et concret par subdivision des concepts. Toute espèce contient en extension une infinité de sujets (réels ou possibles) ; autrement elle serait une collection ; des sous-espèces sont donc toujours possibles. Ce principe que Tout vivant naît de vivants semblables à lui signifie que l'espèce biologique existe naturellement^; on peut néanmoins la subdiviser, et on la subdivise en effet en variétés et en races. Entre le caractère général et le caractère individuel, entre la définition et la description, il y a place pour une infinité de définitions. L'infima species, dont Aristote faisait l'objet de la science parce qu'elle est aussi près que possible de l'être, qui est l'individu, est une impossibilité.
Mais le summum genus, dont Platon (avec plus de raison) faisait l'objet de la science, semble inévitable. Il y a au moins
I. Ce principe lui-même n'est pas absolu, puisqu'il y a des hybrides, et que d'ailleurs l'espèce évolue.
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un genre qu'on ne définit pas, puisque tout genre se définit comme espèce d'un genre plus étendu.
Toute classification, pour définir le genre qui comprend tous les objets à classer, doit recourir à un concept qui les embrasse tous et les dépasse. Toutes les classifications quelles qu'elles soient doivent aboutir à un concept qui ne peut plus être dépassé, ni par conséquent défini, parce qu'il enveloppe tous les concepts possibles (89, 90). h'étre est le plus général de tous les concepts, si l'on y comprend non seulement tous les êtres naturels ou réels, mais aussi les êtres imaginaires et les « êtres de raison )). C'est un concept qui est attribut de tous les sujets possibles et sujet de tous les attributs possibles^ On ne peut le ranger dans un genre plus étendu, et cela ne suffirait pas pour le définir, car il faudrait encore une différence, et celle-ci ne saurait être qu'un autre genre.
Nous venons pourtant de le définir : un concept qui est attribut de tous les sujets et sujet de tous les attributs. Mais nous l'avons défini par les caractères logiques de la pensée dont il est l'objet, par l'indétermination absolue des sujets et des attributs de ses jugements virtuels; il ne reste donc de déterminé en ceux-ci que la copule ; tout être est la possibilité de quelque assertion. Nous avons défini le concept d'être, non l'Etre ; nous n'avons pas dit ce que c'est que d'être, mais ce que c'est que de penser l'être en général, et ce que nous avons défini, c'est le plus général de tous les concepts possibles, le summum genus.
Toute science autocéphale a pour objet un concept uniqpe
I. C'est pour cette raison que le verbe être est employé comme copule. Tous les autres verbes contiennent dans leur signification : i° des circonstances de personne, de nombre, d'indépendance ou de subordination logique (mode), et surtout de temps (^Zeitwort), que les langues tendent à exprimer par des flexions du radical ou par des juxtapositions de mots distincts selon qu'elles sont plus synthétiques ou plus analytiqiies ; 3" la fonction de copule, exprimée par le seul fait qu'un mot est employé comme verbe ; 3» un concept, l'attribut du jugement, exprimé par le radical. Le verbe qui contient le plus général et le moins déterminé de tous les concepts était le seul qui pût admettre indifféremment tous les attributs possibles. En espagnol, le verbe estar, de slare, qui n'a pas tout à fait le même sens que ser, de esse, mais s emploie dans la plupart des cas où nous employons le verbe être, a perdu le sens de slalioi}, autrement il ne pourrait se dire d'un sujet couché, et celui d'état, autrement il ne pourrait se dire d'un sujet qui change. Les trois verbes allemands stehen. liegen et sitzen n'ont très souvent guère d'autre valeur que celle de copule, et nous les traduisons alors par le verbe être ; mais comme le sens de leur radical ne s'est pas perdu, il faut choisir entre eux selon que le sujet admet l'attribut ■debout, couché ou assis (ii5).
qu'elle ne définit pas. Comme il est le suinmiini ^eniis de cette science, comme il en est à lu fois le concept le plus pauvre et l'idée la plus riche (72), comme il contient dans sa com[)réhension toutes les vérités de cette science et dans son extension tous les sujets auxquels ces vérités pourront jamais être applicables, elle ne saurait fournir un concept plus général dont il soit une espèce. Ainsi la géométrie ne définit pas l'espace. Lorsqu'elle énumcre quelques-unes de ses propriétés, par exemple qu'il est infini, homogène, isotrope, qu'il a trois dimensions, etc. elle ne fait que choisir les postulats, c'est-àdire les hypothèses ou conventions logiques dont elle se propose de tirer les conséquences ; elle ne définit pas la spotialité. C'est à la psychologie qu'il appartient de définir, non pas l'objet de la géométrie, mais la manière dont il est pensé. L'idée fondamentale de chaque science autocéphale pose un problème de psychologie.
Ces problèmes, la psychologie ne les résout que par un appel à l'intuition et l'abstraction, l'intuition qui fournit tout ce qu'il y a de positif dans le concept, l'abstraction qui en fait un concept. J'ai l'intuition que je juge, c'est l'essence même de mon expérience en général. Si je fais abstraction de toute détermination du sujet et de l'attribut de mon jugement, il î^este l'assertion. J'ai l'intuition que je distingue des objets (par exemple des couleurs) en les situant les unes en dehors des autres. Si je fais abstraction de toute détermination de figure et de situation, il reste une possibilité infinie de situations et de figures. Les genres suprêmes sont des résidus d'abstraction (90).