DEUXIÈME PARTIE. CHAPITRE II. 29û
èjj.iietp(açèOTlicapaôoûvat, et que ce n'est qu'après avoir exactement observé les faits ( ^©Oévcwv Ixavôx; twv çawonivwv) qu'on peut raisonner juste et démontrer la vérité. Il semble qu'alors il fallait tracer les règles qui doivent assurer la découverte de ces principes, puisque cette découverte doit précéder le raisonnement déductif et lui fournir les matériaux sans lesquels il est impossible. Et c'est ce qu'Aristote n'a pas fait. Il a émis le principe de l'observation, il n'en a point tracé la théorie. La scolastique a fait plus, elle a mutilé la théorie d'Aristote en laissant de côté tout ce qui regarde l'acquisition des principes par l'observation de la réalité. On comprend dès lors combien la théorie 'd'Aristote ainsi mutilée, et réduite à de vaines combinaisons de mots, devint chère à ceux qui, imposant d'autorité leurs principes, ne laissaient plus que le droit d'en tirer les conséquences.
264. 4° Réduction du syllogisme oratoire et vulgaire à sa forme pure. Cen'estpas assezdeconnaîtreles formes du syllogisme et de savoir découvrir son terme fondamental, il faut encore pouvoir dégager ses éléments essentiels des éléments étrangers auxquels ils peuvent se trouver mêlés dans l'expression oratoire ou vulgaire, et les ramener aux formes régulières des figures et des modes. Pour cela, il faut d'abord chercher les deux propositions (prémisses) du syllogisme, et ensuite distinguer la majeure de la mineure, l'universelle de la particulière, afin de reconnaître la figure spéciale du syllogisme. Si l'une des propositions a été omise comme trop évidente, il faut la rétablir. S'il y a au contraire plus de propositions qu'il ne faut, on devra laisser de côté les propositions inutiles.
De même qu'il faut réduire le syllogisme à ses propositions indispensables, de même les propositions une fois obtenues, il faut les réduire à leurs termes indispensables, en commençant parle moyen : on le reconnaîtra à ce qu'il est répété dans les deux propositions. Sa position indiquera en même temps la figure du syllogisme; laquelle est également indiquée par la nature même de la conclusion, puisque la seconde figure ne peut donner des conclusions affirmatives, ni la troisième des conclusions universelles.
c'est à l'induction de fournir les principes sur lesquels se fonde le syllogisme ; et là, comme ailleurs, Aristote entend seulement parler des principes spéciaux. Mais les principes communs à toutes les sciences, les axiomes ou principes déraison, par quoi sont-ils fournis? Nulle part Aristote ne s'exprime avec clarté sur ce point. (Voir Dern. analy., liv. I, ch. 18, et liv. II, ch. lO;etBarth. Saint-Hilaire, Mém. de la là g. d'Aris£,\. Iïf p. 53 et 5/j, et 1. 1, p. 297 et 326; et Supra, p. 118, note (*), et p. 124, note (*;.
Un terme n'est pas toujours représenté par un seul mot , mais souvent par une proposition entière, une définition complète. Si un terme est obscur, long et difficile , il faut le remplacer par un terme plus clair, plus concis et plus simple , en substituant un mot à un mot, une phrase à une phrase, et surlout un mot à une phrase, mais en conservant toujours dans ces permutations le sens primitif du mot ou de la phrase, et en ayant égard à ses déterminations par l'article ou parle signe d'universalité. Et s'il s'agit de discuter une définition , il faut s'attacher uniquement à la partie contestée ; on distingue mieux alors le terme du syllogisme et le sujet de la discussion.
Après avoir ainsi appris à dégager par l'analyse les propositions et les termes , Aristote ajoute qu'il faut encore chercher dans laquelle des trois figures la nature de la conclusion forcera de construire le syllogisme, et à ce sujet il répète les règles à observer pour ramener les syllogismes des deux dernières figures à ceux de la première, soit par la conversion d'une des prémisses, soit par leur transposition (règles déjà données en grande partie aux ch. 5 et 6 du même livre).
265. 5° Propriétés du syllogisme , relativement à la vérité de sa conclusion . — Première propriété. De ce qu'une proposition peut se convertir, à moins qu'elle ne soit particulière négative , il suit qu'un même syllogisme peut avoir plusieurs conclusions , par la conversion de sa conclusion première en propositions équivalentes, ou bien encore par l'exposition (Subsumption des Scolastiques) des divers termes renfermés dans la totalité du moyen ou du mineur : par exemple on peut tirer des conclusions pour Pierre et pour Paul de la conclusion qui s'applique au genre homme.
Deuxième propriété. Après cette première propriété , qui ne valait guère la peine qu'on en parlât, Aristote établit, par l'examen de tous les syllogismes dans toutes les figures, que d'une prémisse fausse ou de deux prémisses fausses, une conclusion vraie peut sortir aussi bien qu'une conclusion fausse ; et il termine ce long examen par ce principe qui le résume : Une conclusion fausse ne peut sortir que de prémisses fausses; cependant de la fausseté des prémisses on ne peut conclure ni la fausseté ni la vérité de la conclusion , mais de la vérité des prémisses , on peut toujours conclure la vérité de la conclusion. De ce principe suit celte conséquence (Aristote ne la lire pas) , que le travail essentiel de celui qui veut employer le syllogisme pour arriver rigoureusement au vrai, doit être d'assurer la vérité des prémisses; et, comme c'est par l'induction qu'on y arrive , c'est l'induction qui est la condi-