‹ Traité de logique;Chapitre 147 sur 228 · DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE IL

tion était toujours censé inaccessible à l'observation et à l'expérimentation; aussi les faits ne se démontrent pas, à proprement parler ; ils se montrent et se constatent. Tout au plus une loi peut-elle se démontrer, en ce sens qu'on peut faire voir qu'elle est la conséquence légitime et nécessaire d'une loi plus générale et précédemment vérifiée et admise comme principe ; mais les faits eux-mêmes échappent à la démonstration. Tout ce qu'on peut faire à leur sujet, c'est de s'assurer soi-même de leur existence par des observations assidues, par des expériences multipliées et dirigées avec ordre, et ensuite d'appeler et de fixer sur les faits en question le regard de ceux à qui l'on s'adresse ; c'est ce qu'on appelle substituer les preuves à la démonstration.

252. Il resterait maintenant à tracer les règles de la démonstration : mais une observation se présente d'abord. La démonstration consistant en une série d'arguments déductifs, et le premier soin devant être d'examiner si chacun des arguments est légitime dans la forme comme dans le fond, et pour cela de lui appliquer les règles précédemment tracées pour l'argument déductif , il s'ensuit comme conséquence qu'il y a moins à donner à la démonstration des règles véritables et spéciales que des conseils pour en diriger l'emploi. Ceci reconnu :

253. 1° De quelque nature que soit la question et quel que soit le mode de démonstration que l'on choisisse, la première chose à faire est d'établir d'une manière nette et tranchée le point delà question, et de la poser en termes simples, clairs, exacts et précis 5 prenant garde de rien omettre qui fasse partie de la question, et de rien ajouter qui n'y soit compris et essentiel à sa solution. C'est pour avoir par précipitation négligé ces précautions, que souvent dans de prétendues démonstrations on perd de vue l'objet de la question, on s'en écarte, on divague, on allègue au lieu déraisons, des assertions qui n'ont avec lui aucun rapport (*).

(*) Watts, Culture de l'esprit^ trad. de 1762, part- 3, chap. 4.

254. 2° Dans la démonstration, comme dans un syllogisme, il faut bien prendre garde si le principe est dans tout le cours de l'opération conservé dans son exacte valeur ; ce qui ne veut pas seulement dire qu'il faut conserver à chaque mot le sens exact qu'on lui a donné d'abord, mais encore que l'on n'oublie pas la valeur et la portée des principes d'où doit découler la conclusion. Un exemple éclaircira notre pensée. Soit à démontrer que tout système d'athéisme est faux, et supposons que l'on pose ce principe : Tout ce qui est vrai est utile, et qu'après avoir exposé que tout système d'athéisme est plus nuisible qu'utile, on prétende en tirer cette conclusion que tout système d'athéisme est faux, on commettra la faute que nous signalons ; car bien qu'on n'ait pas changé le sens des mots, on a changé la valeur du principe et après avoir dit : Ce qui est vrai est utile, on a conclu comme si on avait dit : Tout ce qui est utile est vrai , ou : Il n'y a de vrai que ce qui est utile. En arrivant ainsi par une mauvaise démonstration à une conclusion vraie en elle-même, on s'expose à la faire révoquer en doute par cela seul qu'on l'a mal démontrée.

255. 3° Il faut de plus que ce que contient la conclusion soit une conséquence nécessaire et la seule possible des principes posés, et que nul autre cas ne puisse en être déduit. Sans quoi la démonstration ne prouve rien, et tombe dans le défaut qu'on appelle non causa pro causa, non cause pour cause, prendre pour cause, prendre pour principe d'une solution ce qui ne la contient pas.

256. 4Q II ne faut point entreprendre de toutdémontrCr : et de même qu'il estdesmots que Ton ne peut essayer de définir sans s'exposer à en obscurcir le sens (213), il est des vérités si claires qu'on ne doit point essayer de les démontrer, mais les prendre pour les principes mêmes de nos démonstrations. Nous rappellerons ici ce que nous avons dit plus haut (251) , savoir que les faits se constatent et se montrent, mais ne se démontrent pas.

257. 5° Enfin il convient qu'une démonstration comme toute expression de la pensée soit aussi courte, aussi claire et aussi

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