‹ Traité de logique;Chapitre 13 sur 228 · PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

PARTIE PRÉLIMINAIRE. CHAPITRE II

pourtant , qu'il ne survient pas, après coup , dans la connaissance comme un élément étranger et existant par lui-môme , mais comme une simple circonstance commune à tout fait d'intelligence arrivé à son terme , comme n'étant que la connaissance elle-même à l'état d'affirmation, c'est-à-dire, de pleine perception.

15. Tel est encore le rapport qui unit la notion et le jugement, que non-seulement l'un est la suite de l'autre, mais qu'il en a tous les caractères. La notion n'est-elle ni prompte, ni complète, la croyance tarde à venir ou n'arrive qu'à demi. Souvent même quand la notion est faible et indistincte , elle provoque si peu la croyance , que l'être intelligent, le moi , se sent le maître de la retenir, et flotte dans cet état de doute que nous avons décrit; non pas que pour cela il n'y ait pas jugement en lui, puisqu'il juge qu'il voit trop peu pour se prononcer sur ce qu'il voit ; mais il suspend son jugement sur l'objet entrevu et sur ses qualités. Que s'il agit autrement, que si, au lieu de laisser son jugement correspondre à la notion , et résulter nécessairement et irrésistiblement de l'évidence , il se hâte de le provoquer et de donner lui-même sa foi, on ne dit plus alors qu'il juge, mais qu'il préjuge, en affirmant ainsi illégitimement et prématurément. S'il va plus loin, s'il essaye de compléter la notion imparfaite qu'il a reçue , en prêtant à la réalité des traits qui ne lui appartiennent pas , et s'il croit à la vérité de ces traits, il tombe dans l'erreur. Sans doute , dans l'erreur, comme dans le préjugé , on peut croire et croire fortement ; mais pour que la croyance persiste , il faut que la notion persiste dans son imperfection ; si elle change et se modifie en présence de la réalité , l'erreur et le préjugé se dissipent, et l'être intelligent ne croit plus à ce qu'il ne voit plus. Ainsi, autant vaut la notion, autant vaut le jugement; plus on voit , plus on croit ; mieux on voit, mieux on croit.

16. Il est pourtant à remarquer que souvent on adhère à des théories dont on n'a pas par soi-même la vue et la notion ; mais c'est qu'alors les savants ont affirmé la vérité comme

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l'ayant eux-mêmes saisie, et les moins savants et les ignorants acceptent leur témoignage en le regardant connue l'expression d'une conscience bien informée. Et de même pour les dogmes : souvent on les reçoit comme si on en comprenait le sens, et cependant on ne les comprend pas ; on s'y fie comme à des principes évidents, et néanmoins on n'y saisit aucune évidence. Croire alors, est-ce voir ? Non sans doute $ et même il faut convenir que quand la foi se donne ainsi, il n'est pas rare qu'elle soit plus vive en raison même de l'obscurité qui enveloppe son objet. Quelle est la cause de cette apparente contradiction ? et d'où vient ce penchant ? De ce que l'autorité a parlé. Le fidèle regardant ces vérités comme étant d'un ordre supérieur à sa nature, se fie au témoignage de ceux qui avaient pour comprendre ces vérités une intelligence de leur ordre. Et autant cette intelligence devait être au-dessus de celle que le fidèle se sent, autant son adhérence à ces vérités est supérieure à celle qu'il donne aux vérités ordinaires les plus évidentes pour lui. Ainsi les mystères, même parmi le peuple, n'ont pas cours à titre de mystères, c'est-à-dire de choses inintelligibles, mais de choses intelligibles pour quelquesjuges excellents qui les comprennent et les affirment. Si l'on croit, c'est toujours parce que l'on reconnaît un divin maître et ses disciples immédiats auxquels on prête la compréhension de ces saintes obscurités. Et si l'on venait à trouver que ces juges ne sont pas excellents et capables de la vérité, la foi s'évanouirait aussitôt. En sorte que définitivement on n'accepte pas ce qu'on ne comprend pas, parla raison qu'on ne le comprend pas, mais parce qu'à défaut de sa propre connaissance on se fie à celle d'autrui que l'on suppose sûre et digne de foi. On ne croit donc que ce qu'on voit ou que ce qu'on suppose vu par autrui. La croyance dépend de la connaissance seule, qu'elle soit intime et personnelle, ou qu'elle nous vienne d'un témoin (*).

(*) Cette théorie du jugement est empruntée avec modification de M. Damiron, Loi/, et Psyeh. 11 importe de la lire dans l'œuvre originale.

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