‹ Traité de logique;Chapitre 138 sur 228 · DEUXIÈME PART!!'. CHAPITRE II · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PART!!'. CHAPITRE II

tion, de la déduction complète et entendue comme elle doit l'être. Elle ne peut résulter que d'une théorie tronquée qui ne voit dans la déduction qu'un simple rapprochement de termes suivant une forme déterminée. Bien déduire, ce n'est point faire sortir de propositions disposées suivant une certaine forme une conséquence régulière et légitime quant à cette forme, mais qui après tout ne conduit qu'à l'erreur ; bien déduire, bien raisonner, c'est arriver à la vérité; et les véritables règles sont celles qui nous indiquent tous les moyens à employer pour y arriver, celles enfin qui se rattachent moins aux mots et à la forme qu'au fond et à la réalité. Un raisonnement qui ne vaut que par la forme n'est propre, suivant l'énergique expression de Bacon (Nov. org. liv. I , aph. 13) qu'à lier l'esprit et non les choses. Le vrai raisonnement ne doit lier l'esprit que parce qu'il est l'expression des rapports vrais qui lient les choses elles-mêmes (*).

Cette distinction, née d'une théorie qui considère spécialement les formes du syllogisme, frappe de nullité cette théorie elle-même, puisqu'elle établit qu'un syllogisme, même trèsbien fait suivant les règles, est impuissant à rien établir sur la vérité de la proposition déduite. C'est d'ailleurs ce qui est reconnu par presque tous les logiciens eux-mêmes. (Cf. P. R., Prélim. de la 3e part.) C'est donc avec raison que nous ne voulons point borner la théorie du syllogisme aux règles d'une vaine combinaison de mots et de propositions, mais ramener incessamment à l'étude de la réalité, et à la vérification des principes eux-mêmes. Car il nous semble qu'on ne peut pas plus appeler bonne déduction celle qui s'appuie sur un principe faux, qu'on ne peut appeler maison sûre et solide celle qui s'élève sur le sable.

Tout au plus pourrait-on dire que le syllogisme, ainsi em-

(*) Voici la belle définition que Quintilien donne de l'argument : « Argumentai», quanquam diversi auctores, eodern modo finiunt : ut sit ratio per ea, quœ certa sunt, fidem dubiis afferens ; neque enim certa incertis declarantur.» Inst., Orat., liv, V, ch, 10.

ployé dans sa pure et simple forme, peut servir de moyen de contrôle et de vérification au principe général; et que puisque sa construction rigoureuse et toute géométrique conduit à une erreur palpable, elle nous révèle que le principe lui-même contient quelque chose d'erroné (*). Or, il n'est pas toujours sjr que l'on découvre cette erreur, car l'erreur n'est pas toujours visible; et, en tous cas, ce n'est point le syllogisme qui fait découvrir en quoi elle consiste, et qui nous fournit les moyens de la corriger. Et enfin ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que cette distinction, ainsi entendue, donne au syllogisme une valeur de contrôle que nous lui avons reconnue, mais qui lui a été refusée précisément par ceux mômes qui ont été les premiers auteurs de cette distinction si souvent répétée ; car ces mêmes hommes ne voulaient employer le syllogisme que comme moyen de tirer les conséquences rigoureuses que renferment les principes.

236. Pour établir ce qui précède, nous avons choisi le cas e plus simple , c'est-à-dire celui qui , par une seule donnée ,

permet de conclure le particulier du général ; mais , ainsi que nous l'avons exposé plus haut (110), il arrive souvent qu'une seule donnée ne permet de rattacher le cas particulier qu'à un genre intermédiaire , lequel sert comme de nouvelle donnée pour opérer un nouveau rapprochement qui , s'il ne donne pas encore la qualité cherchée , sert de donnée à son tour, et ainsi de suite, jusqu'à ce qu'on soit arrivé à faire rentrer le cas particulier dans le principe général contenant la qualité à déterminer. De là résultent des formes déductives ou syllogistiques dont nous devons dire quelques mots.

237. La plus simple, après la forme pure du syllogisme, est celle qui n'emploie que deux données , et se réduit en quelque sorte à deux syllogismes disposés de façon que la con-

(*) C'est ainsi que l'entendait Aristote (Voir Prem. analyt., liv. II, en. Zj, S, 15.) « Il est donc clair que, si la conclusion est fausse, il faut que les élév ments dont on la tire soient faux. » (Trad. de M. Bartli, Saint-Hilaire.)'-

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