‹ Traité de logique;Chapitre 81 sur 106 · Ibid., p. d · texte numérisé non relu

Ibid., p. d

GoBLOT. — Traité de Logique. 21

mais seulement ce qui est pour nous. Elle ne vise qu'à interpréter notre expérience. Par cela seul' que notre expérience est nôtre, elle est pensée, partant conforme aux exigences de la pensée. Qu'il y ait, en dehors de notre pensée, des choses et des principes, n'ayant aucun commerce avec notre esprit, c'est fort possible, mais nous n'en pouvons rien savoir. « Une chose ne commence à exister pour nous qu'au moment où notre esprit entre en commerce avec elle\ »

207. — Cette doctrine est d'une parfaite clarté tant qu'il s'agit des principes qui rendent compte de la possibilité de l'expérience. Que des choses en soi existent contrairement à ces principes ou en dehors d'eux, rien ne s'y oppose, mais elles nous demeurent étrangères parce qu'elles ne sont point de nature à être perçues. Il n'en est plus de même des principes qui se rapportent à l'interprétation de l'expérience. Les faits appréhendés par nous, s'ils sont soumis aux conditions d'une expérience possible, ne sont pas pour cela soumis aux conditions d'une expérience intelligible. Ils pourraient être rebelles aux conditions d'une science rationnelle, ne pas se laisser ordonner et systématiser, ne pas former de « séries dans lesquelles l'existence du précédent détermine celle du suivant », encore moins des « systèmes dans lesquels l'idée du tout détermine l'existence des parties ».

Kant a cru échapper par cette doctrine à la principale difficulté du système de Leibniz : deux univers entre lesquels l'accord ne pouvait être qu'une harmonie préétablie, l'univers pensé et l'univers réel. Mais l'univers pensé n'est vraiment pensé que si l'on tient compte des virtualités, si l'on ajoute au représenté le représentable. Déjà, en dynamique, il est impossible de s'en tenir aux accélérations actuelles, il faut y joindre des accélérations virtuelles, c'est-à-dire des forces, et un système dynamique n'est intelligible que s'il est fait d'énergies potentielles aussi bien que d'énergies actuelles. De même, en physique, qu'il s'agisse de chaleur, d'électricité, de combinaison chimique, il faut toujours tenir compte à la fois du potentiel et de l'actuel. Or si « l'univers de la pensée » se compose du représentable aussi bien que du représenté, il ne reste

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