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La méthode de concordance complexe est le rai

sonnement du finalisme théologique et providentiel. L'abus qu'on en a fait ne la condamne point. Trois sortes de paralogismes sont à éviter dans l'application de cette méthode.

i" On imagine des relations de convenance là où il n'y en a pas. Pour les « cause-finaliers » dont Voltaire s'est moqué, tout ordre, toute régularité est finalité, même quand ils n'en aperçoivent ni la cause ni même la fin, par exemple la périodicité du mouvement des astres. A ce compte, toute causalité, tout mécanisme serait finalité, et c'est dans les faits les plus simples, où jouent les agents les moins divers, comme le monde sidéral presque uniquement régi par la loi de gravitation, qu'elle apparaît avec le plus d'évidence^ La seule existence de lois naturelles, et par conséquent d'un ordre, est, pour quelques métaphysiciens, delà finalité, en sorte qu'il pourrait V avoir, non pas au sens restreint que Kant a donné à cette expression, mais au sens absolu, une finalité sans fin.

Il y a convenance complexe quand l'ordre des faits est si ino-énieusement agencé, si bien adapté à une fin définie, que l'hypothèse d'une combinaison accidentelle, à laquelle cette fin n'au7'ait point de part, doit être considérée comme inadmissible. Quand même il serait vrai qu'un monde ordonné, soumis à des lois suppose quelque fin, ce serait là une philosophie de la nature et non une méthode logique.

2° Mais là n'est pas le défaut le plus ordinaire de l'argumentation téléologique ; il consiste à se tromper, non pas à Tégard du terme initial, que la méthode de convenance complexe ne manifeste pas, mais à l'égard du terme final. La plupart des faits de convenance complexe allégués au chapitre ii du Traité de l'Existence de Dieu de Fénelon, qui traite des « Merveilles de la nature^ », sont bien, en somme, des cas de finalité. Mais le moyen est presque toujours pris pour la fin. « Si l'eau était un peu plus raréfiée, elle ne pourrait plus soutenir ces prodigieux édifices flottants qu'on nomme vaisseaux. » Ce sont

I. Coeli enarrant gloriam Dei. — Quis est qui, cum suspexerit in coelum, non sentiat Deum esse? (Cicéron), — « Le ciel étoile sur nos tètes... » (Kant).

3. Les Harmonies de Bernardin de Saint-Pierre sont célèbres pour leur finalisme intempérant. Mais le livre a été publié, après la mort de Bernardin, par Aimé Martin, qui avait hérité de ses manuscrits en épousant sa veuve, et il a été refait par lui. D'après M. Maurice Souriau (Bernardin de Saint-Pierre, Société française d'imprimerie et de librairie, igoS), les excès et les ridicules de ce livre seraient imputables au seul Aimé Martin.

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les vaisseaux (lui sont fails pour (lotter et non l'eau pour les supporter, u Qui est-ce qui a pris le soin de choisir une si juste configuration de parties et un degré si précis de mouvement pour rendre l'eau si fluide, si insinuante, si propre à échapper, si incapable de toute consistance, et néanmoins si forte pour porter et si impétueuse pour entraîner les plus pesantes masses ? » S'il en était autrement, (( il n'y aurait que des animaux volatiles ; nulle espèce d'animal ne pourrait nager, nul poisson ne pourrait vivre ; il n'y aurait aucun commerce par la navigation ». C'est dans le navire, c'est dans le poisson et non dans l'eau que se trouve la convenance complexe. 11 y a certes convenance complexe entre le cycle des saisons et le cycle annuel de la végétation ; mais ce sont les végétaux qui sont adaptés aux saisons et non les saisons aux végétaux.

La convenance complexe se rencontre dans l'organisation des êtres vivants. En dehors de là, on ne la trouve que dans les œuvres de l'instinct et de l'intelligence des animaux et de rhomme : elle y est encore une conséquence de l'organisation ; ces ouvrages artificiels n'ont en eux-mêmes ni leur fin ni leur cause initiale ; ils ne sont que des moyens et, par conséquent, ils font eux-mêmes partie de la finalité organique. L'origine de ces paralogismes qui prennent le moyen pour la fin est ridée préconçue, avouée ou tacite, de l'anthropocentrisme.

3® On prend pour modèle la finalité qui est clairement perçue dans notre activité intelligente, où nous percevons par la conscience, ou croyons percevoir le terme initial, et on y ramène toute finalité. C'est l'anthropomorphisme.

« Qui croira que V Iliade d'Homère, ce poème si parfait, n'ait jamais été composé par un effort de génie d'un grand poète, et que les caractères de l'alphabet ayant été jetés en confusion, un coup de hasard, comme un coup de dés, ait rassemblé toutes les lettres précisément dans l'arrano-ement nécessaire pour décrire dans des vers pleins d'harmonie et de variété tant de grands événements ; pour les placer et pour les lier si bien tous ensemble, pour peindre chaque objet avec tout ce qu'il a de plus gracieux, de plus noble et de plus touchant; enfin pour faire parler chaque personne selon son caractère d'une manière si naïve et si passionnée ? Qu'on raisonne et qu'on subtilise tant qu'on voudra, jamais on ne persuadera à un homme sensé que l'Iliade n'a point d'autre GoBLOT. — Traité de Logique. 23

auteur que le hasard. Gicéron en disait autant des Annales d'Ennius ; et il ajoutait que le hasard ne ferait jamais un seul vers, bien loin de faire tout un poème \ »

Voilà un excellent exemple de convenance complexe. Les suivants, également empruntés aux anciens, une symphonie, une statue, un tableau, sont également probants : de tels ouvrages supposent un ouvrier. La probabilité que le «hasard», e'est-à-dire ici la seule causalité mécanique, puisse les produire est infiniment petite, même avec l'hypothèse épicurienne d'une infinité de combinaisons dans le temps et l'espace infinis. Mais, dans ces exemples, l'agencement des parties a pour fin la signification ou l'expression ; la peinture, la sculpture, la musique sont, aussi bien que la poésie, des langages. Quand je comprends ce que l'on me dit, je suis fondé à penser que quelqu'un me parle. Un langage a pour fin de coaimuniquer à un esprit ce qui vient d'un autre esprit : les deux intelligences qui s'entendent sont comprises dans la convenance complexe. C'est par une interprétation finaliste des faits que nous sommes assurés qu'il y a d'autres hommes, que, semblables à nous par l'apparence extérieure, ils le sont encore par la vie intérieure, enfin que certains animaux supérieurs sont doués de pensées et de sentiments plus ou moins analogues aux nôtres. L'anthropomorphisme est une interprétation légitime de la convenance complexe dans ce cas spécial du lano-age, au sens le plus étendu de ce mot. Mais la nature n'est point un langage. « Pourquoi donc cet homme sensé, continue Fénelon, croirait-il de l'univers, sans doute encore plus merveilleux que VIliade, ce que son bon sens ne lui permettra jamais de croire de ce poème? » — Parce que l'univers n'est ni un poème, ni une symphonie, ni une statue, ni une peinture, ni, en général, un moyen d'expression.

228. — Dans les œuvres de l'industrie humaine, on appelle automatiques les machines dans lesquelles un mécanisme est déclenché, au moment où son action est nécessaire, par la circonstance même qui la rend nécessaire. Un frein automatique est mis en jeu par l'excès de vitesse qui va devenir un danger, un avertisseur automatique par l'événement dont on a

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