DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II. 2L[S
Cette distinction bien établie et bien comprise sera du plus grand avantage : elle nous apprendra et nous rappellera que souvent en voulant tout définir, on rend obscur ce qui était clair, qu'il faut donc avant tout voir si le mot n'est pas assez clair, assez connu pour se passer de définition, et ensuite s'il est du nombre de ceux qui peuvent être définis. Elle nous permettra dès lors d'employer à propos la définition, soit dans les sciences , soit encore dans les discussions où il faut toujours s'entendre sur le sens des mots, si l'on veut que la discussion soit sérieuse, et, par une bonne définition, renfermer dans le véritable question qu'il s'agit d'éclaircir l'esprit si naturellement emporté d'un objet à un autre par l'association des idées.
215. Règles. On dit ordinairement que pour être bonne, toute définition doit être : — 1° claire; — 2° courte; — 3° réciproque ; — 4° composée du genre prochain et de la différence propre (*).
216. 1° On fait ordinairement de la clarté un précepte particulier à la définition. Comme la clarté est la première des qualités du langage, et que sa nécessité est tout d'abord évidente pour la définition destinée à rendre clair ce qui ne l'est pas , il peut paraître au moins superflu de lui accorder une mention expresse ; mais comme la clarté est relative , et que telle définition très-claire pour l'un peut être très-obscure pour un autre, on veut dire par ce précepte qu'on ne doit employer dans une définition que des mots si bien connus, et si familiers, et d'un sens si bien déterminé , qu'ils servent réellement à expliquer l'inconnu par le connu (**) •
(*) Ces règles sont celles quAristote posa à la définition, et auxquelles depuis on n'a pu rien ajouter. On devra donc consulter les Dern. analyt., liv. II, chap. 13, et le Traité des topiques, liv. VI et VII ; on y trouvera presque mot pour mot les remarques qui suivent.
(**) Le chap. 2 du Vie ijv. des Topiques, est consacré à la clarté. Aristote attache avec raison la plus grande importance a cette qualité de la définition. Le chap. h insiste sur la nécessité de n'employer dans la définition que
217. 2° Le second précepte n'a rien de particulier à la définition. Sans la précision, un discours quel qu'il soit perd toutes ses autres qualités , et la surabondance des mots , que sans doute on multiplie pour obtenir une plus grande clarté , produit et doit produire un effet contraire : car les idées étant moins rapprochées , l'intelligence a nécessairement plus de peine à saisir leurs rapports.
218. 3° Le précepte de réciprocité s'applique, au contraire, si particulièrement à la définition , qu'il est la condition même de toute définition. Quoiqu'il soit évident que la définition du triangle , par exemple, doive convenir à tous les triangles et aux seuls triangles , ou, suivant la formule ordinaire, que la définition doive convenir à tout le défini et au seul défini , il était nécessaire d'en faire un précepte exprès , rien n'étant plus commun que de l'oublier, ou même plus difficile que de le mettre en pratique ; ainsi que le prouvent les définitions employées chaque jour dans nos discussions.
219. 4° Bien que la définition consiste dans le développement de la compréhension, et qu'elle soit, suivant l'expression d'un jurisconsulte habile (*) , comme l'image abrégée d'une chose avec toutes ses propriétés , il ne faut pas croire qu'elle soit tenue de développer tous les caractères de l'espèce à définir. Comme son but est de fixer, sous une expression facile à retenir, la signification d'un mot, c'est-à-dire celle qui exprime les caractères vrais et essentiels , il s'ensuit que tout
des idées plus connues et primitives : 8ià -Trpoxépwv xort yvwpipitoxépwv [âéXxiov lupiaxat. Mais une idée peut avoir cet avantage sur une autre pour deux raisons : ou parce qu'elle la précède dans l'ordre absolu ( yvwpiux&xepov à.TzkCiç ) , ou parce qu'elle lui est antérieure dans l'ordre relatif et contingent de l'acquisition des connaissances (yvwpijxoiTspov *)U.ïv). L'ordre absolu est préférable à l'ordre relatif, il est plus scientifique ( èiticrr/jixovixcàxspov ) , et destiné aux esprits les plus distingués ( toîç ÊÙôiaxcqxévcHç) ; niais l'ordre relatif est souvent plus notoire ; il est plus accessible aux intelligences faibles (itpoçxooç àôuvaxoûvxaç ). Il est impossible de ne pas reconnaître ici la distinction de l'antécédent logique et de l'antécédent chronologique si savamment établie par M. Cousin. (*) Mailher de Chassât, Traité de l'interprétation des lois.