‹ Traité de logique;Chapitre 126 sur 228 · DEUXIÈME PÀIUIE. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PÀIUIE. CHAPITRE II

est possible, l'objet désigné par ce mot. — 2° En traduisant ce mot par d'autres mots connus, ou se servant de synonymes. — 3° En citant des exemples. — 4° En énonçant l'ensemble des qualités de l'objet représenté par le mot à expliquer, ce qui est plus particulièrement l'explication, mais ce qui reçoit quelquefois deux noms différents. S'il s'agit d'un être qu'on veut rendre sensible par rémunération détaillée et circonstanciée de caractères dont l'ensemble n'appartient qu'à lui , quoique chacun d'eux appartienne à d'autres, l'explication est ordinairement dite description ; tandis qu'on l'appelle exposition, si elle reproduit d'une manière suivie et progressive les diverses circonstances et les diverses raisons d'un fait. Le plus souvent, on emploie indiiféremment ces trois termes d'explication, de description et d'exposition. On a bien souvent dit que la meilleure manière de définir un mot était de montrer l'objet qu'il nomme (Condillac, Art dépenser, chap. 10. Laromiguière , prem. part. 12e leçon). Si l'on veut dire par là que les définitions doivent être si bien faites qu'elles puissent montrer leur objet, on ne saurait donner un meilleur conseil ; mais si l'on voulait dire qu'on peut se dispenser de définir un objet pourvu qu'on le montre, ainsi que le prétendait Mélanchthon (*) : « Si l'on met sous vos yeux » un objet quelconque, une plante, par exemple, vous avez » de cet objet une définition très-claire, car c'est un vieil » adage que, montrer une chose c'est la définir, » on s'exposerait à de graves erreurs. Il est évident que si quelqu'un a déjà d'un objet une connaissance très-claire, il suffira de montrer l'objet nommé pour que l'on sache bien ce que le nom représente ; mais, pour reprendre ici l'exemple de Mélanchthon, si pour définir le mot plante on se contente de faire passer une plante quelconque, soit une laitue, sous les yeux de quelqu'un, il sera impossible à cette personne de savoir,

(*) Mélanchthon, réformateur et ami de Luther, publia en 1520 le Traité de logiq ue qui contient cette phrase, citée par M. Laromiguière, 12e leçon,

par ce seul moyen, si le mot plante est le nom particulier de cet objet, ou celui du genre dans lequel rentre cette espèce de végétal, ou celui d'un genre plus élevé dans lequel rentrent tous les autres végétaux. Et si même il devinait ce dernier sens, il ne saurait pas quel serait le caractère particulier qui distingue la plante des êtres organisés , ou si encore il le savait pour lui-même, il ne saurait pas s'il en a la même notion que celui qui la lui montre -, dès lors il n'y aurait aucun principe commun qui pût servir de base aune discussion ou à une démonstration, et une pareille manière de définir, si définir il y a, serait inutile pour la science. Une bonne définition, au contraire, apprenant dans quels rapports la plante se trouve avec d'autres objets déjà connus et par quels caractères particuliers elle s'en distingue, la fait mieux connaître que le vue du même objet, parce qu'elle fait pénétrer plus profondément dans sa nature.

Il ne faut pas cependant s'exagérer la portée des définitions, mais se rappeler qu'elles font moins connaître la nature essentielle et intime d'une chose, que la place qu'elle occupe dans une série de choses mieux connues. Dire de l'intelligence qu'elle est la faculté générale d'acquérir des connaissances, ce n'est pas faire connaître la nature intime de l'intelligence , ni ses divers modes d'exercice ; dire d'une montre que c'est une machine qui marque les heures, n'est pas faire connaître le principe de son mouvement, ni les divers rouages qui la composent 5 mais enfin, c'est en faire connaître plus qu'en montrant cette machine, car on pourrait encore, après l'avoir vue, ignorer sa destination, laquelle ne peut être connue, qu'en tant que l'on sait ce que c'est qu'une machine en général, et ce que sont les divisions du temps appelées heures. Ce qui démontre encore que les définitions ne sont possibles à donner et à comprendre, qu'après un travail préalable d'observation et de généralisation.

213. Quelles sont maintenant les choses dont les définitions peuvent faire comprendre la nature ? hors de nos gêné-

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