‹ Traité de logique;Chapitre 124 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE JT · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE JT

par ce mot et ce qui le distingue essentiellement de tout autre, et nous verrons que la réponse sera la même pour toutes les deux. Cela est si vrai, que le logicien qui a le plus insisté sur cette distinction des définitions et sur l'utilité de cette distinction, le célèbre auteur de la Logique de P. R. (Ant. Arnauld), après avoir cité la définition suivante : l'angle plan rectiligne est l'espace indéterminé compris entre deux lignes droites qui se coupent, ajoute : « Cette définition désigne si nettement l'idée » que tous les hommes ont d'un angle, que c'est tout ensemble » une définition de mot et une définition de chose. » (Log. de P. /?., 4e partie, chap. 4.) Je m'étonne qu'on n'ait jamais, du moins à ma connaissance, relevé cette singulière contradiction de ce que l'auteur avait pris tant de peine à établir dans le chap. 12 de la lre partie.

210. Ce qui a fait que les logiciens ont insisté si fort et si longtemps sur l'importance de cette distinction des définitions, c'est qu'ils avaient au préalable établi comme principe cette autre distinction, que toute définition de nom étant une opinion personnelle, était dès lors inattaquable et incontestable, « et que, puisqu'elle était incontestable, elle pouvait » être prise pour principe; au lieu que les définitions de choses » étaient attaquables et sujettes à discussion, attendu qu'il » n'est pas permis à qui que ce so\t d'attribuer hun être d'autres » qualités que celles qu'il possède réellement, qu'en consé- » quence, elles étaient de véritables propositions qui pouvant » être niées ou contestées, avaient dès lors besoin d'être prou- » vées comme d'autres propositions et ne pouvaient être prises » pour principes. » (Log. de P. R., Impartie, ch. 12.)

Cette nouvelle distinction n'est pas mieux fondée que la première. Car, pour reprendre la définition du même auteur citée plushaut comme exemple de définition de nom, L'âme, etc., on peut nier et contester (la chose s'est vue et se voit), même à celui qui ne voudrait qu'énoncer une signification personnelle, qu'il existe en nous un principe spécial de la pensée, et que dès lors il y ait un nom spécial à donner, si personnel

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qu'il soit, à une chose qui n'existe point. D'ailleurs, s'il en était ainsi que le prétendent ces logiciens, si leurs définitions de choses étaient de véritables propositions attributives, il fallait les traiter comme telles et ne les assimiler sous aucun rapport aux définitions.

Il suivrait môme de cette distinction, si elle était adoptée, qu'on aurait le droit de prendre pour principe une opinion personnelle énoncée par une définition de nom n'ayant aucun rapport avec la nature des choses, tandis qu'on ne pourrait prendre pour principe de démonstration une définition de chose qui aurait précisément pour but d'énoncer les caractères vrais et naturels d'un objet. Cette seule conséquence suffirait pour démontrer la fausseté d'une opinion qui s'appuierait sur une semblable distinction. Il y a plus, suivant ces mêmes logiciens, une définition de mot est arbitraire, une définition de chose ne l'est pas. J'avoue, à ma honte peut-être, que je n'ai jamais pu comprendre ce que signifie cette expression ; je comprends bien que je puis nommer chapeau ce que tous les autres appelle géométrie, mais si on demande ce que j'entends par chapeau, je suis forcé de répondre comme les autres que c'est la science des grandeurs. Il n'y a rien d'arbitraire là dedans. C'est donc le choix du mot, et non la définition, qui est arbitraire. 'Et ce qui me paraît plus étonnant encore, c'est que, en émettant cette opinion, tous les logiciens s'appuient de l'autorité de Pascal. Or, Pascal entend par définition, non pas l'explication d'un mot, « mais la seule imposition de noms aux » choses qu'on a clairement désignées en termes parfaitement » connus, et jeneparle, ajoute-t-il, que de celles-là seulement.» (Pensées, lre part., art. 2, alinéa 6.) Ainsi donc, même aux termes de Pascal, ce n'est pas V explication du nom qui est arbitraire et personnelle, c'est son imposition; mais la désignation de la chose qu'il représente doit être faite « en termes parfaitement connus, » ce qui ne suppose rien d'arbitraire. Ce que Pascal lui-même prend le soin d'expliquer quand il ajoute : « 11 n'y arien de plus permis que de donner à une chose qu'on

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