‹ Traité de logique;Chapitre 11 sur 228 · PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II. lo · texte numérisé non relu

PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II. lo

Les philosophes eux-mêmes ont été , et sont souvent encore divisés sur la signification de ce mot.

Les uns l'ont pris dans le même sens que nous , mais en le définissant à leur manière , tantôt la connaissance isolée des termes d'un rapport , tantôt une pure connaissance sans affirmationni négation (P. R.)î d'autres l'ont fait entièrement synonyme de connaissance 5 d'autres ont appelé de ce nom indifféremment la connaissance complète et ses éléments.

L'école de Laromiguière entend par ce mot une connaissance distincte , appelant sentiment une connaissance encore confuse ; et pour employer ses expressions , l'idée n'est qu'un sentiment distinct (2e partie , 2e leçon) .

Quelques philosophes anciens s'étaient imaginé que l'idée était un être réel ; une petite image , sî'8u>Xov , cpavtàcrjjia qui émanait des objets , les représentait, et, visible pour l'esprit dans le cerveau , où elle arrivait par le moyen des nerfs , permettait ainsi à la connaissance d'avoir lieu.

D'autres , modifiant cette opinion , définissaient néanmoins l'idée , imago objectif mer a representatio objecti in mente existais (*).

Cependant en résumé , on trouve que le mot idée n'a réellement été employé en philosophie que dans trois sens généraux , et pour exprimer : — 1° les parties du fait complet de connaissance , et répondant aux mots de la proposition -, — 2° le fait de connaissance ; il est alors synonyme du mot perception employé par nous 5 — 3° les êtres chimériques des

J'ai idée de l'avoir vu; Je n'ai plus d'idée de, etc.; — de principes moraux : Les idées gouvernent les peuples ; — d' 'estime : Cette action donne une haute idée de son cœur ; — de caprice, de volonté, de désir, deprojet, d'entêtement, de préoccupation , etc. : Je le ferai, c'est mon idée; Vous me faites venir l'idée de, etc. ; N'avoir qu'une idée en tête, etc. ; — d'esquisse, de dessin d'un ouvrage ; Il en a jeté l'idée sur le papier; ce n'est qu'une première idée ; et dans une multitude d'autres sens qu'il serait vraiment trop long de rapporter.

(*) Sur l'idée-image, voy. Cousin, t. II, 22e leçon; et plus loin, partie complémentaire , sect. 1, cil. 1, § 1.

lli IlUnÉ DE L0G1QLE.

anciens , cpàvxaa^a. Ce dernier sens n'est plus adopté , depuis Reid -, et ce qui continue à faire régner les deux autres sens , et à empêcher de désigner le fait complet et ses parties par deux mots distincts, c'est que souvent une perception complète, mais simple , devient elle-,même une idée ou une partie d'une autre perception composée. Par exemple cette perception : Les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits , est comprise sous forme d'idée dans la perception suivante : L'égalité des trois angles d'un triangle à deux droits , est une preuve que l'angle droit , dans un triangle rectangle , est égal à la somme des deux autres.

Avec la multitude de sens qu'a reçus le mot idée , il y a peut-être , ainsi qu'on l'a dit souvent, quelque inconvénient à le conserver ; mais : 1° cet inconvénient disparaît quand on a le soin de déterminer rigoureusement , ainsi que nous l'avons fait, le sens de ce mot, et de l'employer toujours dans le même sens , ainsi que nous le ferons 5 2° il y aurait un plus grand inconvénient à remplacer ce mot ou par un autre mot, auquel il faudrait enlever sa signification ordinaire , ou par un mot nouveau qui risquerait d'être incompris. Nous avons cru devoir représenter par un mot spécial les éléments de toute perception , et en choisissant pour cela le mot idée, nous l'avons pris dans le sens qu'on lui adonné le plus souvent, et, chose remarquable, dans un sens qui semble si bien le sien, que c'est le seul pour lequel il n'ait pas de synonyme. Dans les autres, il peut être remplacé par connaissance, perception, ce qui prouve qu'il a alors usurpé le sens d'un autre mot.

§ 2. De la notion et du jugement.

13. Bien que la connaissance ou perception soit un phénomène éminemment simple, on vient de voir que dans ce qu'il a de subjectif, il peut se décomposer en idées ou connaissances partielles et isolées. Ce n'est pas tout, et le même phénomène offre encore, toujours dans ce qu'il a de subjectif, deux eir-

Page 1