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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II

principe général en lui-même, on voit qu'il est faux, qu'aucune induction n'a pu le fournir, et que dès lors il n'est pas possible de le prendre pour point de départ d'une déduction ; l'examen de la forme devient alors inutile.

Il y a des philosophes qui sont irréligieux , Or, vous êtes philosophe, Donc vous êtes irréligieux.

Dans la pensée comme dans les termes, ce principe n'a point de généralité, il n'y a donc pas lieu à déduction.

Dieu est partout , Partout est un adverbe , Donc Dieu est un adverbe.

Ouest le vice de cet argument? Dans le terme moyen, ou l'expression des données, qui changent de sens d'une prémisse à l'autre, et ne les rapprochent et les unissent qu'à la faveur d'une ambiguïté de mots. Dès lors on ne va pas du môme au même.

Il y a des hommes méchants ,

Or, les méchants sont méprisables,

Donc les hommes sont méprisables.

Dans la pensée comme dans l'expression , le sujet de la conclusion pris universellement a plus d'extension que dans les prémisses ; car la majeure n'est point un principe général : il n'y a donc réellement ni induction ni déduction légitimes.

On voit que ces règles suffisent pour assurer la légitimité du raisonnement déductif et pour faire reconnaître son illégitimité : et, si elles ne paraissaient pas suffisantes, on trouvera plus loin, dans l'histoire du syllogisme (261 à 273), un bref exposé de toutes celles qui lui ont été imposées.

235. On a fait cette remarque, que dans tout raisonnement déductif, la conclusion peut être bonne et recevable comme conclusion, quoiqu'elle ne soit pas en réalité l'expression d'une vérité-, et réciproquement, qu'elle peut Aire illégitime comme

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conclusion, quoiqu'elle suit en réalité l'expression d'une vérité (*). Par exemple de ces deux syllogismes,

Toute habitude est vicieuse, Quelques habitudes sont vi-

cieuses, Or, la discrétion est une habi- Or, roisivetéest une habitude,

tude, Donc la discrétion est vicieuse. Donc l'oisiveté est vicieuse.

le premier contient une conséquence très-bonne syllogistiquement parlant, mais très-fausse en réalité; et le second, une conséquence syllogistiquement très-mauvaise et trèsillégitime, tandis qu'en soi elle est très-vraie et l'expression de la réalité. Et de cette remarque convertie en principe on a tiré cette conclusion, qu'on peut très-bien raisonner en ne disant que des choses fausses, et fort mal raisonner en ne disant rien que de vrai; qu'on raisonne bien quand on déduit du principe posé les conséquences, fussent-elles fausses, qui en découlent, et qu'on raisonne mal toutes les fois qu'on déduit du principe posé des conséquences, fussent-elles vraies, qui n'y sont pas renfermées.

La cause de cette distinction et de la conclusion qu'elle a amenée se trouve dans la nature des règles que l'on traçait au raisonnement et qui se rapportaient beaucoup plus à la disposition et à la relation des propositions entre elles et des mots entre eux, en un mot, à la forme, qu'aufond du raisonnement, et scindant ainsi la théorie de la déduction, n'en embrassaient qu'une partie. Si ces règles avaient été complètes et avaient ('•gaiement prescrit l'examen des principes eux-mêmes, on n'aurait jamais pu aboutir à la singulière conclusion que nous avons citée plus haut. Non, une conséquence fausse et contraire à la vérité, ne saurait être une bonne et légitime conséquence, parce qu'elle ne peut résulter du légitime emploi de ladéduc-

(*) C'est la distinction même de la conséquence et du conséquent', conséquent, proposition conclue ; conséquence, manière juste ou fausse, droit de conclure. Cf. Flotte, Ph\Uy t. I, p. 338, h* édit.

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