DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II
qu'il a de fondamental efc d'essentiel et établissent les règles principales qui ressortent de toutes ces observations de détail. Elles peuvent se réduire aux cinq suivantes : ch. 24, 25, 26.
10 II faut que l'un des termes (*) soit affirmatif et qu'il y ait de Vuniversel; point de conclusion nécessaire avec deux négatives ni avec deux particulières.
2° Une conclusion universelle ne résulte que de deux prémisses universelles; si une des deux est particulière la conclusion ne peut être que particulière.
3° Une conclusion affirmative ne peut sortir que de deux propositions affirmatives.
4° Une des prémisses étant négative la conclusion sera négative.
5° Tout syllogisme se compose de trois termes et pas plus.
263. 3° Recherche du moyen terme. L'étude du syllogisme dans sa construction, suivant la quantité, la qualité et la modalité des propositions, supposait la connaissance préalable de ces propositions ou du moins des trois termes qui les composent; cette étude terminée, Aristote expose la méthode suivant laquelle deux termes étant donnés, on pourra découvrir le terme moyen qui doit les unir syllogistiquement et en faire une véritable conclusion.
Pour établir les règles de cette invention du moyen, Aristote fait observer qu'il y a dans la nature, des choses qui sont toujours et uniquement sujets, comme tout ce qui est individu; d'autres qui sont toujours et uniquement attributs, comme les genres derniers et extrêmes; d'autres enfin qui peuvent être à la fois sujets et attributs, comme les genres intermédiaires, autrement dits espèces. Et , comme le moyen doit pouvoir être sujet et attribut, c'est toujours sur l'espèce que doit tomber la recherche du moyen.
Ceci posé, pour trouver le moyen entre deux termes donnés, il faudra chercher dans tout ce qui peut être affirmé de l'un, et dans tout ce dont l'autre peut être affirmé, ou bien, si la conclusion doit être négative, dans tout ce qui peut être nié de l'un ou de l'autre (**), un terme commun : ce terme sera le moyen. Par exemple, pour obtenir syllogistiquement la conclusion suivante, Pierre est mortel,
(*) Les exemples cités par Aristote, chap. 24, font voir que c'est du moyen qu'il entend parler.
(**) Ce qui peut être affirmé d'une chose est appelé, par Aristote, son conséquent (attribut) ; ce dont une chose peut être affirmée est dit l'antécédent (sujet) de cette chose. Ce qui ne convient point à une chose ou ce à quoi une chose ne convient point a été dit , par les scolastiques , le repu<* gnant (repugnans) de celte chose.
on trouve parmi les attributs qui peuvent être affirmés de Pierre le terme homme, et comme on trouve aussi ce terme parmi les sujets dont mortel peut être affirmé, on peut dès lors le prendre pour terme moyen, et s'en servir pour construire le syllogisme. Cette règle est sans exception applicable à tous les syllogismes, seulement il faut avoir égard, dans son application, aux cas particuliers, suivant que la conclusion doit, d'après sa quantité et sa qualité, se produire dans telle ou telle figure, dans tel ou tel mode, et suivant qu'elle est absolue ou modale.
Telle est la théorie d'Aristote. Or, dire, par exemple: Pour obtenir une conclusion universelle affirmative, choisissez parmi les conséquents du sujet (le mineur) et parmi les antécédents de l'attribut (le majeur) un terme commun qui puisse être universellement affirmé du sujet et dont l'attribut puisse être universellement affirmé, c'est assurément donner un très-bon précepte : mais comme pour choisir il faut avoir de quoi choisir, et comme l'antécédent ou le conséquent que l'on peut affirmer ou nier d'une chose, n'est après tout que ce que l'on connaît de cette chose, il suit de là que ce précepte en suppose d'autres relatifs à la manière de trouver les qualités des choses, et que ce sont réellement ces derniers qui contiennent la manière de trouver le moyen terme. Le reste n'est qu'un ensemble de règles pour le prendre de telle ou telle nature suivant que la conclusion à établir est de telle ou telle nature. Il est certain en effet que quand on a déterminé comme précédemment la nature des termes qui peuvent légitimement entrer dans un syllogisme, on sait par cela même quelle doit être la nature du terme moyen à employer. La véritable question n'est donc pas celle de la nature du terme, mais celle de la découverte de la qualité que représente ce terme. Or, ce n'est plus dans la considération des mots qu'on la trouvera, mais dans l'étude des faits. Les véritables matériaux du syllogisme, c'est-à-dire, du raisonnement déductif, ne sont ni les propositions, ni les termes, mais les faits et les lois, auxquels on n'arrive que par l'observation. Et l'art de trouver les matériaux du syllogisme n'est pas autre chose que l'art d'observer et d'induire, dont l'importance n'a été véritablement sentie et la méthode tracée que deux mille ans après Aristoîc par l'Anglais Bacon. Ce n'est pas qu'Aristote n'ait pas compris la nécessité de l'observation ; au contraire il termine ses préceptes sur l'invention du moyen ternie en disant que c'est à l'expérienre de fournir les principes spéciaux (*) de toute science ris p^V àp/à; xàç itep\ êx&rcov
(*) Dans sa Morale à JVicom., liv. VI, chap. 3. Aristote dit encore que