CHAPITRE XIII L'INDUCTION
179. — La logique d'Aristote, qui était pourtant avant tout un naturaliste, n'est guère qu'une théorie de la déduction. La logique inductive est l'œuvre d'un philosophe qui était homme d'Etat, quelques-uns disent même poète dramatique, mais pas du tout naturaliste ni physicien *.
Les deux logiques se sont juxtaposées sans s'unir, sans former non plus un contraste : elles sont hétérogènes. Il n'est d'ailleurs pas étonnant que l'intelligible et le réel, la pensée pure et la pensée empirique soient de nature différente sans être opposés. Cette hétérogénéité des vérités d'induction et de déduction est très nette dans la philosophie de Leibniz. Tandis que les vérités de raisonnement pur, qui ne relèvent que du principe de contradiction, s'imposent à Dieu même, les lois de la nature sont des « maximes subalternes » établies par lui, des décrets de sa volonté. Elles n'ont rien de nécessaire en soi ; elles sont choisies par lui parmi les possibles, parce qu'elles sont, dans leur ensemble, les meilleures ; pourLeibniz, les lois naturelles sont des créatures. Ainsi un législateur édicté des lois que sa sagesse lui inspire, que sa volonté décide, que sa voix proclame, que son autorité impose; il en est l'auteur et I l'arbitre ; il est lui-même soumis à des lois qu'il n'a pas faites, dont il ne dispose pas, celles de la raison universelle.
Cependant le raisonnement pur est destiné à se rapporter au réel. Ses principes expriment des expériences possibles et ses conclusions d'autres expériences possibles. Il serait vain s'il ne modifiait pas soit notre action sur les choses soit notre attente des événements. D'autre part l'analyse expérimentale n'a pas seulement pour but une prise de possession des puis-