‹ Traité de logique;Chapitre 88 sur 106 · I. F. Hennegut, La Cellule, p. aôg · texte numérisé non relu

I. F. Hennegut, La Cellule, p. aôg

contre un intrus, contre une armée d'intrus qui le met en péril; c'est une levée en masse pour repousser une invasion de barbares. Les globules blancs se rendent en foule, surtout par les voies vasculaires, vers la région infestée ; ils se rangent en bataille le long des parois des vaisseaux, puis traversent ces parois (diapédèse), joignent l'enriemi et le dévorent, c'està-dire l'incorporent et le digèrent (phagocytose). Or on sait que ce sont les modifications chimiques produites par les microbes dans les liquides organiques, et principalement les toxines sécrétées par eux, qui déterminent 1 afflux des leucocytes ; ce phénomène a reçu le nom de chimiotaxie. Ainsi ces redoutables toxines, qui causent de si graves désordres, attirent les éléments de l'organisme qui sont capables de l'en délivrer.

La chimiotaxie n'est qu'une espèce de tropisme. Le géotropisme positif des racines, le géotropisme négatif des tiges, le phototropisme positif des tiges, le phototropisme négatif des racines du gui, les tropismes plus compliqués des plantes volubiles, etc., sont également des faits d'automatisme; la convenance complexe y témoigne de l'existence d'un terme initial que l'analyse plus détaillée des faits doit finir par mettre en lumière.

La réparation d'un tissu divisé ou détruit exige, de la part des tissus voisins, une activité exceptionnelle de nutrition et de reproduction cellulaire. Or ces tissus, souvent très hautement différenciés, ne sont plus capables que d'une activité nutritive d'entretien ; leurs cellules ont plus ou moins complètement perdu la propriété de se multiplier par division. La caryocinèse, très active dans les cellules embryonnaires ou encore voisines de l'état embryonnaire, semble devenir plus difficile et même tout à fait impossible pour celles qui se sont adaptées à des fonctions très spéciales. Pour qu'elles se multiplient, il faut qu'elles subissent d'abord une sorte de régression, perdent leur fonction spéciale, leur structure différenciée, et se rapprochent de l'état embryonnaire. C'est ce qui arrive en effet. Sous l'influence de l'inflammation ou de la lésion traumatique, il se produit une sorte de fonte des tissus voisins ; leurs cellules perdent leurs caractères spécifiques, de fixes redeviennent libres, reprennent leurs mouvements amiboïdes et sont le siège d'une activité nutritive

extrêmement intense. Or la cause quia déterminé tout ce processus de réparation c'est précisément la lésion qu'il s'agissait de réparer.

Dans le cas d'une fracture osseuse, le phénomène est particulièrement intéressant. Il semble que le tissu osseux ne puisse se former qu'au sein et au dépens d'un tissu cartilagineux ou fibreux. Dans l'ossification normale, le tissu osseux ne se forme pas d'emblée : l'os fœtal est cartilagineux et exsangue ; l'os adulte, qui est très vasculaire, se développe à sa place et dans son moule. L'élément ossifiant est un vaisseau entouré d'une couche de cellules appelée moelle emhiyonnaire. Ce vaisseau bourgeonne, ces cellules prolifèrent et vont ronger, résorber l'os cartilagineux, pour lui substituer le tissu osseux qu'elles engendrent. Qu'une fracture se produise. Aussitôt après la résorption de l'épanchement sanguin, on observe une congestion et un bourgeonnement du périoste, de la moelle osseuse contenue dans la cavité médullaire, et de celle contenue dans les canaux de Havers, et en même temps un exsudât en forme de gelée remplit l'espace compris entre les fragments et s'insinue entre le périoste et l'os. Cet exsudât va s'organiser, non en tissu osseux, mais en tissu cartilagineux. Alors les vaisseaux ossificateurs, partant du périoste, de la moelle et des canaux de Havers, pénètrent dans ce cartilage, le rongent, le résorbent et le remplacent par du tissu osseux. La formation du cal est donc une évolution à phases nombreuses qui ne peut se faire qu'en commençant par le commencement; c'est pourquoi les tissus voisins reviennent au stade initial, et ils y reviennent sous l'influence de la fracture. Ainsi c'est la fracture elle-même qui joue le rôle d'un premier excitant à l'égard du processus qui aboutit à la réparer.

Il n'est guère de fonction qui ne se présente sous la forme de ces cycles d'automatisme physiologique, où l'on trouve tous les éléments d'un processus de finalité : un terme initial, une série de moyens enchaînés, un terme final. Le terme initial est le plus difficile à découvrir, mais comme il n'est pas en dehors des faits, comme il est un fait, il n'y a pas de raison pour qu'il se dérobe indéfiniment aux recherches du savant.

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