DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
élégante que possible. Ces qualités sont, il est vrai, relatives 1° à la nature et à l'ensemble de l'œuvre scientifique dont la démonstration fait partie 5 2° à la portée de ceux, à qui elle est destinée. Mais , une démonstration sera toujours courte, si elle ne dit que ce qu'il faut, claire, si elle dit tout ce qu'il faut pour être comprise , et élégante , si les parties se disposent avec simplicité et symétrie. (Cf. P. R. 4e part. ch. 9).
APPENDICE
Histoire du syllogisme.
258. Ainsi que nous l'avons déjà dit plusieurs fois, les règles qui a diverses époques ont été tracées sur l'argument déduclif ou syllogisme n'ont pas toujours été, comme celles qui précèdent, également relatives au fond et à la forme. Loin de là, il est arrivé qu'au lieu de considérer la pensée en elle-même et dans son rapport avec la réalité, on l'a considérée dans les termes de son énonciation, et qu'on a eu égard de préférence aux combinaisons des propositions et des termes qui l'expriment. De là sont venues toutes ces règles qui s'attachaient plus à la forme de l'expression qu'au fond de la pensée; et bien que de temps à autre on rappelât qu'il fallait, quand la forme était légitime, examiner les principes eux-mêmes, on n'établissait aucune règle spéciale pour l'examen et la vérification de ces principes. Reléguées par nous au second rang, les règles de la forme tenaient alors le premier.
La forme syllogistique fut longtemps regardée comme la plus intéressante, disons mieux, comme la seule intéressante du langage et l'unique que l'on traitai avec quelque soin dans les livres de logique. (P. R. av. prop. de la 3e part.) L'examen et les règles des autres parties du langage ne présentaient de l'intérêt qu'en tant qu'ils préparaient l'examen et les règles de la forme syllogistique à laquelle ils devaient aboutir et conduire comme à leur but suprême et dernier. Quelque nombreuses en apparence que soient ces règles, elles sont en réalité réductibles aux règles fondamentales que nous avons formulées plus haut; car elles n'en sont que les diverses applications. Il nous reste maintenant à donner un bref exposé de l'histoire de ces règles; non que la connaissance de leurs détails et de leurs diverses formules soit de quelque utilité dans la pratique, mais parce que l'influence qu'elles ont exercée sur le développement intellectuel de l'humanité a été trop longue et trop grande, pour que
leur histoire puisse rester étrangère à quiconque prétend à une certaine éducation philosophique.
259. Assurément l'argument déductif avait été employé avant Aristote, mais il l'avait été sans règles précises ; et même plus d'une fois des raisonnements captieux dont les conclusions étaient en contradiction avec la réalité connue (*), et des erreurs résultant de l'emploi encore nouveau du raisonnement, avaient fait douter de la valeur de ce procédé et par suite de celle de la constitution intellectuelle de l'homme dont il est le produit nécessaire. Si la plupart des bons esprits avaient protesté contre ce doute, Aristote eut la gloire d'avoir été le premier à démontrer qu'il y avait pour le raisonnement des formes légitimes auxquelles l'intelligence pouvait se fier avec certitude, et à les distinguer nettement de celles qui n'avaient point de valeur, parce qu'elles n'étaient point conformes aux principes nécessaires de la raison humaine. A des pressentiments vagues et indéterminés, à des éléments épars et incomplets, à des embarras de polémique que lui transmettaient ses devanciers en logique, il substitua l'étude analytique des formes et des lois de la pensée et la rigueur définitive d'une théorie complète du raisonnement déductif. Ce sontlàdes titres de gloire qui l'ont fait appeler le fondateur et le père de la logique ; titres qu'il convient de rappeler chaque fois qu'on parle d' Aristote.
260. L'ôpyavov contient l'ensemble de la logique d'Aristote , et la partie de cet ouvrage appelée ordinairement Premiers anahjtiques contient sa théorie du syllogisme (**).
Cette théorie comprend sept parties bien distinctes; la première renferme des définitions et des prolégomènes dont la connaissance est indispensable à la compréhension de la théorie entière ; la seconde traite de la construction du syllogisme dans toutes ses figures et dans tous ses modes ; la troisième, de la recherche du moyen terme ; la quatrième , de la manière de ramener le syllogisme à ses éléments de propositions et de termes et à ses formes
(*) Voy. les arguments de Zenon d'Élée , la Tortue et autres; Cousin, JYouv. frag., lreédit., 119 et suiv.
(**) Je dois beaucoup , pour tout ce qui suit, aux excellents travaux de M. Franck , sur la Logique d'Aristote , et surtout à ceux de M. Barthélémy Saint-Hilaire, à son Mémoire sur la logique d'Aristote, aux analyses et aux notes savantes qui accompagnent sa Traduction de la logique d'slristole.