DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
faits pour en dégager le principe général. Elle rend inutile l'exemple qui est infiniment plus faible -, elle rend possible la déduction suivante : La guerre entre peuples voisins est fatale ; or, la guerre entre les Athéniens et les Thébains est une guerre entre voisins ; donc cette guerre sera fatale.
On voit donc que le syllogisme , possédant un principe général , n'a rien de commun avec l'exemple , qui , tout au plus, suppose ce principe en appuyant cette supposition d'un cas particulier, lequel ne peut prouver un principe général. L'exemple n'est donc point un argument déductif ; et si quelques syllogismes joignent à l'une de leurs prémisses la cita tion d'un fait qui la rend plus saisissable , ce n'est plus m: exemple proprement dit, c'est un éclaircissement ajouté à la forme simple et régulière du syllogisme.
Article ii. De l'argument déductif , ou du syllogisme.
230. Si la nature de l'induction ne permet pas de déterminer le nombre des propositions qui doivent en constituer l'expression verbale, il n'en est pas de même pour la déduction, ni par conséquent pour l'argument qui l'exprime , pour le syllogisme.
En effet, toute déduction consiste à rattacher par des données connues un cas particulier à un principe général, et à attribuer au particulier ce qui est reconnu comme appartenant au général (104 à 109). Il n'y a donc dans cette opération intellectuelle réduite à sa plus grande simplicité, c'està-dire, à sa plus grande généralité, que trois perceptions distinctes, savoir : la perception du principe général ; celle des données par lesquelles le cas particulier rentre dans le général-, celle des résultats obtenus par suite du rapprochement. De là, il suit que l'expression verbale de la déduction doit renfermer au moins trois propositions, une pour le principe, une pour les données, une pour le résultat
258 T11A1TË DE LOGIQUE.
Ainsi en est-il, et la définition la plus ordinaire du syllogisme est celle qui le dit: Un argument composé de trois propositions dont la dernière est déduite de l'une des premières au moyen de Vautre. En voici un exemple :
Tout ce qui est de fer est fusible , Cette plaque est de fer, Donc cette plaque est fusible.
231. Celle de ces propositions qui exprime le principe général s'appelle majeure, celle des données porte le nom de mineure, et celle qui exprime le résultat obtenu est ordinairement dite conclusion. La première est encore dite proposition contenante, parce que c'est elle en réalité qui contient la conclusion ; la seconde, proposition explicative, parce que, en exprimant les données, elle déclare ou explique comment le cas particulier se rattache au général. La majeure et la mineure portent encore le nom commun de prémisses, étant ordinairement placées avant la conclusion. Voici la raison des dénominations de majeure et de mineure : si on examine l'exemple cité plus haut ou un syllogisme quelconque (légitime), on verra que les trois propositions qui le composent ne renferment que trois termes différents, fusible, fer, plaque. Deux de ces termes se retrouvent nécessairement dans chaque proposition et, par suite, dans la conclusion. Or, l'attribut de cette conclusion ayant nécessairement plus d'extension que le sujet, est pour cette raison dit grand terme, et le sujet petit terme. Le troisième terme du syllogisme, ou l'expression des données, ayant plus d'extension que le petit terme et moins d'extension que le grand terme, est dit terme moyen. Or, la prémisse qui renferme le grand terme et le moyen est dite majeure, celle qui se compose du petit terme et du moyen est dite mineure. Ces dénominations viennent donc du plus ou moins d'extension des termes qui composent les propositions, et non du rang qu'elles occupent ; quoique assez ordinairement la majeure, énonçant le principe général, soit placée la première du syllogisme.