y ^ une induction téléologique
La finalité, étant une interprétation des faits comme la causalité, se découvre comme elle au moyen d'une hypothèse suivie de vérification. L'hypothèse se construit et, dans une certaine mesure, se vérifie, par la méthode de convenance complexe, qui est pour la finalité ce qu'est pour la causalité la méthode de concordance variée (190). L'ordre que l'induction baconienne se propose de découvrir est une uniformité dans la diversité et le désordre apparent des faits : la concordance en estle signe. L'ordre téléologique est une adaptation des éléments au tout, des antécédents au conséquent : la convenance en estle signe. — La concordance exceptionnelle ou rare peut être une simple coïncidence accidentelle ; le signe de la causalité, c'est, à défaut de la concordance constante qui, étant infinie, ne peut être donnée, la concordance variée. De même la convenance simple peut être une rencontre fortuite ; le signe de la finalité, c'est la concordance complexe.
La causalité est une interprétation de la succession ; la finalité, à son tour, est une interprétation de la causalité. L'induction baconienne consiste à discerner les successions qui sont causales, l'induction téléologique à discerner les causalités qui sont finalistes. La synthèse idéale qui reconstruit l'activité vitale ne peut venir qu'après l'analyse expérimentale qui la détruit. Le caractère synthétique de l'induction téléologique s'oppose au caractère analytique de l'induction baco-
LA CONVENANCE COMPLEXE 3û1
nienne. La perfection de celle-ci est d'arriver à des relations entre des termes simples, indécomposables, tels que le volume d'un gaz et sa pression; on élimine tout le reste, toutes les circonstances concomitantes ; quand on ne peut pas les faire disparaître, on les annule en comparant des cas où elles sont identiques. Dans l'induction téléologique au contraire, ce qu'il faut considérer, c'est le contraste entre l'unité du tout ou du résultat et la complexité des éléments ou des moyens.
L'induction baconienne n'établit que l'existence d'un ordre constant sans en faire connaître la raison. Pour être constant, il faut bien que cet ordre soit nécessaire, mais nous n'en apercevons pas la nécessité. L'induction baconienne excite l'esprit à chercher l'explication des lois empiriques dans des théories — qui ne sauraient jamais être que des hypothèses, car elles sont nécessairement suspendues à des indémontrables (209), — mais qui permettent de les déduirez priori d'un petit nombre d'indémontrables, c'est-à-dire de les construire par des opérations non arbitraires, sans faire appel à l'expérience.
Pareillement, l'induction téléologique est une hypothèse suggérée par des faits de convenance complexe, et susceptible d'être confirmée, jusqu'à une probabilité parfois indiscernable pour nous de la certitude, par une plus grande complexité des faits de convenance. Elle établit seulement l'existence de la finalité, c'est-à-dire du rapport de moyen à fin, sans en faire connaître la raison, c'est-à-dire la cause initiale. Elle excite l'esprit à chercher la raison de la finalité empiriquement reconnue, non pas par des raisonnements a priori, mais parl'analyse plus approfondie du déterminisme des phénomènes.
La vérification parfaite de l'hypothèse, dans l'induction baconienne, rarement obtenue d'ailleurs, est l'expérience cruciale. La vérification parfaite de l'hypothèse dans l'induction téléologique, c'est la découverte de la cause initiale, c'està-dire de la cause qui, par un caractère que nous allons essayer de déterminer, oriente tout le processus vers sa fin. Seulement l'expérience cruciale n'apporte à la loi de causalité que la certitude, tandis que la découverte du terme initial apporte à la finalité à la fois la certitude et l'intelligibilité.