Toute assertion est affirmative ou négative
On a remarqué que le jugement affirmatif est logiquement antérieur au jugement négatif, toute négation étant le rejet d'une affirmation. L'affirmation ne suppose pas d'autres conditions que les raisons qu'on a d'affirmer, tandis que la négation suppose, outre les raisons de nier, quelque raison de nier ceci plutôt que cela. Tout jugement, dit Platon*, contient un peu d'être et une infinité de non-être. Mais précisément parce que ce non-être est infini, il est aussi impossible qu'inutile d'en faire matière de jugements. Pour juger que ce livre est bleu, il me suffit de le voir; pour juger qu'il n'est pas rouge, il faut, en outre, que quelqu'un prétende, ou que j'aie cru moi-même ou que je songe à la possibilité de croire qu'il est rouge. Autrement, je devrais aussi juger qu'il n'est pas vert, qu'il n'est pas jaune, etc., et encore qu'il n'est pas gros, neuf, illustré, immoral, etc. Mais je ne jugerai pas qu'il n'est pas quadrupède, parce qu'il n'apparaît pas comme possible que quelqu'un juge que ce livre est quadrupède. Le jugement négatif, à cause de son indétermination, ne peut être qu'une protestation contre un jugement affirmatif donné ou supposé '. La négation rentrerait ainsi dans la modalité ; elle serait elle aussi un jugement sur un jugement. « Si je dis : Cette table n'est pas blanche, dit M. Bergson, ce n'est pas, au fond, sur la table elle-même que je porte ce jugement, mais plutôt sur le jugement qui la déclarerait blanche. Je juge un jugement, et non pas la table. »
Mais si la modalité n'est pas, comme nous l'avons vu, une propriété formelle des jugements, il ne saurait en être de même de la qualité, car juger c'est essentiellement discerner le vrai du faux, ce qu'il faut affirmer de ce qu'il faut nier.