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DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II

Si les données ne suffisent pas pour rattacher les inconnues au principe qui doit les déterminer, toute démonstration est impossible. Cette considération est la première qu'il faudrait faire, et c'est, dit avec raison Gondillac (Log., Ie part. ch. 8), celle qu'on ne fait presque jamais. On démontre mal, ou plutôt on ne démontre pas du tout, parce que les données d'une question ne suffisent pas encore et qu'au lieu de s'en procurer d'autres, on torture par de vains efforts celles que l'on a, on les dénature, et l'on regarde ou l'on fait regarder comme indémontrable et insoluble une question qu'on a abordée trop à la hâte et sans réflexion. En mathématiques, où il s'agit de quantités déterminées ou susceptibles de l'être en satisfaisant à telles ou telles conditions, une question est ordinairement proposée avec toutes ses données, et il ne s'agit pour la résoudre que de la traduire en expressions équivalentes. Dans les autres sciences, au contraire, il semble qu'une question ne se propose jamais avec toutes ses données. On vous demandera, par exemple, si la logique est utile, et on vous laissera les données à chercher, parce que celui qui fait la question ne les connaît pas lui-même. Mais quoique nous ayons à chercher les données, il ne faudrait pas conclure qu'elles ne

» conclusiones générales inferre Synihctlca est causas investigatas et

» comprobatas assumere pro principes, eorumqueope phœnomena ex iisdem » orta, istasque explicationes comprobare. » (Optic. lib. III, qua;st. XXXIt p. 328, édit. 17/iO). Si l'on avait donné à ces mots cette extension de sen?, si la question roulait sur l'emploi de l'induclion ou de la déduction, la solution serait identiquement la même que plus haut. De même que la science ne s'acquiert pas par l'emploi exclusif de l'induction ou de la déduction, de même, quand on veut la transmettre, on doit employer ces deux méthodes, ou plutôt la méthode tout entière. Si l'on a cru que la synthèse, ou, pour la nommer par son vrai nom, la déduction était spécialement propre à l'enseignement, c'était parce que l'on ne connaissait point encore la valeur de l'induction, et parce que , d'ailleurs , c'était le seul moyen de donner crédit et valeur à une sorte de méthode tronquée, et qui, réduite à elle seule, ne signifie rien. L'emploi de cette prétendue méthode synthétique, comme moyen d'enseignement, ne convient qu'à ceux qui ne veulent pas permettre aux autres de vérifier les principes quils posent en axiomes, d'où doit dépendre le reste de ce qu'ils appellent leur science, et à ceux dont la maxime éiait «Ot&ç Èyif.

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sont pas renfermées dans îa question qu'on propose ; il faut seulement remarquer qu'elles n'y sont pas toujours explicites et telles qu'elles puissent être facilement reconnues. Par conséquent, les trouver en ce cas, c'est les démêler dans une expression où elles ne sont qu'implicitement , et pour cela, il faut changer cette expression eu une autre équivalente où toutes les données se montrent d'une manière explicite et distincte. Or, cela se fait de deux manières, par des définitions ou par des propositions explicatives. Dans l'un et dans l'autre cas, c'est donner à un même objet deux désignations équivalentes ; mais l'une de ces désignations fait voir en l'objet des parties, des qualités, des rapports que l'autre ne montrait pas, et cette conversion ou substitution d'expressions identiques fournit quelquefois les données nécessaires à la solution de la question. Si, par exemple, dans la question citée plus haut, La logique est-elle utile? on substitue au mot logique soit sa définition, soit une proposition explicative qui fasse voir la nature de la logique, son objet , et en conséquence, fournisse comme données que la logique est une science dont l'objet est l'intelligence humaine, étudiée dans ses faits, dans ses lois, dans les règles qui doivent assurer l'acquisition et la transmission des vérités scientifiques, etc., on aura de suite des données suffisantes pour résoudre la question. Telle est dans la démonstration l'utilité des définitions ; définir, c'est remplacer le mot qui nomme une chose par l'énoncé des caractères essentiels de cette cnose, c'est donc souvent un moyen de se rappeler des connues, des données que l'on possède, qui sont tirées de la nature même de l'objet en question, et que, sans ce soin , on pourrait perdre de vue. Et en tout cas, on est sûr, en employant une définition, de s'entendre avec soi-même et avec celui à qui la démonstration est adressée, et de se forcer l'un et l'autre à ne point changer le sens d'un mot dans le courant de la démonstration.

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