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MÉTHODE DE CONCORDANCE VARIÉE 2S

pratique on est souvcntobligé de s'en contenter, les exigences de l'a(;tion ne laissant pas le temps de rechercher la certitude parfaite. Dans les sciences, le meilleur moyen de s'assurer d'une supposition est de la mettre à l'épreuve en s'appuyant sur elle comme sur une vérité.

Est-il impossible que deux hommes aient les mêmes empreintes digitales? Non, certes. Mais les combinaisons que peuvent présenter les rangées de papilles tactiles h l'extrémité des doigts sont infinies, et, en fait, si variées que le service anthropométrique a pu en comparer des milliers sans en rencontrer deux semblables. S'il y a déjà peu de chances que le vrai coupable et un innocent quelconque aient des empreintes digitales identiques, il y en a bien moins encore que cette concordance si rare se rencontre précisément entre le vrai coupable et celui que d'autres indices ont désigné aux soupçons de la justice.

Je n'ai d'autres preuves de l'existence de la ville de Londres, où je ne suis jamais allé, que la concordance variée d'une multitude de témoignages et de signes indépendants, dont aucun pris séparément n'est décisif. Le récit d'un voyageur qui en revient peut être une mystification, et quelque supercherie ou quelque illusion est possible dans chacun des faits que j'explique par l'existence de la ville de Londres. Mais la supposition d'un ensemble si divers de mensonges, d'artifices, de rencontres fortuites, propres à faire croire à l'existence d'une ville qui n'existerait pas est d'une improbabilité qui dépasse toute estimation et qui équivaut sensiblement à une impossibilité. Sensiblement, en ce sens que, même après nous être rendu compte qu'il n'y a pas là une impossibilité logique rigoureuse, nous ne pouvons pas percevoir de différence entre une conviction aussi forte et une entière certitude.

178. — La concordance variée est particulièrement saisissante, i/upressionnante, quand elle se rencontre dans des faits qui n'ont pas contribué à construire la supposition, surtout si c'est la supposition même qui les a fait découvrir. La concordance variée se présente alors sous la forme d'une ^^érification : Si telle interprétation des faits connus est juste, on devra observer tel autre fait ; ce fait, un supplément d'enquête le vérifie. Il est difficile de se défendre de l'impression qu'il a

une valeur probante plus grande que s'il avait été connu d'abord. Il n'en est rien. La probabilité d'une supposition croît très vite avec le nombre des faits concordants, car chaque fait nouveau et indépendant, s'il a quelque valeur, restreint le champ des suppositions possibles. II l'eût restreint exactement de la même manière s'il eût été connu d'abord, et qu'on eût été obligé d'en tenir compte.

Il faut se tenir en garde contre les impressions subjectives qui constituent la vraisemblance et l'invraisemblance. En l'absence de nécessité logique rigoureuse, la conviction peut être produite par des causes non rationnelles, le jugement qui n'est pas déterminé entièrement par d'autres jugements, peut l'être par des sentiments. La vraisemblance ne relève pas de la logique. Mais \di probabilité du jugement est indépendante des impressions subjectives; elle relève de conditions qui ne sont rien autre chose que des jugements, de causes qui ne sont rien autre que des raisons ; elle appartient donc à la connaissance rationnelle et peut même, dans certains cas et sous certaines conditions, se calculer.

La logique de la probabilité exigerait à elle seule un traité spécial. On la range d'ordinaire parmi les sciences mathématiques ; elle fait un si grand usage du calcul et de l'algèbre qu'il convient en effet de la laisser aux mathématiciens. Mais elle est une application des mathématiques, non une science mathématique. De même que la physique mathématique est de la physique, de même le calcul des probabilités est de la logique.

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