‹ Traité de logique;Chapitre 72 sur 106 · LA DEMONSTRATION DU FAIT SINGULIER · texte numérisé non relu

LA DEMONSTRATION DU FAIT SINGULIER

175. — Lorsqu'un juge d'instruction prouve par des documents un fait qui n'a eu aucun témoin, comment convient-il d'appeler son raisonnement? Induction? Mais on réserve ce nom au passage du fait à la loi. Déduction? Alors il faut admettre une déduction du fait au fait, du singulier au singulier. Le nom d'ailleurs importe peu, car nous verrons bientôt que le raisonnement est un, et que l'induction et la déduction sont des opérations de même nature, la première ne différant de la seconde que par l'appel à l'expérience.

Le raisonnement qui va du singulier au singulier consiste à construire le fait inconnu avec les faits connus. Il est impossible sans le secours de principes généraux, car les opérations constructives ne doivent rien contenir d'arbitraire, et seules des vérités générales peuvent leur fournir des règles. Chaque application de principe est un syllogisme hypothétique à conclusion singulière. Les principes peuvent être soit des propositions exactes et rationnellement démontrées, soit des lois naturelles. Ils déterminent d'une part la possibilité des opérations, d'autre part la nécessité de leurs résultats.

La déduction du fait au fait ne se meut pas dans l'idéale simplicité des relations abstraites, mais dans la complexité quasi infinie du réel. Aussi est-elle difficilement rigoureuse. Pour que ses démarches n'aient rien d'arbitraire, deux conditions sont requises : 1° Il faut que les principes appliqués soient rigoureusement certains dans leur universalité. Or notre con-

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