DEUXIÈME PARTIE. CHAPIT11E II
l'une des propositions ne fait que détruire l'autre sans ajouter une détermination positive; 2° contrairement , lorsque l'une des propositions non-seulement détruit l'autre, mais énonce de plus quelque chose de positif sur le même sujet. De là des propositions contradictoires, comme : Tous les hommes sont mortels, tous les hommes ne sont pas mortels, Ce four est noir, ce four n'est pas noir; et des propositions contraires, comme: Ce four est noir, ce four est blanc.
Cette distinction une fois admise , quoique souvent d'après des principes différents (*) , on en tira la solution suivante :
Deux propositions contradictoires ne peuvent jamais être vraies en même temps, parce que deux déterminations contradictoires s'excluent réciproquement; d'un autre côté, il est impossible qu'elles soient fausses toutes les deux , parce qu'à tout sujet appartient nécessairement soit une certaine détermination soit sa contradictoire; mais si l'une est vraie, il faut que l'autre soit fausse, et réciproquement.
Deux propositions contraires ne peuvent être vraies à la fois , parce que toute opposition par contrariété contient une opposition par contradiction j mais comme dans les oppositions par contrariété, outre la négation, il y a encore une détermination positive, cette détermination ajoutée peut contenir quelque chose de faux, et les propositions peuvent être fausses l'une et l'autre.
Il est facile de voir combien toutes ces distinctions sont oiseuses et inutiles. Car de ce que , dans une opposition , une proposition en détruit une autre , il ne suit pas qu'on ait appris quelque chose, et il ne résulte pas de là un fait réel d'intelligence. Si l'affirmation détruite contradictoirement est fausse , comme la négation ne contient aucune perception réelle, il ne peut résulter aucune connaissance de cette opposition. Et dire que la théorie des oppositions sert à légitimer les conclusions , en nous apprenant que l'on peut
(*) Les logiciens qui ont traité le plus sérieusement de l'opposition des propositions, ont varié dans les définitions qu'ils en ont données. Aristote , le premier, les opposa contradictoirement ( avTtya-uxwç), suivant que la négation et l'affirmation portaient sur l'universel : Tout homme est blanc , tout homme n'est pas blanc; et contrairement ( èvav-cfoç ) , suivant qu'elles portaient sur le général lui-même : Tout homme est blanc, aucun homme n'est blanc. Cette distinction fort obscure fut éclaircie par son commentateur Alexandre d'Aphrodise, qui, dans l'opposition, considéra la qualité et la quantité. Voir la Log. de P.-R., part. II, ch. û, et Phil. Lugd. Logic, diss. 2,ch. 2, art. 1, §2.
conclure de la vérité d'une proposition à la fausseté de l'opposée contradictoire et réciproquement, tandis que la réciprocité n'existe pas pour les propositions opposées par contrariété, c'est ne rien dire. Car dans la nature de l'opposition, soit contradictoire, soit contraire, rien, absolument rien, ne peut apprendre laquelle des deux propositions opposées répond à la réalité. Réduite à elle-même cette théorie est inutile. L'expérience, l'observation, létude de la réalité est seule capable de nous révéler quelle qualité appartient à un objet. Et pour dire qu'une autre qualité ne lui appartient pas, elle n'a pas besoin de recourir à la théorie des oppositions, car un objet réel donné ne peut se présenter avec deux qualités opposées. C'est donc à l'expérience de nous donner la vérité, et c'est au fait intellectuel lui-même qu'il faut toujours revenir, et non à une vaine combinaison de mots.
§ 4. De la définition et de la division.
203. Nous avons vu précédemment que quelque nombreux que fussent les groupes que peut établir la généralisation et la classification , on peut toujours les ramener, relativement les uns aux autres, aux rapports de genres et d'espèces (91). Or, dans un groupe quelconque , on peut considérer deux choses , ou le nombre des individus qu'il comprend , ce qui est son extension , ouïe nombre des caractères communs à ces individus, ce qui est sa compréhension. Si l'on se rappelle que l'espèce est le groupe qui embrasse le moins d'êtres, puisqu'il sort du travail immédiat de la généralisation sur les individus, on verra que le nom de l'espèce a moins d'extension que celui du genre ; mais, d'un autre côté , les individus compris dans un groupe quelconque , ont non-seulement de commun le caractère propre à ce groupe , mais encore tous ceux des groupes supérieurs dans lesquels ce groupe peut rentrer 5 par conséquent, ils ont entre eux d'autant plus de ressemblance, qu'ils se trouvent faire partie de groupes moins généraux ; en d'autres termes , moins un groupe est élevé , moins il renferme d'êtres, et plus il comprend de modes ou caractères communs, en sorte que le nom de l'espèce a plus