DEUXIEME PARTIE. ClUlTi'JiE 11. !20o
le t'ait conclu est plus fort que le fait allégué , et parait dès lors soutenir avec la loi commune des rapports plus énergiques 5 de là l'exemple à fortiori : Vous avez marché deux heures et vous êtes fatigué; que sera-ce quand vous aurez marché tout le jour ?
3° Ou bien enfin , il y a opposition entre les deux faits , et l'on conclut de l'un le contraire de ce que l'on sait de l'autre ; de là l'exemple à contrario : L'humanité admire l'homme qui sacrifie ses intérêts à ceux de sa patrie, donc elle doit mépriser celui qui sacrifie les intérêts de sa patrie aux siens.
On comprend sans doute très-bien le peu de portée de cet argument (*), lequel, comme l'analogie qu'il exprime, ne conduit qu'à une conclusion plus ou moins probable , suivant la valeur des rapports existants entre le fait allégué et le fait à conclure. Sa principale règle est donc la règle même de l'analogie , la recherche des rapports les plus vrais , les plus intimes , les plus essentiels , et le soin de ne point se laisser tromper par des différences ou des ressemblances qui ne seraient qu'entre les noms et nullement entre les choses.
228. Partie historique. Ainsi que nous l'avons vu plus haut (122), Bacon a laissé incomplète sa théorie de l'induction, et ne s'est en aucune façon occupé de son expression verbale. Dans sa logique , Aristote a consacré le ch. 23 du liv. II des Prem. analyt. à un argument qu'il appelle induction. A dire vrai, l'induction dont parle Aristote en ce passage, et qui est devenue l'induction de l'école (76, note), est moins la véritable induction qu'une sorte d'argument dans lequel , après énumération , on conclut du tout ce que l'on a trouvé
(*) Cet argument est bien moins utile dans les sciences que dans les débats judiciaires, où il est communément employé dans la discussion des questions de droit. Les lois romaines allaient jusqu'à autoriser les jurisconsultes à en faire la base de leurs décisions ; mais il présente souvent de graves abus. Voyez à ce sujet les excellentes observations de M. Dupin aîné : Manuel des étudiants endroit, 1808, p. 130, et de M. Hortensiusde Saint- Albin ; Logique judiciaire, ch. 3, §4.
254 IIIAITE DE L0G1QLE.
dans chaque partie sans exception, § y*P lwyu>yi) oià Ttâvctov. IJ y a certainement bien loin de ce principe d'énumération complète, dès lors indéfinie et impossible, à ce procédé qui consiste à faire des observations , des expériences et des comparaisons d'après lesquelles on rejette et exclut tout ce qui n'importe pas essentiellement à la production d'un fait, pour dégager ses conditions véritables, et à prononcer ensuite que ces conditions sont la loi essentielle de ce fait et des faits du même ordre. Dans plusieurs autres passages de sa logique, déjà cités plushaut(118, 119), le Stagirite avait donné /le l'induction une idée plus juste -, mais dans ce chapitre , qui lui est exclusivement consacré , après avoir énoncé explicitement « qu'il » reconnaît deux espèces de raisonnements , l'un par syllo- » gisme et l'autre par induction ? o\ (twv Xô^tov) ode ffoXXoY'.arp-wv xa-. o't ô-.à tyjc; l~a-(Lo^r^ , après avoir été jusqu'à dire que l'in- » duction est en quelque sorte l'opposé du syllogisme , ^po-ov » Ttva àvutaEt/uai y; Itzcl^lù^ti t^> auXXoYtajj.^ (*). » Aristote n'en cherche pas moins explicitement à plier l'induction à la forme syllogistique et même à la réduire au syllogisme , comme le prouve cette expression- très-fréquemment employée : ô Stà T7jç !7ca-fa>Y% ffuXXoYi<T[ji.ôç. Assurément cette prétention a quelque chose de surprenant et porte à penser qu'Aristote entendait deux choses distinctes par ce .mot induction ïr^iajrh peut-être rénumération dont nous avons parlé plus haut , et l'induction véritable. Mais quoi qu'il en soit , si l'on a bien compris tout ce que nous avons dit de l'induction , il sera Facile de voir que l'expression verbale de ce procédé doit bien plutôt consister dans une série de propositions expri-
(*) Cette différence , ou plutôt cette opposition , est très-nettement marquée par Aristote lui-même, Dern. analyt., liv. I, en. 18, et liv. II, en 19. « Le syllogisme part du général, tandis que l'induction part des cas parti- » culiers pour atteindre les vérités générales impossibles à obtenir autrement » que par elle. » ( Voy. aussi les Topiques, liv. I, chap. 12), et Mor. à JYicom., liv. VI, cb. 3. « C'est à l'induction de fournir les principes sur lesn quels se fonde le syllogisme, et pour lesquels, par conséquent, il n'y a pas » de syllogisme possible. »