DELXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
mant la série des rapports découverts , que dans la combinaison syilogistique d'un nombre détermimé de propositions et de termes qui se serviraient mutuellement de mesure, et que dès lors sa forme peut et doit différer de celle du syllogisme. 229. Ce qu'on a fait pour l'induction, on l'a fait aussi pour l'exemple, et, pour n'en avoir pas bien saisi le vrai caractère , on a souvent rapporté cet argument au syllogisme ou argument déductif , en disant qu'il est un syllogisme dont la majeure est prouvée par un exemple qui est le quatrième terme ,■ ou bien : un enthymême dont la prémisse est remplacée par l énoncé d'un fait qui la prouve ; ou encore : un enthymême qui conclut de la relation des causes à la relation des effets. Aristote, en traitant de l'exemple {Prem. analyt.^ liv. II, ch. 24), semble vouloir le ramener au syllogisme, mais cependant il montre très-bien en quoi il en diffère , et en quoi il diffère de l'induction proprement dite. Voici ses expressions : « Si nous voulons prouver qu'il est mauvais » pour les Athéniens de faire la guerre aux Thébains , leurs » voisins , il faut supposer qu'il est mauvais de faire la guerre » contre ses voisins. Or, on tire cette supposition de la con- » naissance des cas analogues; par exempb , de ce que la » guerre contre les Phocéens a été fatale pour les Thébains... » Il est donc évident que l'exemple diffère du syllogisme en » ce qu'il ne se fonde point sur le rapport du tout à sa partie, » wç oXov Tipôç jjispoç, ni sur le rapport de la partie au tout, » comme l'induction 5 l'exemple est le rapport d'une partie » à une partie, wç [xépoç izpbç (jipoç, puisque les deux ter- » mes sont les sujets d'un même terme , et que seulement » l'un est plus connu que l'autre. L'exemple diffère de l'in- » duction en ce que l'induction démontre par tous les cas » particuliers , tandis que l'exemple ne part pas de tous les » cas particuliers, ou* l|j àiràvTcov • mais seulement de quel- » ques-uns ou même d'un seul. » Cependant Aristote a si bien senti les rapports de l'exemple et de l'induction, qu'il place à la suite l'un de l'autre les chapitres qu'il leur consacre dans
ses Prem. analyt. ; et que, dans le ch. 1 du liv. Ier de ses Dern. analyt. , il dit : « La rhétorique produit la persuasion » par des exemples, ce qui n'est que l'induction ; et par des » enthymêmes, ce qui n'est que le syllogisme. » Dans le chap. II de sa Rhétorique, il appelle l'exemple une induction oratoire, l™^^ p^TopixT) • comme s'il avait voulu marquer par laque cet argument a moins une portée scientifique qu'une valeur oratoire.
On voit par tout ce qui précède que l'exemple n'a rien de commun avec le syllogisme , puisqu'il ne renferme point de principe général ; et il ne renferme point de principe général parce que les faits connus ne sont pas assez nombreux pour en dégager ce principe par l'induction qui doit précéder toute déduction. Ainsi, par cela seul que l'analogie ne va pas jusqu'à l'induction, mais qu'elle n'est qu'un commencement d'induction, il en résulte que l'exemple qui l'exprime ne peut être regardé comme un argument inductif , ni à plus forte raison comme un argument déductif, mais seulement comme une ébauche d'argument inductif.
Pour éclaircir davantage encore notre pensée et rendre plus saillants les rapports de l'exemple , de l'argument inductif, et du syllogisme, nous allons comparer ces trois arguments en les composant des mêmes éléments (*) .
La guerre des Thébains contre leurs voisins a été fatale; donc la guerre des Athéniens contre les Thébains , leurs voisins , sera fatale. Tel est Y exemple , qui ne possède qu'un seul fait et procède par analogie. L'histoire nous apprend que la guerre des Thébains contre les Phocéens , leurs voisins, a été fatale , et que toutes les guerres entre peuples voisins ont été fatales; Vexamen de ces guerres fait voir qu'il est dans leur nature d'être fatales-, donc toute guerre contre un peuple voisin est fatale. Telle est Y induction véritable1 qui possède assez de
(*) Cf. Log. d' -/rist., trad. par M. Baril). Saint-Hilaire , Prem, analyt., p. 33a, notes du § 1 et du S 5.