XII PRÉFACE
ment humaine ? La conscience est un instrument de finalité : elle se développera donc, en vertu de la même loi qui assure la survivance et le développement des qualités utiles en général. Et, même, les sentiments et les croyances de la conscience comporteront une valeur relative, en tant qu'ils apparaîtront comme orientés vers des fins susceptibles d'être rattachées aux lois générales de l'univers.
C'est ainsi que vous parcourez, en repensant toutes choses d'un esprit aussi constructif que critique, les étages successifs de notre monde. Votre conclusion, c'est que l'œuvre à laquelle s'est vouée la science est réalisable, au moins en droit, pourvu que la recherche scientifique soit conduite d'après les règles de la vraie logique. Ces règles se résument en celles-ci : réaliser l'indépendance de l'intelligence à l'égard du sentiment et de la volonté ; et user de toutes les ressources dont elle dispose.
Le rationalisme est ainsi l'attitude d'un esprit droit et réfléchi, non que cet esprit s'interdise le recours aux motifs de sentiment, là où fait défaut l'évidence des faits ou des raisons ; mais il ne saurait oublier que la croyance ainsi obtenue est une décision de la volonté, non un jugement de l'esprit.
Je ne m'étonne pas de voir votre (( Traité de Logique » aboutir à l'esquisse de toute une philosophie. Il me semble que vous avez conçu votre sujet de la manière large et féconde qu'avaient inaugurée les Bacon et les Descartes, et qui devait déterminer l'évolution de la philosophie moderne. Gomment, se demandèrent ces esprits profonds et positifs, devons-nous conduire nos pensées, pour qu'elles représentent, d'une manière intelligible, non seulement les rapports de nos idées, mais les rapports des choses elles-mêmes.^ Gomment concevoir une logique réelle, c'est-à-dire une méthode de comprendre, non des abstractions façonnées au gré du logicien, mais la nature, telle qu'elle est?