‹ Traité de logique;Chapitre 75 sur 106 · LE TÉMOIGNAGE · texte numérisé non relu

LE TÉMOIGNAGE

monnaies et médailles, les pièces diplomatiques et tous les écrits qui n'ont pas été faits pour renseigner la postérité ne sont point des témoignages. Il en est de même des pièces à convictioriy des traces relevées par une enquête. La géologie, la paléontologie interprètent des vestiges et non des témoignages. Un bambou fossile est la preuve de l'existence d'une flore tropicale, à l'époque secondaire ou tertiaire, dans une région aujourd'hui tempérée. Un organe rudimentaire et incapable de remplir une fonction est la preuve de l'existence de cette fonction chez les ancêtres d'une espèce animale ou végétale. Aux vestiges ou traces du passé, il faut ajouter les, signes, qui sans être des restes ou survivances de faits passés, sont si nécessairement liés à des faits passés ou présents, mais non directement observés, que l'existence de ces faits est la seule explication possible du signe.

Les témoignages sont destinés à renseigner, donc ils peuvent être aussi destinés à tromper. D'ailleurs les vestiges, traces et signes peuvent aussi être des témoignages sans qu'on s'en doute : les œuvres apocryphes, les monuments altérés par des restaurations, les pièces d'archives fabriquées, une mise en scène simulant un cambriolage ou un suicide sont de faux témoignages.

Le témoin historique le plus consciencieux et le plus sincère ne s'est, en général, donné la peine d'écrire que pour présenter les faits comme il désire que la postérité les voie et les juge. Ce qui rend la critique du témoignage si difficile, c'est qu'elle ne se borne pas à appliquer des lois de causalité, mais aussi des lois de finalité. Le témoin est suspect quand son témoignage est favorable à son mérite personnel, à son orgueil, à sa vanité, à son parti, à sa caste, à sa patrie ; il est sûr dans le cas contraire, car alors la vérité est la seule cause finale qui ait pu le déterminer à l'écrire.

La concoT'dance des témoignages indépendants est un fait distinct du témoignage lui-même. On l'interprète en vertu d'un principe spécial : la concordance dans l'erreur et le mensonge sans entente préalable et sans cause commune d'illusion est une rencontre fortuite dont la probabilité diminue rapidement quand le nombre des jugements faux augmente. Si les témoins ont pu être déterminés par les mêmes mobiles et en vue des mêmes fins à altérer la vérité dans le même sens, leurs récits

manifestent la même tendance, mais cela n'expliquerait pas qu'ils eussent inventé les mêmes faits.

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