DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II. w2o
» a clairement désignée un nom tel qu'on voudra. » yLoc. cit.. alin. 10.) C'est donc encore une fois l'imposition du nom cl non l'explication de la signification qui est arbitraire. Je m'étonne que l'illustre auteur de la Logique de P. R. n'ait pas vu qu'en parlant des définitions, Pascal et lui n'entendaient pas la même chose.
211. Ce qui a fait tomber les logiciens dans cette singulière erreur, c'est que, s'occupant moins des opérations intellectuelles en elles-mêmes que de la parole qui en exprime les résultats, ils ignoraient ou méconnaissaient le rapport qui unit la définition à des opérations intellectuelles sans lesquelles elle est impossible, et dont l'objet est de faire connaître la nature même des choses , en tant qu'il est possible à l'homme de la connaître. Une définition résultant d'une bonne et légitime observation suivie de généralisation et de classification, peut être prise pour principe, puisqu'elle n'est après tout que l'expression résumée d'opérations intellectuelles légitimement accomplies ; mais elle ne peut être prise pour principe qu'après l'accomplissement de ces opérations sans lesquelles foute vraie connaissance est impossible et toute expression de connaissance factice et erronée. Ainsi, dans la nature même de la définition ainsi comprise, se trouve la solution d'une question souvent débattue , sur laquelle on est peut-être encore loin d'être d'accord, et sur laquelle, dit M. Laromiguière (12e leçon)J, il serait bien à souhaiter qu'on le fût, car elle a une très-grande influence sur la manière de chercher et de démontrer la vérité. Les définitions sont- elles des principes ? Est-ce par des définitions qu'il faut commencer l'exposition et V étude dune science ? Oui, aux conditions énoncées ci-dessus, elles méritent le nom de principes. Oui, elles ont droit d'être placées à l'entrée d'une science, si elles montrent clairement l'objet de cette science, si le second membre qu'on fait servir de principe est une notion commune^ une chose que personne n'ignore ou qu'on saisisse à l'instant. A cette condition on a le droit de corn -
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nicncer par des définitions, puisqu'on va du connu à l'inconnu ; mais si l'on ne peut connaître le second membre que par des explications subséquentes et quelquefois par le développement entier de la science, c'est se jouer du lecteur que de lui présenter d'abord ce qu'il lui est impossible de comprendre. Un traité de trigonométrie peut bien commencer par la définition du triangle, parce que tout le monde a l'idée d'une surface terminée par trois lignes. Cette définition montre l'objet qu'on se propose d'étudier, et pour se livrer à l'étude d'un objet, la première condition est sans doute celle de le voir (*). Mais si un philosophe débutait par ces mots : La philosophie est la science du possible en tant que possible ; ou bien, c'est la science de l'absolu et de V inconditionnel j si un mathématicien débutait en disant : les mathématiques sont la connaissance rationnelle par la construction des concepts ; en supposant ces définitions excellentes en elles mêmes, quelle explication sont-elles capables de donner lorsqu'elles ont elles-mêmes besoin de tant et de si longues explications? 11 faut donc en pareil cas n'arriver aux définitions qu'après les avoir préparées par l'observation et les autres opérations capables de faire connaître les idées qui doivent entrer dans la définition; il faut procéder, comme nous l'avons dit plus haut (208) , par génération d'idées.
212. Par ce qui précède, on voit que toute définition est l'explication d'un mot , en faisant connaître , non-seulement les caractères propres de l'objet nommé, mais encore ses rapports avec d'autres objets connus. Il y a en outre diverses manières de faire connaître le sens d'un mot et qui ont toutes plus ou moins de rapport avec la définition, mais qu'il importe de bien distinguer, afin de les employer à propos, suivant la nature du mot à expliquer.
On fait connaître le sens d'un mot, 1° en montrant, si cela
(*) Omnis enim, quœ à ratione suscipitur de aliquâ re, institutio, débet à definitionc proficisci ; ut intelligatur, quid sit id de quo disputetur. {Du offiçiis, liv. I, chap. 2.) Pour plus de détails, voy. infrà (Zh'à).