DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
cependant il convient de les graduer de manière à ce qu'ils aillent du moins général au plus général.
226. Deux règles dominent celles qui ont été tracées sur l'induction, et elles donnent les deux règles principales qui doivent diriger son expression et lui donner une justesse qui réponde à celle de l'opération intellectuelle. Ainsi :
1° De la règle qui prescrit de n'induire qu'en raison et en mesure de la généralisation, suit la règle qui prescrit à l'argument inductif de se garder de termes qui lui donneraient plus ou moins de généralité que n'en comporte l'induction à traduire , et de contenir un terme qui marque expressément le degré de cette généralité. Nous allons donner des exemples de principes inductifs vrais ou faux, suivant qu'ils se sont soumis ou non à cette règle. Si après avoir exprimé les résultats partiels qui font voir que dans le vide la chute des corps légers est aussi rapide que celle des corps très-pesants, on formule ainsi le principe général : V action de la pesanteur imprime la même vitesse à tous les corps, on l'exprimera d'une manière trop générale , ce qui est dire qu'on le faussera. Il faut donc introduire dans l'expression des termes restrictifs, ainsi qu'il suit : L'action de la pesanteur n'imprime la même vitesse à tous les corps qu'en V absence d'un milieu qui fasse résistance. Voici un autre exemple pris dans l'étude de l'induction elle-même : après avoir recherché comment nous acquérons les principes généraux, après avoir fait cette recherche pour un grand nombre de ces principes, tels que ceux de la chute des corps, de l'attraction, de la combustion, de l'intensité de la lumière, en physique-, de la mémoire, delà sensation, de l'habitude, etc, en philosophie; et après avoir remarqué que tous ces principes sont fournis par l'expérience, si l'on voulait exprimer le principe général qu'en tire l'induction, il ne faudrait point dire avec Hume: Tous les principes généraux sont fournis par l'expérience ; car ainsi on fausserait l'induction , en lui donnant trop d'extension et en méconnaissant les principes de raison.
Il faudrait donc, par une expression restrictive quelconque, marquer la juste extension des termes. Cette expression est fournie par le caractère spécial du sujet de la proposition générale. Ainsi, a-t-on remarqué que ces principes généraux ne se rapportent qu'à une réalisation effectuée de ce monde (80) et sont par conséquent de nécessité hypothétique, il faudrait dire : Tous les principes généraux de nécessité hypothétique sont fournis par /' expérience. Il faut prendre garde, en introduisant ce terme restrictif, de le prendre trop restrictif, comme si l'on disait avec beaucoup de métaphysiciens : Les principes généraux des sciences physiques sont fournis par V expérience ; ce serait fausser l'induction par trop peu d'extension. En résumé, il faut donc que toute expression d'une induction contienne un terme propre à marquer le degré précis de sa généralité, sous peine de tout fausser et de ne plus pouvoir servir de base à la déduction. 2* De la règle qui domine toutes celles de l'induction et qui prescrit d'aller du même au même, se tire cette autre règle qui domine également toutes celles de l'argument inductif, et qui veut que le même mot soit sévèrement employé dans le même sens, à l'effet d'éviter toute ambiguïté de mots.
227 . De l'exemple . Après avoir traité de l'induction, nous avons parlé de l'analogie (88) ; il nous faut donc maintenant parler de l'argument imparfait qui traduit cette induction imparfaite. On le nomme d'ordinaire exemple ', et on pourrait bien le définir l'expression verbale de l'analogie. Voici un de ces arguments : L'année dernière fut humide et les blés manquèrent ; cette année est encore humide et les blés manqueront.
Il consiste, comme on le voit, à conclure d'un fait connu à un autre fait qui a des rapports avec le premier. Or, ces rapports peuvent exister de plusieurs manières :
1° Il peut y avoir similitude et égalité entre le fait cité et le fait conclu; de là l'exemple à pari : Un tel, en faisant ce que vous faites, a ruiné sa santé ; vous ruinerez donc la vôtre.
2° Ou bien , les deux faits étant toujours de même nature ,