‹ Traité de logique;Chapitre 12 sur 228 · PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II

constances importantes à remarquer. L'être intelligent y fait deux choses : d'abord il voit, puis il croit, ou plutôt il voit et croit du même coup, car s'il y a succession, c'est avec tant de rapidité , qu'on ne peut guère en tenir compte. Mais il ne croit que parce qu'il voit ; son adhésion à une vérité quelconque, a pour condition la vue de cette vérité. En effet, tant qu'il n'a reçu aucune excitation à connaître, sans connaissance ni vue quelconque, il n'adhère à rien, parce qu'il ne voit ou n'entrevoit rien. Au contraire, vient-il à s'apercevoir qu'un objet existe et qu'il existe avec telles ou telles qualités, il ne l'a pas plus tôt perçu, qu'il se fie à ce qu'il voit, et croit réel ce qui lui apparaît.

Or, connaître simplement qu'un objet est avec tels ou tels attributs, c'est la notion.

Après avoir connu ou plutôt en connaissant, croire et s'affirmer irrésistiblement que cet objet est, que ses attributs sont, c'est le jugement.

14. La perception n'est pas un phénomène, et lanotion et le jugement deux autres phénomènes, c'estun seul et même fait dan s lequel deux circonstances , celle de voir et celle de croire, sont plus particulièrement marquées, la première dans la notion, la seconde dans le jugement. Mais tel est le rapport qui lie entre elles ces deux circonstances que l'une amène l'autre nécessairement. On peut s'observer dans tout fait intellectuel , et on verra que toujours une vue, une notion entraîne une croyance, un jugement , qui ne fait que parachever alors le fait de connaissance, et n'est autre chose qu'une affirmation mentale après notion , avec notion. Si l'on voulait exprimer ce que la perception, la notion et le jugement sont les uns par rapport aux autres, on pourrait dire que la notion est la perception commençant, c'est-à-dire, voyant seulement, et que le jugement est la perception finissant et se complétant , c'est-à-dire, voyant et croyant. De telle sorte que le jugement n'est pas un phénomène à part qui suppose dans l'être intelligent une faculté spéciale, la faculté de juger, mais un mode

qui tient à tous les faits intellectuels, qui en est le complément et la terminaison naturelle. De telle sorte encore, que c'est bien moins un fait intellectuel existant par lui-même et distinct de tout autre, que la condition finale des divers phénomènes de l'intelligence, ou mieux il n'est que chacun d'eux en sa fin et son achèvement (*).

En effet lorsque au moyen des sens ou de la conscience, et par suite de la manifestation d'une réalité, je viens à percevoir un objet particulier, je crois aussitôt sans doute à cet objet, et d'un trait j'arrive au terme du fait intellectuel, mais je ne crois pas en vertu d'un autre fait que la perception • rien ne s'ajoute en moi à la perception pour constituer la croyance. La croyance ou le jugement n'est que la perception poussée à son dernier terme : une seule et même faculté préside à tout le phénomène, faculté qui serait en défaut et ne se développerait pas jusqu'au bout, si finalement elle ne jugeait pas.

Il en est tout à fait de même quand nous nous rappelons la perception d'un objet-, nous n'affirmons l'existence de l'objet du souvenir qu'après que nous en retrouvons la notion • mais à peine avons-nous cette notion , que nous affirmons qu'il a été , et nous ne l'affirmons pas par un autre acte que le souvenir même qui le représente -, c'est toujours la mémoire qui juge, ou, plus simplement, c'est toujours l'intelligence qui, sous la forme de mémoire , atteste et affirme la réalité d'un fait passé, comme tout à l'heure, sous la forme de conscience, elle certifiait la réalité d'un fait présent-, comme, sous toutes ses formes , elle complète ses phénomènes en certifiant leur rapport avec les réalités qu'elle voit ou revoit.

Il en est tout à fait de même encore dans tous les autres modes d'exercice de l'intelligence, ainsi que leur analyse le démontrera plus tard. Le jugement ne vient qu'après la notion , mais il vient immédiatement après elle ; de telle sorte ,

(') Sur cette terminaison par le jugement de tous les faits intellectuels, \oir Reid , Essai vi , cliap. 1 ; Damiron , Log., p. 11 et suiv.

Page 1